Face à la montée en puissance des coûts liés aux violences urbaines, le gouvernement avait envisagé une réponse radicale : instaurer une surprime obligatoire sur les contrats d’assurance. Présentée comme un outil de mutualisation financière, la mesure a finalement été retirée sous la pression conjuguée des assureurs, des consommateurs et du contexte inflationniste. Ce revirement ne signe toutefois pas l’abandon du sujet. En toile de fond, une question centrale demeure : qui doit réellement assumer le coût économique des émeutes ?
⚖️ Prime émeutes : une position politique intenable
Sur le plan strictement financier, la logique initiale de l’exécutif reposait sur un constat difficilement contestable : les épisodes de violences urbaines génèrent des pics de sinistralité extrêmement concentrés, mettant sous tension les modèles actuariels classiques. Commerces dévastés, véhicules incendiés, équipements publics détériorés : ces dommages représentent des milliers de déclarations de sinistres en quelques jours, avec un impact immédiat sur les comptes techniques des assureurs.
L’idée d’une surprime uniforme d’environ 5 % visait ainsi à répartir ce risque exceptionnel sur l’ensemble des assurés, selon un principe de solidarité financière. Toutefois, ce raisonnement économique s’est heurté à une forte résistance sociale. Appliquée sans distinction géographique ou sectorielle, la mesure aurait frappé des ménages et des entreprises peu ou pas exposés aux émeutes.
Les critiques ont rapidement pointé une approche jugée aveugle. Comme l’ont relevé plusieurs observateurs cités dans la presse économique, cette contribution généralisée aurait été perçue comme une pénalisation injustifiée, dans un contexte où les cotisations d’assurance sont déjà orientées à la hausse. Résultat : un risque élevé de rejet par les assurés et, à terme, une fragilisation du lien de confiance entre clients et
🏦 Fonds dédié ou transfert du risque ?
Si la surprime a été abandonnée, le gouvernement n’a pas renoncé à son objectif de sécuriser le financement des indemnisations liées aux émeutes. L’exécutif continue de défendre la création d’un fonds spécifique, inspiré des dispositifs existants pour les catastrophes naturelles ou les actes de terrorisme.
L’ambition est claire : sortir ces événements du champ assurantiel classique et les traiter comme des risques systémiques exceptionnels, nécessitant une réponse collective. Les modalités restent cependant ouvertes. Contribution sectorielle des assureurs, participation budgétaire de l’État ou schéma hybride : aucun arbitrage définitif n’a encore été acté.
Cette incertitude alimente les inquiétudes du secteur. Les assureurs redoutent une érosion de leurs marges si le financement repose majoritairement sur eux, tandis que certains responsables politiques s’interrogent sur la légitimité d’un soutien public à des dommages relevant de troubles à l’ordre public. En filigrane, se pose la question du partage du risque entre marché et puissance publique, un débat récurrent dès lors que les sinistres dépassent un certain seuil.
👁 L’œil de l’expert : un renoncement tactique
Le retrait de la surprime marque avant tout un choix politique de court terme, destiné à éviter une nouvelle tension sur le pouvoir d’achat et sur les petites entreprises. D’un point de vue économique, il ne règle en rien le problème fondamental : la fréquence et l’intensité croissantes des violences urbaines génèrent un risque financier mal couvert, que le marché peine à absorber seul.
À moyen terme, l’absence de mécanisme clair pourrait se traduire par une hausse diffuse des primes, moins visible mais tout aussi réelle, ou par un durcissement des conditions de couverture dans certaines zones. La création d’un fonds dédié apparaît donc comme une piste crédible, à condition d’en définir précisément la gouvernance et le financement. Sans cela, le coût des émeutes continuera de se déplacer, silencieusement, entre assurés, assureurs et finances publiques.

