La trajectoire budgétaire affichée par le gouvernement français suscite de vives réserves chez les analystes financiers internationaux. Alors que l’exécutif vise un déficit public ramené à 5 % du PIB en 2026, l’agence de notation Moody’s se montre nettement plus prudente. En cause : une dynamique de dépenses publiques toujours élevée, un ajustement reposant largement sur les recettes fiscales, et un environnement politique instable qui fragilise la crédibilité budgétaire de la France sur les marchés obligataires.
🇫🇷 Les agences de notations jugent l’Etat trop optimiste
Sur le papier, l’objectif gouvernemental affiche une volonté de redressement. Dans les faits, Moody’s estime que la trajectoire retenue reste excessivement dépendante des hausses de recettes, un levier par nature incertain dans un contexte de croissance modérée.
L’agence anticipe ainsi un déficit supérieur à la cible officielle :
L’objectif de déficit de 5,0 % est légèrement inférieur à notre prévision d’un déficit atteignant 5,2 % en 2026
écrit Moody’s, citée par l’AFP. Une différence apparemment marginale, mais significative pour les investisseurs internationaux, très attentifs à la soutenabilité des finances publiques françaises.
Autre point de vigilance majeur : la maîtrise des dépenses. Moody’s souligne que les dépenses publiques pourraient croître davantage que prévu, malgré une progression réelle légèrement inférieure à celle du PIB. En clair, la consolidation budgétaire reposerait davantage sur l’amélioration conjoncturelle des recettes que sur une réduction structurelle du périmètre de l’État — un schéma historiquement fragile.
Cette analyse explique pourquoi l’agence maintient la note souveraine de la France à Aa3, tout en conservant une perspective négative, un signal clair envoyé aux marchés quant aux risques entourant la trajectoire budgétaire.
🏛️ Instabilité politique et crédibilité financière : un cocktail à haut risque
Au-delà des équilibres comptables, Moody’s pointe un facteur déterminant : le risque politique. Le budget 2026 a déjà illustré la fragilité institutionnelle de l’exécutif. Faute de majorité parlementaire, le gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu a dû recourir à l’article 49.3 pour faire adopter le texte sans vote, révélant une gouvernance budgétaire sous tension.
Cette situation nourrit les inquiétudes des agences de notation quant à la capacité de la France à mener des réformes impopulaires mais nécessaires. Moody’s avertit ainsi que le contexte politique pourrait freiner toute réduction significative des dépenses publiques et nuire à la prévisibilité budgétaire, un critère clé pour les investisseurs obligataires.
Les perspectives ne s’annoncent guère plus favorables pour la suite. L’agence anticipe déjà un climat encore plus conflictuel autour du budget 2027, dont l’examen interviendra à moins de six mois de l’élection présidentielle. « Le vote du budget 2027 […] risque de durcir les positions de négociation des partis et de compliquer davantage l’obtention d’un accord entre les blocs », prévient Moody’s (AFP). Une configuration propice aux blocages, au moment même où la discipline budgétaire serait la plus nécessaire.
👁 L’œil de l’expert : un budget sous surveillance
L’analyse de Moody’s met en lumière un problème central : la France ne souffre pas d’un manque d’objectifs, mais d’un déficit de crédibilité dans leur mise en œuvre. Tant que l’ajustement reposera prioritairement sur les recettes et non sur une réforme structurelle des dépenses, la trajectoire budgétaire restera vulnérable aux aléas politiques et économiques.
À court terme, la perspective négative maintenue par Moody’s n’implique pas une dégradation immédiate de la note. Mais à moyen terme, l’accumulation de déficits élevés, combinée à une instabilité institutionnelle persistante, pourrait renchérir le coût de financement de la dette française. Dans un environnement de taux durablement plus élevés, l’enjeu dépasse le débat politique : il s’agit désormais de préserver la soutenabilité financière de l’État.

