Le 19 février marque un nouveau tournant pour l’actif numérique le plus capitalisé au monde. Depuis son sommet d’octobre 2025 à 126 000 dollars, le bitcoin a abandonné plus de 47 % de sa valeur pour retomber sous les 67 000 dollars. Ce repli spectaculaire ravive un débat récurrent dans l’écosystème : le bitcoin peut-il tomber à zéro ? Selon les données de CryptoQuant, les recherches associées à la question « is bitcoin going to zero? » ont atteint un niveau inédit, supérieur même à celui observé lors du marché baissier de 2022. La défiance grandit, la volatilité s’intensifie et les flux financiers se contractent.
Une certaine mécanique de repli
La correction actuelle s’inscrit dans un environnement macroéconomique moins favorable aux actifs risqués. Le durcissement des conditions monétaires, consécutif à la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale, a entraîné un resserrement des liquidités mondiales. Or, les cryptomonnaies figurent parmi les classes d’actifs les plus sensibles à l’abondance de capitaux. Parallèlement, les ETF adossés au bitcoin ont vu leurs encours fondre de plus de 52 % depuis leur pic historique, passant sous le seuil des 90 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Cette contraction traduit un désengagement progressif d’une partie des investisseurs institutionnels, amplifiant la pression vendeuse. Les critiques traditionnelles ressurgissent avec vigueur. L’animateur américain Buck Sexton insiste sur « l’absence de valeur intrinsèque » du bitcoin, le qualifiant implicitement d’actif spéculatif dépourvu de fondements économiques tangibles. Cette rhétorique, récurrente lors des phases baissières, trouve un écho particulier dans un contexte de volatilité exacerbée.
Pourtant, certains acteurs majeurs maintiennent leur stratégie d’accumulation. Michael Saylor, dirigeant de Strategy, continue d’intégrer le bitcoin dans la trésorerie de son entreprise. Il reconnaît la possibilité d’un repli jusqu’à 8 000 dollars sur un horizon de cinq ans, tout en estimant que ce scénario resterait absorbable pour son groupe. Cette posture illustre la divergence d’analyse entre investisseurs de court terme et partisans d’une thèse structurelle. L’indicateur Crypto Fear & Greed Index, actuellement positionné en zone de « peur extrême », confirme la dimension psychologique du cycle en cours. Dans l’univers crypto, la volatilité ne se limite pas aux prix : elle affecte également la perception du risque et la confiance collective.
La question d’un bitcoin à zéro relève davantage d’un scénario théorique extrême que d’une projection centrale. Toutefois, la correction actuelle rappelle que cet actif reste dépendant des flux de capitaux globaux, de la régulation et du climat macroéconomique.
L’œil de l’expert
La chute de près de 50 % du bitcoin n’est pas inédite à l’échelle de son historique, mais elle intervient dans un contexte plus institutionnalisé qu’auparavant, marqué par la présence d’ETF et d’investisseurs professionnels. Le débat sur la « valeur intrinsèque » reste ouvert. Pour ses détracteurs, le bitcoin demeure un actif spéculatif. Pour ses défenseurs, il constitue une réserve numérique rare, corrélée à la dynamique monétaire mondiale. La variable déterminante réside dans la liquidité globale. Tant que les politiques monétaires resteront restrictives, les actifs volatils subiront une pression accrue. En revanche, un retournement de cycle pourrait rapidement raviver l’appétit pour le risque.
En finance, les marchés n’évoluent jamais en ligne droite. La probabilité d’un bitcoin à zéro demeure marginale, mais la volatilité structurelle impose une gestion du risque rigoureuse. Plus qu’une question de survie, l’enjeu est celui de la maturité d’un marché encore jeune face aux cycles économiques mondiaux.

