Le ciel français n’a jamais été aussi fréquenté. En 2025, le transport aérien hexagonal signe un retour spectaculaire à des niveaux inédits, dépassant même les sommets d’avant-crise. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans un contexte de pression fiscale accrue, de mutation des usages et de recomposition économique du secteur. Derrière les chiffres records se dessinent toutefois des dynamiques contrastées, révélatrices des nouveaux arbitrages financiers et stratégiques auxquels font face compagnies et aéroports.
🌍 L’international, le vrai moteur économique
La relance du trafic aérien français repose avant tout sur la vigueur des flux internationaux, devenus le pilier central de la croissance du secteur. Selon les données de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), près de 183 millions de voyages individuels ont été comptabilisés en 2025 au départ ou à destination de la France, soit un volume supérieur au pic de 2019.
Cette dynamique est largement tirée par l’international, qui représente désormais environ 85 % du trafic total. Sur plusieurs années, ces liaisons affichent une progression solide, portée par l’Afrique, en forte expansion, avec une hausse supérieure à 30 %, soutenue par des besoins structurels de mobilité et des échanges économiques renforcés ; portée aussi par l’Union européenne, dont la croissance reste régulière malgré un environnement réglementaire plus contraignant ; et stimulée également par le continent américain, qui bénéficie d’une demande loisirs et affaires résiliente.
À l’inverse, le marché domestique poursuit son décrochage. Le trafic intérieur demeure nettement inférieur à son niveau pré-Covid, pénalisé par la concurrence ferroviaire, l’essor du télétravail et une fiscalité environnementale plus lourde sur les billets d’avion. Les lignes Paris–province et les dessertes transversales illustrent cette fragilisation, avec des reculs structurels qui interrogent la rentabilité à long terme de certaines liaisons.
La reprise reste également incomplète en Asie-Pacifique. Les échanges avec cette zone, freinés par la persistance de contraintes géopolitiques et monétaires, n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant-crise. La DGAC souligne que certaines destinations majeures, comme la Chine ou le Japon, accusent encore un retard significatif, en partie lié à la faiblesse du yen et à la lente normalisation des flux touristiques et d’affaires.
💶 Ces nouveaux arbitrages financiers
Au-delà des volumes, la photographie économique du trafic aérien français révèle des écarts marqués entre territoires et acteurs. Les grands hubs nationaux — Paris-Charles-de-Gaulle, Orly et Nice — conservent leur leadership, captant l’essentiel de la croissance. En revanche, des plateformes régionales comme Toulouse ou Bordeaux subissent plus fortement l’impact du report modal vers le train.
À l’opposé, certains aéroports secondaires tirent profit du modèle low-cost. La progression spectaculaire de Beauvais, désormais dans le haut du classement national, illustre la capacité de ces infrastructures à capter une demande sensible aux prix, malgré la hausse des taxes.
Sur le plan concurrentiel, les compagnies sous pavillon français parviennent à regagner des parts de marché, dépassant légèrement leur position d’avant-crise. Une évolution encourageante, mais qui reste fragile dans un contexte où, comme le rappelle l’IATA, le trafic mondial avait déjà retrouvé son rythme de croisière dès 2024, bien avant la France.
La fiscalité demeure toutefois un point de tension majeur. L’alourdissement des taxes sur le transport aérien, justifié par les impératifs de transition écologique, pèse directement sur les coûts et les marges. Comme le souligne la DGAC, cette contrainte pourrait à terme accentuer la polarisation du marché : concentration sur les axes internationaux rentables, au détriment de certaines dessertes intérieures moins profitables.
👁 L’œil de l’expert
Le record de fréquentation enregistré en 2025 confirme la résilience économique du transport aérien français, mais il masque des fragilités structurelles. La croissance est réelle, mais déséquilibrée, très dépendante de l’international et exposée aux arbitrages fiscaux et environnementaux. Pour les acteurs du secteur, l’enjeu des prochaines années sera clair : transformer cette reprise quantitative en performance financière durable, en conciliant compétitivité, transition écologique et aménagement du territoire.
Source : Direction générale de l’aviation civile (DGAC)

