L’année 2025 s’impose comme un tournant négatif pour l’emploi en France, marquant une rupture nette après plusieurs exercices de relative stabilisation. Les dernières données consolidées par la Dares et France Travail, publiées fin janvier 2026, mettent en lumière une dégradation profonde et durable du marché du travail, tant sur le plan conjoncturel que structurel. Derrière l’augmentation des effectifs inscrits se dessinent des enjeux économiques majeurs : ralentissement de l’activité, tensions sur la productivité et fragilisation des trajectoires professionnelles.
📊 Une montée du chômage qui s’ancre dans la durée
L’évolution des chiffres confirme une hausse progressive mais continue du chômage tout au long de 2025, avec une accélération marquée en fin d’année. Les demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) enregistrent une progression trimestrielle significative, portant leur effectif moyen à environ 3,35 millions de personnes sur les derniers mois de l’année. Sur douze mois, la hausse dépasse largement les standards observés ces dernières années, traduisant un affaiblissement structurel de la capacité de l’économie française à créer de l’emploi net.
Lorsque l’analyse est élargie aux catégories B et C — qui regroupent les actifs en emploi réduit ou discontinu — le constat reste préoccupant. Près de 5,75 millions de personnes sont désormais tenues de rechercher un emploi, toutes catégories confondues. Cette dynamique traduit une précarisation croissante du marché du travail, où la multiplication des contrats courts et des interruptions d’activité alimente mécaniquement les inscriptions.
Comme le souligne la Dares, cette progression constitue « l’une des augmentations annuelles les plus marquées observées dans les séries récentes », confirmant que la dégradation ne relève pas d’un simple accident statistique mais d’une tendance de fond (source : Dares).
💶 Effets « administratifs » et conjoncture
Au-delà des volumes, l’année 2025 se distingue par une recomposition du périmètre statistique du chômage, qui accentue la visibilité des fragilités existantes. L’inscription automatique de certains publics — bénéficiaires du RSA ou jeunes en parcours d’insertion — a élargi le champ des personnes suivies par France Travail. Un facteur administratif qui explique une partie de la hausse, sans toutefois en être la cause principale.
Pour isoler la réalité économique, la Dares publie des indicateurs corrigés de ces effets. Même retraitées, les données restent orientées à la hausse, confirmant une détérioration réelle de la conjoncture de l’emploi. Le chômage progresse alors à un rythme plus modéré, mais suffisamment significatif pour signaler un essoufflement du marché du travail.
Un autre indicateur clé renforce ce diagnostic : la chute spectaculaire des radiations administratives. Leur effondrement en fin d’année reflète un marché moins fluide, avec des sorties de listes de plus en plus rares. Cette inertie traduit une faible rotation de l’emploi, symptôme classique d’une économie en perte de dynamisme, incapable d’absorber l’afflux de nouveaux inscrits.
👁 L’œil de l’expert
L’année 2025 révèle un chômage plus massif, mais surtout plus enraciné, mêlant ralentissement économique, précarisation de l’emploi et ajustements administratifs. Si les effets de périmètre amplifient mécaniquement les chiffres, ils ne sauraient masquer la réalité : le marché du travail français entre dans une zone de fragilité durable. Le véritable enjeu pour 2026 et au-delà sera moins la gestion statistique des inscriptions que la relance effective de la création d’emplois productifs, seule capable d’enrayer cette spirale.

