Face à un bouleversement profond de son tissu économique et social, l’Iran traverse une période d’instabilité exceptionnelle en ce début d’année 2026. Entre effondrement monétaire, sanctions internationales, et contestation populaire, la crise met en lumière les contrastes saisissants entre une élite économique étroitement liée aux institutions du régime et une population confrontée à une chute dramatique du pouvoir d’achat. Dans ce contexte de crise institutionnelle et de révolution larvée, les questions de richesse du clan Khamenei, de concentration des actifs économiques et de répercussions financières sur la société iranienne occupent désormais une place centrale dans les analyses.
🕌 Une élite économique puissante malgré la crise
Un empire financier sous contrôle du Guide suprême – Au cœur de la République islamique, le Guide suprême, Ayatollah Ali Khamenei, ne se contente pas d’une autorité politique et religieuse : il exerce également une emprise considérable sur l’économie iranienne à travers des institutions semi-étatiques très puissantes. Parmi elles, le Quartier général exécutif des ordres de l’Imam (Setad) — aussi appelé Siège exécutif de l’ordre de l’Imam Khomeini — est une entité économique majeure qui lui est directement lié. En 2013, une enquête de Reuters avait estimé que cet ensemble d’actifs contrôlé sous son autorité s’élevait à environ 95 milliards de dollars répartis entre foncier et participations dans des entreprises diverses, bien que ces chiffres restent difficiles à vérifier précisément en raison du manque de transparence institutionnelle.
Ce réseau de richesses ne se limite pas à Setad : d’autres structures traditionnellement associées au pouvoir — telles que des fondations bonyads, ou encore des entités économiques rattachées au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) — bénéficient de privilèges d’accès aux ressources et aux contrats publics. Ces organisations détiennent des parts significatives dans de nombreux secteurs, du pétrole aux infrastructures, et sont souvent accusées d’opérer en marge du cadre légal, contribuant à une corruption structurelle.
Corruption et économie clandestine comme levier de pouvoir – La crise économique a intensifié ce déséquilibre. Selon des analyses de spécialistes de l’économie iranienne, la combinaison de sanctions internationales, de mécanismes de contournement opaque et d’un secteur quasi-privé contrôlé par des élites liées directement au pouvoir a généré une économie parallèle robuste mais peu productive. Cette économie hors système, structurée autour de réseaux de courtage, de privilèges de change et de flux monétaires détournés, alimente à la fois l’enrichissement de ces réseaux et la fragilité du reste de l’économie nationale.
🚨 L’Iran en crise : dévaluation, inflation et déséquilibres sociaux
Effondrement monétaire et inflation galopante – Alors que l’élite économique conserve des accès privilégiés aux ressources, la population iranienne traverse une crise de plus en plus aiguë. La monnaie nationale, le rial, a perdu plus de 40 % de sa valeur depuis 2025, rendant l’économie quotidienne de plus en plus précaire pour les ménages et les entreprises domestiques. Cette dépréciation s’accompagne d’une inflation annuelle qui a dépassé les 40 % fin 2025, selon des statistiques consolidées, amplifiant l’érosion du pouvoir d’achat.
Ce choc monétaire et le manque d’accès aux biens importés ont précipité une vague de protestations sociales massives, depuis les bazars historiques de Téhéran jusqu’aux quartiers populaires, rassemblant commerçants, ouvriers, étudiants et retraités. Les revendications, initialement centrées sur le coût de la vie, ont rapidement pris une dimension politique, remettant en question la légitimité de l’ensemble de l’appareil de pouvoir.
Sanctions et fuite des capitaux : un climat de défiance généralisé – Une analyse récente montre que l’Iran a subi une fuite de capitaux d’environ 145 milliards de dollars entre 2015 et 2025, soit près de 40 % des revenus pétroliers du pays, ce qui reflète le manque de confiance des détenteurs de capitaux face aux perspectives économiques du pays. Ces sorties massives de fonds, souvent vers des marchés internationaux, illustrent la rupture entre une élite financière capable de protéger ses actifs et une économie réelle en contraction.
👁 L’œil de l’expert
La juxtaposition entre l’existence d’un réseau économique étendu, souvent qualifié « d’empire » autour du Guide suprême et de ses proches, et la souffrance croissante de la population iranienne incarne la dynamique à l’origine de la crise actuelle. Dans un contexte institutionnel fragilisé, où une légitimité politique vacille et où les structures financières opèrent dans un manque flagrant de transparence, le déséquilibre entre concentration de richesses et affaiblissement économique général constitue à la fois une cause et une conséquence de la contestation sociale.
Pour les observateurs économiques, cette fracture est symptomatique d’un système où bon nombre des leviers de croissance sont captés par des réseaux opaques et où les politiques publiques peinent à stabiliser une économie soumise à des chocs externes et à des dysfonctionnements internes. La capacité de l’Iran à naviguer entre sanctions, réforme institutionnelle et pacification sociale déterminera l’évolution à moyen terme de l’un des contextes géopolitiques les plus cruciaux du Moyen-Orient.

