Accueil Finances Crédit Crédit immobilier : les taux repartent déjà à la hausse
CréditImmobilier

Crédit immobilier : les taux repartent déjà à la hausse

Les taux repartent à la hausse
Partager

Le marché du crédit immobilier vient de changer de trajectoire. Après plusieurs mois de détente progressive, les banques remontent de nouveau leurs barèmes à partir d’avril 2026. Le mouvement reste limité, mais il marque une rupture : la phase de baisse des taux semble terminée. Le signal est venu des marchés obligataires. En quelques semaines, le taux auquel l’État français emprunte à 10 ans a bondi jusqu’à près de 3,9 %, un niveau inédit depuis 2009. Pour les banques, ce choc n’est pas théorique : il renchérit immédiatement leur propre coût de refinancement. Or une banque ne prête jamais à perte. Quand son coût de l’argent augmente, elle répercute mécaniquement cette hausse sur les crédits immobiliers. La chaîne est simple : hausse des taux de marché → hausse du coût de financement des banques → hausse des taux immobiliers → baisse de la capacité d’emprunt des ménages.

C’est précisément ce qui commence à se produire.

📈 Pourquoi les banques remontent déjà leurs barèmes

Plusieurs réseaux bancaires, régionaux comme nationaux, ont relevé leurs grilles tarifaires pour le mois d’avril. Le mouvement reste pour l’instant mesuré : quelques centièmes de point selon les profils et les durées. Mais il intervient dans un contexte de tension beaucoup plus large. D’abord, les marchés anticipent un retour durable de l’inflation, notamment sous l’effet de la remontée des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques. Ensuite, les investisseurs considèrent désormais que la Banque centrale européenne pourrait maintenir des taux élevés plus longtemps que prévu, voire procéder à de nouveaux relèvements si l’inflation repart. Les banques n’attendent donc pas les prochaines décisions de la BCE pour agir. Elles sécurisent leurs marges immédiatement.

Pour les prêts immobiliers de longue durée, la tendance est déjà visible. Les crédits de 20 ans et plus sont les plus exposés, car ce sont eux qui dépendent le plus fortement des anticipations de taux futurs. Les seuils d’usure publiés pour le deuxième trimestre 2026 traduisent d’ailleurs ce changement de régime.

  • Pour les prêts immobiliers de 20 ans et plus, le taux d’usure remonte à 5,19 %, contre 5,13 % au premier trimestre.
  • Pour les prêts d’une durée comprise entre 10 et 20 ans, le plafond ressort à 4,48 %.
  • Les prêts-relais suivent la même trajectoire haussière.

Cette hausse des taux d’usure est importante car elle redonne un peu d’espace aux banques pour prêter. Mais elle valide surtout un constat : les crédits immobiliers plus chers sont de retour.

💶 Ce que cette hausse change concrètement pour les ménages

Même limitée, une hausse de 0,20 ou 0,30 point a un effet immédiat sur le pouvoir d’achat immobilier. Prenons un ménage qui emprunte 250 000 euros sur 25 ans. À 3,50 %, la mensualité hors assurance s’élève à environ 1 252 euros. À 3,80 %, elle passe à près de 1 303 euros. Sur la durée totale du prêt, cela représente plus de 15 000 euros de coût supplémentaire. Le vrai sujet n’est donc pas uniquement la mensualité. C’est surtout la capacité d’emprunt. À revenu égal, un ménage peut financer une surface plus petite, un bien moins bien situé ou doit augmenter son apport personnel. Les primo-accédants sont les premiers touchés, car ils disposent rarement d’un patrimoine ou d’une épargne importante pour compenser.

Dans certaines zones tendues, notamment à Paris, Lyon, Bordeaux ou Nantes, la remontée des taux pourrait rapidement neutraliser la légère baisse des prix immobiliers observée depuis un an. Autrement dit : même si les biens deviennent un peu moins chers, le coût du crédit annule une partie du gain.

🏗️ Un risque plus large pour le marché immobilier et l’économie

La remontée des taux immobiliers ne concerne pas seulement les particuliers. Elle agit comme un frein sur l’ensemble de la chaîne immobilière. Moins de crédits accordés signifie moins de transactions, moins de constructions, moins de travaux et moins d’activité pour tout un écosystème : promoteurs, agents immobiliers, artisans, notaires, banques et courtiers. Le marché français reste particulièrement sensible à ce phénomène car il repose très largement sur le crédit.

Lorsque les taux dépassent certains seuils psychologiques, la demande ralentit brutalement. C’est ce qui s’était produit entre 2022 et 2024, avec un effondrement du volume de prêts et un recul historique des ventes. Le scénario n’est pas encore celui-là. Les taux restent loin des niveaux supérieurs à 4,30 % observés lors des précédents pics. Mais le marché vient clairement de sortir de la phase d’accalmie.

Si le taux de la dette française reste proche de 4 % et si la BCE maintient sa politique restrictive, les crédits immobiliers pourraient revenir vers 4 % d’ici l’été sur les profils standards. Dans ce cas, le ralentissement du marché deviendrait quasiment inévitable.

👁 L’œil de l’expert

Le marché du crédit immobilier vient probablement d’entrer dans une nouvelle phase. Pendant plusieurs mois, beaucoup espéraient une baisse continue des taux en 2026. Cette hypothèse est désormais fragilisée. Le signal envoyé par les marchés est clair : le coût de l’argent remonte partout. Les banques, confrontées à une hausse de leur refinancement et à davantage d’incertitude, n’ont aucune raison économique de continuer à prêter moins cher. Pour les emprunteurs, la fenêtre de tir se referme progressivement. Ceux qui disposent d’un dossier solide ont intérêt à sécuriser rapidement leur financement avant une nouvelle remontée des barèmes.

Car lorsque les taux repartent à la hausse, le marché immobilier ne ralentit jamais immédiatement. Il commence toujours par nier le mouvement. Puis, quelques mois plus tard, il le subit.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

D'autres articles
Crédit

Taux d’usure 2e trimestre 2026 : un plafond plus élevé qui risque de refermer le robinet du crédit

Au 1er avril 2026, les nouveaux taux d’usure entreront en vigueur dans...

CréditMarchés Financiers

Iran : la France face à un risque de choc financier systémique

De la guerre en Iran aux marchés obligataires : une contagion économique...

Immobilier

Crise du logement : 2025 marque un pic historique des expulsions en France

L’année 2025 restera gravée dans les statistiques sociales et économiques françaises :...

CréditImmobilier

Viager 2026 : un marché immobilier à 1,5 milliard d’euros

Longtemps perçu comme une formule marginale, le viager immobilier s’impose désormais comme...