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Crédit immobilier : les taux remontent déjà, et la décision de la BCE pourrait accélérer le mouvement

Les taux de prêts immobiliers repartent à la hausse
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Pendant plusieurs mois, le marché immobilier a vécu sur une conviction largement partagée : après la crise du crédit de 2022 à 2024, les taux immobiliers avaient amorcé une phase de détente durable. Certains observateurs évoquaient même un retour progressif vers des conditions de financement proches de celles connues avant le choc inflationniste. Pourtant, la réalité du marché raconte une histoire bien différente. Depuis plusieurs semaines, de nombreux barèmes bancaires affichent déjà des revalorisations discrètes. Quelques points de base par-ci, quelques dixièmes de point par-là. Rien de spectaculaire individuellement. Mais suffisamment pour marquer une rupture dans la tendance observée depuis fin 2024. La décision prise par la Banque centrale européenne de relever ses taux directeurs de 0,25 point ne constitue donc pas le début du mouvement. Elle pourrait en revanche en devenir l’accélérateur. Car derrière le discours rassurant de certains acteurs du marché, plusieurs facteurs convergent désormais dans le même sens : celui d’un crédit immobilier plus cher dans les mois à venir.

Pourquoi le marché pourrait sous-estimer le phénomène

L’erreur la plus fréquente consiste à analyser le crédit immobilier uniquement à travers les décisions de la BCE. Dans les faits, les banques ne construisent pas leurs barèmes en regardant uniquement le taux de dépôt de Francfort. Elles surveillent surtout le coût réel de leur argent. Or celui-ci reste orienté à la hausse. Les rendements des Obligations Assimilables du Trésor (OAT) françaises évoluent depuis plusieurs mois sur des niveaux incompatibles avec une tendance baissière du crédit immobilier. Les investisseurs continuent d’exiger des primes de risque importantes face à l’endettement croissant des États européens, aux tensions géopolitiques et au retour des inquiétudes inflationnistes. Dans le même temps, le conflit au Moyen-Orient a provoqué une nouvelle envolée des prix de l’énergie. Le pétrole renchérit le transport, la production industrielle et l’ensemble de la chaîne économique. Résultat : les anticipations d’inflation repartent à la hausse. Les marchés obligataires ont immédiatement intégré cette nouvelle réalité. Or ce sont précisément ces marchés, entre autres, qui fixent le coût de l’argent à long terme utilisé par les banques pour financer les crédits immobiliers.

Autrement dit, alors qu’une partie du marché continue de croire que les banques ont déjà largement anticipé les hausses des taux, sur les semaines passées, les principaux indicateurs utilisés par les banques nous disent autre chose. Cette situation explique pourquoi plusieurs établissements ont commencé à relever discrètement leurs grilles depuis le printemps. Comme nous l’expliquions récemment dans notre analyse Creditnews.fr consacrée aux nouvelles orientations de la BCE et à leurs conséquences sur le financement des ménages, le véritable indicateur à surveiller n’est plus seulement le taux directeur mais la trajectoire globale du coût du financement bancaire.

Retrouvez notre analyse Creditnews.fr autour de la projection des taux pour la rentrée 2026, avec de possibles nouvelles augmentations au cours de l’été prochain.

Ces voyants alignés pour une poursuite de la hausse

La décision de la BCE intervient à un moment particulier. Depuis près de trois ans, les banques françaises ont accepté des marges historiquement faibles sur le crédit immobilier. Entre les contraintes du taux d’usure, la concurrence commerciale et la nécessité de maintenir leur production, de nombreux établissements ont accordé des financements avec des rentabilités très limitées. Cette situation n’est plus tenable à long terme. Les banques font aujourd’hui face à une hausse du coût du risque, à des exigences prudentielles renforcées et à un environnement économique beaucoup plus incertain qu’avant la crise inflationniste. Le ralentissement de la croissance européenne, la remontée progressive du chômage et l’augmentation des défaillances d’entreprises renforcent leur prudence. Dans ce contexte, la très probable future revalorisation des taux d’usure pourrait jouer un rôle déterminant. L’analyse dominante consiste à considérer cette hausse comme une bonne nouvelle pour les emprunteurs exclus du marché. Mais elle pourrait surtout offrir aux banques une nouvelle latitude pour reconstituer leurs marges. Et c’est probablement là que se trouve le principal risque pour les candidats à l’accession. Car si les établissements disposent à la fois d’un coût de refinancement plus élevé dans un contexte où la BCE est redevenue restrictive, avec des réhausses des taux d’usure dans environnement économique plus risqué ; alors toutes les conditions sont réunies pour justifier des hausses tarifaires supplémentaires.

Le scénario central n’est donc plus celui d’une stabilisation des taux. Le véritable débat porte désormais sur l’ampleur de leur remontée.

L’œil de l’expert

Le marché immobilier risque de commettre aujourd’hui la même erreur qu’en 2022, mais dans le sens inverse. À l’époque, beaucoup considéraient que la hausse des taux serait temporaire. Aujourd’hui, beaucoup considèrent que leur faible hausse est acquise. Dans les deux cas, le raisonnement repose sur une lecture incomplète du marché. Les taux immobiliers ne suivent pas mécaniquement les décisions de la BCE ; ils reflètent l’ensemble des contraintes auxquelles sont confrontées les banques. Or ces contraintes se renforcent simultanément : coût du refinancement élevé, inflation énergétique, taux obligataires tendus, rentabilité sous pression et hausse du risque économique. La remontée observée depuis plusieurs mois pourrait donc n’être que le début d’un mouvement plus large. Le véritable sujet n’est plus de savoir si les taux vont baisser, mais de déterminer à quelle vitesse les banques vont répercuter l’ensemble de ces tensions dans leurs futures grilles tarifaires.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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