Le géant français du petit électroménager engage une restructuration d’ampleur. À l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, le groupe SEB — maison mère de Moulinex, Tefal et Rowenta — a annoncé un plan d’économies prévoyant jusqu’à 2.100 suppressions de postes dans le monde, dont 500 en France. L’objectif affiché est clair : restaurer la compétitivité et renouer avec une croissance rentable dans un environnement bouleversé par la concurrence asiatique, les tensions commerciales et l’accélération des cycles d’innovation.
Derrière ce plan social, l’enjeu est d’abord financier : redresser une marge opérationnelle fragilisée et repositionner le groupe dans une industrie mondiale sous pression.
📉 La mécanique d’un redressement financier
Si le chiffre d’affaires 2025 du groupe atteint 8,17 milliards d’euros, en léger recul de 1,2 %, le véritable signal d’alerte réside ailleurs : le résultat opérationnel a plongé de 25 %. Le directeur général, Stanislas de Gramont, l’a reconnu sans détour : « Notre première priorité, c’est de redresser la rentabilité […], parce que nous avons connu un accident en 2025 ». Cette déclaration, rapportée par l’AFP, confirme que la dégradation de la performance industrielle dépasse la simple conjoncture. Certes, le bénéfice net progresse de 5,6 % à 245 millions d’euros. Mais cette hausse est largement technique : l’exercice précédent avait été grevé par une amende de près de 190 millions d’euros infligée par l’Autorité de la concurrence. En neutralisant cet élément exceptionnel, la dynamique bénéficiaire apparaît bien moins favorable.
Le plan présenté vise 200 millions d’euros d’économies annuelles à horizon 2027-2028, avec un plein effet attendu en 2028. Les leviers activés sont l’optimisation des frais de structure, la rationalisation des achats, l’amélioration de l’efficacité industrielle, et surtout la réduction des coûts administratifs et support. En France, les suppressions toucheront principalement les fonctions dites « support » (finance, ressources humaines, marketing, logistique), tandis que la production serait préservée et aucun départ contraint n’est envisagé selon la direction.
L’ambition financière est explicite : retrouver une croissance organique annuelle de 5 % et porter la marge opérationnelle à 10 %, puis 11 %, contre 7,4 % en 2025. Autrement dit, un repositionnement stratégique vers les standards historiques de rentabilité du groupe.
🌍 L’IA comme levier stratégique
Au-delà du simple plan d’économies, SEB engage une transformation plus profonde de son modèle industriel et marketing. L’Europe pourrait voir disparaître jusqu’à 900 postes, tandis que 700 suppressions sont envisagées hors du continent, avec un impact notable en Égypte, en Turquie et au Brésil. En Allemagne, des discussions ont été ouvertes sur l’avenir de trois usines ainsi que sur certains points de vente.
Mais la restructuration ne se limite pas à une logique budgétaire. Elle répond aussi à une mutation structurelle du marché. Stanislas de Gramont souligne « une transformation forte de la relation entre les marques et les consommateurs » et « une accélération des cycles d’innovation ». Le groupe entend réduire de 30 % le délai de mise sur le marché de ses nouveaux produits. Pour y parvenir le groupe accélère le rapprochement des équipes R&D des sites de production, accentue la digitalisation des processus, et pousse l’intégration de l’intelligence artificielle dans le marketing et l’analyse des données consommateurs. L’objectif est double : gagner en agilité face à la concurrence asiatique et capter davantage de valeur via une relation client renforcée, notamment sur les réseaux sociaux, où la présence du groupe devrait tripler.
Cette stratégie traduit un basculement : la performance future ne reposera plus uniquement sur la puissance industrielle, mais sur la vitesse d’exécution, l’exploitation des données et la capacité à innover plus rapidement que les acteurs low-cost.
👁 L’œil de l’expert : restructuration défensive
Le plan social annoncé par SEB s’inscrit dans une logique classique de restauration des marges, mais il révèle surtout une mutation plus profonde de l’industrie de l’électroménager. La pression concurrentielle asiatique, les incertitudes liées aux droits de douane américains et la digitalisation accélérée redessinent les équilibres économiques. Dans ce contexte, la réduction des coûts n’est qu’un levier parmi d’autres : c’est la capacité à combiner innovation rapide, efficacité industrielle et maîtrise des dépenses qui déterminera la trajectoire du groupe.
Si les 200 millions d’euros d’économies attendues sont effectivement réalisés et que la croissance repart dès 2026 comme anticipé, SEB pourrait restaurer un profil financier attractif pour les investisseurs. Mais l’exécution sera déterminante : dans un marché mondialisé où les cycles se raccourcissent, la moindre erreur stratégique se paie désormais au prix fort.

