Qu’il s’agisse d’acheter un logement, de financer un véhicule ou de lancer un projet personnel, le taux d’endettement s’impose comme la boussole financière des banques. Derrière ce pourcentage apparemment simple se cachent des enjeux économiques majeurs : accès au crédit, niveau de vie futur, stabilité budgétaire et même arbitrages patrimoniaux.
Dans un contexte de crédit plus sélectif, comprendre précisément comment se calcule le taux d’endettement, ce qu’il inclut (et exclut), et comment l’optimiser est devenu indispensable. Cet article propose une analyse approfondie, chiffrée et très concrète, appuyée sur de nombreux exemples, afin de transformer un concept théorique en véritable outil de pilotage financier.
🔣 Un ratio financier au cœur de la décision bancaire
Un indicateur standardisé du risque de crédit – Pour une banque, le taux d’endettement est avant tout un outil de mesure du risque. Il permet d’évaluer quelle part des revenus d’un emprunteur est déjà absorbée par des engagements financiers récurrents. Plus cette part est élevée, plus la probabilité de tension budgétaire augmente. Comme le souligne Fabien MONVOISIN, CEO de Crédit Conseil de France :
Le taux d’endettement correspond à la part du revenu mensuel consacrée au remboursement des prêts
Il s’exprime en pourcentage et sert de référence commune à l’ensemble des établissements financiers.
Pourquoi le seuil des 35 % est central – En pratique, les banques françaises retiennent un plafond de 35 %, assurance emprunteur comprise. Ce seuil, largement diffusé dans le secteur, vise à préserver un équilibre entre remboursement des dettes et dépenses courantes.
Prenons un exemple simple
Revenus nets mensuels : 3 000 €
Mensualités de crédits : 1 050 €
Ce qui donne un taux d’endettement égal à 35 % (1 050 € / 3 000 € * 100)
Au-delà de ce niveau, la capacité d’emprunt diminue fortement. En dessous, l’emprunteur est jugé plus résilient face aux aléas économiques (inflation, hausse des charges, imprévus).
Taux d’endettement vs capacité d’emprunt – Ces deux notions sont souvent confondues, mais elles répondent à des logiques distinctes :
Le taux d’endettement est un ratio figé, exprimé en pourcentage.
La capacité d’emprunt est une conséquence directe de ce ratio : elle correspond au montant maximum que la banque accepte de prêter sans dépasser le seuil retenu.
Ainsi, plus le taux d’endettement est bas, plus la capacité d’emprunt potentielle est élevée — à revenus constants.
🧮 Calcul du taux d’endettement : méthode, exemples concrets et erreurs à éviter
Les revenus pris en compte par les banques – Le calcul repose sur les revenus nets et réguliers, car la stabilité est un critère clé. Sont généralement retenus les salaires nets mensuels, les primes fixes et récurrentes (13ᵉ mois, primes contractuelles), les pensions et retraites et aussi les revenus locatifs (souvent retenus à hauteur de 70 % par prudence)
Prenons un exemple : pour un salarié qui perçoit un salaire net de 2 200 €, et qui accumule des revenus locatifs qui s’élèvent à 500 € (retenus à 70 % → 350 €), nous ferons donc le calcul suivant pour déterminer les revenus pris en compte:
➡️ Revenus pris en compte = 2 200 € + (500 * 70%) = 2 550 €
Certaines banques acceptent également des allocations régulières, mais avec prudence.
Les charges intégrées dans le calcul – Côté charges, seules les dettes contractuelles sont prises en compte. 0n parle là des mensualités de prêts immobiliers, des crédits à la consommation, des crédits auto ou LOA, des loyers (pour un investissement locatif en préparation), et enfin des pensions alimentaires versées.
Attention toutefois à cette erreur fréquente : les dépenses courantes (alimentation, énergie, abonnements) ne sont pas intégrées dans le taux d’endettement. Elles relèvent du reste à vivre, un indicateur complémentaire.
La formule de calcul expliquée pas à pas :
Taux d’endettement (%) = (Total des charges mensuelles ÷ Total des revenus nets) × 100
Prenons un exemple pédagogique détaillé : Nous avons un couple qui gagne 2 800 € net par mois, qui rembourse un crédit immobilier à hauteur de 700 € tous les mois. Ce couple paie également un crédit auto pour un montant de mensualité de 250 €. Nous avons donc:
des charges totales pour un montant de 950 € (700 € + 250 €)
un taux d’endettement qui sera alors de (950 ÷ 2 800) × 100 = 33,9 %
Ce foyer reste en dessous du seuil des 35 %, mais avec une marge étroite.
Le rôle clé du reste à vivre – Le reste à vivre correspond à la somme disponible après paiement de toutes les mensualités de crédit.
Prenons un nouvel exemple comparatif avec deux foyers qui ont des revenus et des charges différents. Le reste à vivre de chacun des foyers sera différent :
Foyer A : revenus = 2 500 €, charges = 800 € → reste à vivre = 1 700 €
Foyer B : revenus = 5 000 €, charges = 1 900 € → reste à vivre = 3 100 €
Même si le foyer B affiche un taux d’endettement plus élevé, sa situation est souvent jugée plus confortable par la banque. Comme le rappelle Fabien MONVOISIN :
Un taux légèrement supérieur à 35 % peut être accepté si le reste à vivre est élevé.
Simulateurs et projections financières – Pour anticiper un projet, les simulateurs de taux d’endettement permettent de tester différents scénarios en « jouant » sur la variation de la durée du prêt, en ajoutant ou en supprimant un crédit existant, ou encore en faisant évoluer les revenus.
Ces outils aident à sécuriser un projet avant toute démarche bancaire et à éviter les refus coûteux en temps.
👁️ L’œil de l’expert : un levier sous-estimé
Le taux d’endettement n’est pas qu’un seuil administratif : c’est un outil de pilotage financier. Dans un environnement marqué par la hausse des taux et la pression sur le pouvoir d’achat, savoir calculer, anticiper et optimiser ce ratio devient un avantage concurrentiel pour les emprunteurs.
Réduire un crédit existant, regrouper des prêts ou ajuster la durée d’un financement peut transformer un dossier fragile en profil finançable. À long terme, ceux qui maîtrisent leur taux d’endettement et leur reste à vivre sécurisent non seulement leurs projets, mais aussi leur stabilité économique.
En clair : comprendre son taux d’endettement, c’est reprendre le contrôle de sa trajectoire financière.





