L’année 2025 a marqué un tournant pour la consommation alimentaire des ménages français, révélant à la fois un rebond des volumes achetés et une recomposition significative des habitudes d’achat. Dans un contexte économique encore fragile — avec une inflation alimentaire modérée et un pouvoir d’achat sous tension — les choix des consommateurs montrent une stratégie accrue d’optimisation budgétaire, influençant directement les performances des segments de marché et la compétitivité des enseignes. Ce bilan, fondé sur les données de Circana, éclaire les mutations structurelles du marché de la grande consommation alimentaire en France.
📈 Reprise des volumes et dynamique de CA
Croissance tirée par les achats réels, pas par l’inflation – L’un des enseignements majeurs de l’exercice 2025 est que la progression du chiffre d’affaires dans l’alimentation n’est plus seulement une conséquence des hausses de prix, mais bien une reprise des volumes achetés par les ménages. Selon les analyses compilées par Circana, le chiffre d’affaires des produits de grande consommation et du frais libre‑service a augmenté de 1,9 % sur l’année, portée notamment par une hausse des volumes de +0,9 %, alors que l’inflation sur ces catégories était limitée à environ 0,6 %.
Ce différentiel signale une vraie reprise de la consommation réelle : les Français achètent plus de biens alimentaires même lorsque les prix n’augmentent plus significativement, traduisant une amélioration relative du pouvoir d’achat ou des arbitrages vers l’alimentation face aux autres postes de dépense qui restent contraints. Cette tendance s’est manifestée par des pics de consommation au printemps et en été, suivis d’un ralentissement à la fin de l’année, notamment en novembre et décembre.
Segment e‑commerce et proximité : moteurs de croissance – L’évolution des canaux de distribution constitue un autre facteur clé de ce rebond. Les formats e‑commerce alimentaire, notamment via le drive, ainsi que les commerces de proximité, ont enregistré des hausses de volumes supérieures à 5 %, reflétant des comportements d’achats plus tactiques : des paniers réduits mais plus fréquents, visant à conserver la maîtrise du budget global.
Les marques nationales, longtemps sous pression au profit des marques de distributeur (MDD), ont également renforcé leur position, enregistrant une progression d’environ 2 % en valeur et 0,4 % en volumes après plusieurs années de recul marqué. Ce rééquilibrage entre marques nationales et MDD montre une volonté des consommateurs de ne pas sacrifier totalement la qualité ou la familiarité des produits malgré des arbitrages économiques.
🛒 Disparités par circuit et par catégorie
Hypermarchés en difficulté, discount et proximité gagnent du terrain – Si l’ensemble du marché de la consommation alimentaire a repris de la vigueur en 2025, les performances varient considérablement selon les circuits de distribution. Les hypermarchés, longtemps piliers de la grande distribution, continuent de souffrir : les volumes y sont en baisse d’environ ‑0,8 %, reflétant une moindre attractivité pour les ménages aux budgets serrés.
À l’inverse, les enseignes discount et formats de proximité profitent pleinement de la recherche d’économies : leurs offres avantageuses en prix et promotions rencontrent une demande croissante, consolidant leur part de marché. Les Français naviguent ainsi activement entre prix, accessibilité et confort d’achat, une stratégie d’arbitrage qui traduit une sensibilité accrue au rapport qualité‑prix.
Alimentaire vs non‑alimentaire : une ligne de fracture nette – Un autre contraste significatif ressort des données : tandis que l’alimentaire — en épicerie, frais libre‑service ou traditionnel — connaît une croissance des ventes, le non‑alimentaire — comme les articles maison ou textile — reste en recul. Cette divergence accentue l’idée que les ménages privilégient en priorité leurs dépenses essentielles, au détriment des biens non indispensables, renforçant le rôle de l’alimentation comme poste prioritaire des budgets des ménages.
👁️ L’œil de l’expert
Le bilan de 2025 pour la consommation alimentaire française révèle une relance résiliente de la demande, portée par des achats plus fréquents et des volumes en progression, mais aussi par des changements structurants dans les comportements d’achat. Dans un environnement de modération des prix à la consommation, les ménages semblent arbitrer en faveur de la fréquence d’achat, de la proximité et d’une sélection prudente des produits, tout en réaffirmant une préférence retrouvée pour certaines marques nationales après des années de domination des produits discount ou MDD.
Pour les acteurs de l’industrie — distributeurs, fabricants et professionnels de l’agroalimentaire — ces tendances dessinent un terrain concurrentiel remodelé : la bataille ne se joue plus uniquement sur les prix, mais sur la valeur perçue, l’innovation de formats de vente et la pertinence des assortiments. Dans ce contexte, la capacité à anticiper les arbitrages des consommateurs et à ajuster les stratégies de prix et de canal sera indispensable pour maintenir une croissance durable dans la grande consommation alimentaire en France.

