Alors que les produits d’épargne réglementée perdent progressivement de leur attractivité sous l’effet de la baisse des taux, une nouvelle génération d’épargnants rebat les cartes. La Gen Z, longtemps perçue comme distante vis-à-vis de la finance, investit désormais massivement la Bourse, privilégiant des supports plus dynamiques comme le Plan d’épargne en actions (PEA). Ce basculement marque une rupture économique et culturelle : défiance envers les modèles traditionnels, quête de rendement et appropriation des outils numériques redessinent le paysage de l’épargne en France.
🚀 La quête de rendement de la Gen Z
Pendant des décennies, le Livret A a constitué la pierre angulaire de l’épargne des ménages français. Mais avec un rendement jugé insuffisant, notamment par les plus jeunes, son attrait s’érode. Résultat : une partie de la génération Z se tourne vers des placements plus exposés, mais aussi potentiellement plus rémunérateurs. Le PEA, créé dans les années 1990, connaît ainsi un regain d’intérêt spectaculaire.
Ce support permet d’investir en actions françaises et européennes, tout en bénéficiant, sous conditions, d’une fiscalité avantageuse. Un choix assumé par de jeunes investisseurs interrogés par Franceinfo. L’un d’eux explique avoir débuté prudemment, avant de monter en puissance : il reconnaît avoir « commencé par une petite somme » avant d’élargir progressivement ses positions. Aujourd’hui, les rendements visés sont sans commune mesure avec ceux de l’épargne réglementée : « plusieurs milliers d’euros » investis pour des performances « cinq fois supérieures au Livret A », évoquant même des taux « pouvant aller jusqu’à 10 % ».
Cette stratégie traduit une mutation des comportements financiers. Là où les générations précédentes privilégiaient la sécurité, la Gen Z accepte davantage la volatilité, convaincue que le temps joue en sa faveur. L’argument de la simplicité technologique est central : « J’ouvre l’application, je passe un ordre en vingt secondes », résume un jeune investisseur, illustrant la désintermédiation bancaire à l’œuvre.
📊 Les nouveaux moteurs de l’investissement
Derrière cette appétence pour la Bourse se cache un changement plus profond : la remise en cause du modèle économique et social français. Plusieurs jeunes investisseurs expliquent diversifier leurs placements, notamment vers des entreprises américaines, par manque de confiance dans l’avenir économique national. L’un d’eux confie à Franceinfo douter « de notre modèle social », en particulier du système de retraite par répartition.
Cette inquiétude structurelle alimente une volonté de se constituer des revenus complémentaires sur le long terme. Une tendance confirmée par les acteurs du secteur : le président de Yomoni, plateforme d’épargne en ligne, souligne que la Gen Z représente « un peu plus de 38 % » de ses clients. Autrement dit, les jeunes ne se contentent plus d’épargner : ils investissent pour se protéger.
Le rôle des réseaux sociaux est déterminant. YouTube s’impose comme un véritable conseiller financier alternatif, avec des milliers de vidéos pédagogiques vues massivement. Cette auto-formation financière nourrit la confiance des jeunes investisseurs, même face au risque. Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), plus d’un quart des 18-24 ans envisagent d’investir en Bourse d’ici 2026 — « du jamais vu ». Un chiffre révélateur d’une révolution silencieuse de l’épargne.
👁 L’œil de l’expert : une révolution financière
L’engouement de la Gen Z pour la Bourse marque un tournant économique majeur. En cherchant du rendement et de l’autonomie, ces jeunes investisseurs compensent la fragilisation perçue des mécanismes collectifs. Mais cette démocratisation accélérée de l’investissement boursier comporte un risque : celui de surestimer la maîtrise du marché dans un contexte de volatilité accrue. L’enjeu, pour les pouvoirs publics comme pour les plateformes financières, sera de concilier éducation financière, protection des épargnants et innovation, afin que cette nouvelle culture de l’investissement devienne un levier de stabilité patrimoniale plutôt qu’un facteur de désillusion.

