Une filière d’excellence confrontée à un ralentissement durable de la demande. Symbole mondial du luxe à la française, le champagne traverse une phase de repli économique inédit depuis la période post-Covid. Pour la troisième année consécutive, les volumes reculent, confirmant un changement profond de cycle pour l’ensemble de la filière. En 2025, 266 millions de bouteilles ont été écoulées, générant environ 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, des niveaux en baisse qui interrogent la solidité du modèle économique champenois à moyen terme.
À l’occasion de la Saint-Vincent à Reims, rendez-vous symbolique marquant l’ouverture de l’année viticole, Charles Goemaere, directeur général du Comité Champagne, a reconnu sans détour la gravité de la situation :
J’aurais aimé annoncer que les contre-performances étaient derrière nous (…) mais les chiffres sont têtus
a-t-il déclaré, soulignant la difficulté persistante à enrayer la tendance.
📉 Les ressorts financiers du recul
Derrière ces chiffres, la filière fait face à un environnement macroéconomique particulièrement dégradé, où se conjuguent inflation durable, incertitudes géopolitiques et évolution des comportements d’achat. Après une phase d’euphorie exceptionnelle à la sortie de la crise sanitaire, le marché opère désormais un retour brutal à une forme de normalisation… voire de contraction.
En 2024, les ventes atteignaient encore 271,4 millions de bouteilles, contre près de 300 millions en 2023. Une trajectoire descendante qui traduit des arbitrages budgétaires plus contraints, notamment sur les produits festifs à forte valeur ajoutée.
Le Comité Champagne évoque un « contexte particulièrement illisible », marqué par une accumulation de facteurs défavorables : pression sur le pouvoir d’achat, ajustement des stocks, ralentissement de certains marchés export et prudence accrue des distributeurs.
Le marché français, pilier stratégique de l’appellation, n’échappe pas à cette dynamique. Les ventes hexagonales sont tombées à 114 millions de bouteilles, contre 118,2 millions l’année précédente. Un signal faible mais préoccupant pour une filière qui considère la France comme sa première vitrine économique et culturelle.
Pour Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons et coprésident du Comité Champagne, l’enjeu est clair :
Le marché français est une priorité absolue. C’est une vitrine pour notre appellation, il faut le renforcer . La filière dispose encore de vins d’excellence, d’un savoir-faire unique et de la force du collectif.
👁 L’œil de l’expert : un ajustement plus qu’un déclin
D’un point de vue économique, la baisse des ventes ne signe pas l’effondrement du champagne, mais plutôt une phase de digestion après une croissance exceptionnelle. La filière doit désormais composer avec une consommation plus rationnelle, moins événementielle, et renforcer sa création de valeur plutôt que la course aux volumes. À court et moyen terme, les leviers clés seront la montée en gamme maîtrisée, la sécurisation des marges face aux coûts, et enfin une reconquête ciblée des marchés domestiques et premium à l’export.
Dans un monde où les cycles économiques sont plus volatils, le champagne reste un actif symbolique puissant… à condition d’adapter son modèle aux nouvelles réalités financières 🥂

