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Assurance chômage : vers un tour de vis sur les conditions d’accès

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Six mois à peine après la mise en œuvre de la dernière convention d’assurance chômage, le gouvernement ouvre déjà la porte à un nouveau durcissement des règles. Dans une lettre de cadrage adressée aux partenaires sociaux, le Premier ministre François Bayrou alerte : « La situation financière du régime et la nécessité de mobiliser davantage d’actifs rendent indispensable une évolution ». Derrière cette déclaration, deux leviers sont clairement visés : relever la durée minimale de travail requise et réduire la période de référence d’affiliation. Deux mesures qui, combinées, pourraient réduire sensiblement la durée réelle d’indemnisation pour des milliers de demandeurs d’emploi.

⏳ Travailler plus longtemps pour ouvrir ses droits

Actuellement, un salarié français doit avoir travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois (36 pour les plus de 55 ans) pour prétendre à l’allocation chômage. Ce seuil figure parmi les plus favorables d’Europe, comparable à la Suède, aux Pays-Bas et au Luxembourg.

Mais la majorité des pays européens affichent des critères plus stricts : un an en Espagne, Allemagne ou Belgique, et jusqu’à deux ans en Irlande. François Bayrou ne précise pas le nouveau seuil souhaité, mais les hypothèses circulent : 7, 8 ou même 10 mois, dans la moyenne européenne.

Cette piste n’est pas nouvelle. Déjà sous Gabriel Attal, un passage de 6 à 8 mois avait été envisagé avant que la dissolution de l’Assemblée, en juin 2024, ne mette le projet en pause. Cette fois, l’exécutif semble décidé à relancer le dossier, avec un argument clé :

Il faut rapprocher nos critères de ceux de nos voisins tout en incitant plus fortement à la reprise d’emploi

assure un proche de Matignon.

📉 Le double impact sur l’indemnisation

L’autre axe de réforme vise la période de référence d’affiliation (PRA) — la fenêtre dans laquelle l’expérience professionnelle est comptabilisée pour ouvrir et calculer les droits. Aujourd’hui, elle est de 24 mois pour les moins de 55 ans et de 36 mois pour les plus âgés.

Un scénario étudié consisterait à réduire cette période à 20 mois pour les moins de 57 ans et 30 mois pour les seniors. Ce changement, combiné à l’allongement de la durée minimale de travail, entraînerait mécaniquement une baisse du nombre de jours indemnisés.

📊 Exemple concret : un allocataire ayant travaillé 22 mois avant de perdre son emploi voit aujourd’hui la totalité de son expérience prise en compte. Avec une PRA réduite à 20 mois, seuls ces 20 mois seraient comptabilisés. Résultat : une indemnisation ramenée de 495 jours (16,5 mois) à 450 jours (15 mois) — soit 1,5 mois de perte d’allocation.

👁 L’œil de l’expert : inciter la reprise

Ces ajustements, bien que techniques, traduisent un changement de philosophie : passer d’un système centré sur la protection à un modèle plus incitatif à la reprise d’emploi. Le risque ? Un impact disproportionné sur les travailleurs précaires ou en emploi discontinu, déjà fragilisés.
En termes macroéconomiques, l’exécutif espère réduire le déficit du régime tout en dopant le taux d’emploi. Mais sur le terrain, le débat promet d’être explosif entre impératif budgétaire et justice sociale.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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