Malgré un léger mieux perceptible dans la gestion budgétaire des ménages, le découvert bancaire demeure une réalité massive et persistante en France. Selon une étude récente du comparateur Lesfurets.com, près d’un quart des Français basculent encore régulièrement dans le rouge avant la fin du mois. Derrière ce constat se cache une mécanique économique plus profonde, mêlant dépenses contraintes, rigidité des revenus et arbitrages financiers de plus en plus serrés. Un signal faible à ne pas sous-estimer dans un contexte de pouvoir d’achat sous pression.
⚠️ Un découvert plus tardif… mais pour de plus en plus de Français
Premier enseignement de l’étude : le « jour du découvert » recule légèrement. En 2026, les Français concernés passent en négatif en moyenne le 18 du mois, contre le 16 l’an passé. Une amélioration relative, que Lesfurets interprète prudemment comme le signe « d’une situation économique légèrement meilleure ou d’une gestion budgétaire plus rigoureuse ».
Mais cette évolution positive masque une autre dynamique, bien plus préoccupante. La proportion de Français à découvert tous les mois ou presque progresse, passant de 22 % à 24 % en un an. Autrement dit, si certains ménages parviennent à retarder l’échéance, le nombre de foyers structurellement fragiles augmente .
Ce phénomène traduit un effet de ciseaux classique avec des revenus qui progressent lentement, face à des charges fixes difficilement compressibles, et dans un environnement où le crédit bancaire est plus restrictif. Le découvert devient ainsi un outil de trésorerie subi, et non un accident ponctuel, révélateur d’une tension durable sur les finances courantes.
👥 Les premières lignes de fragilité
L’analyse par profil met en lumière des écarts particulièrement marqués. Les 25-34 ans apparaissent comme les plus exposés, avec 42 % déclarant être à découvert presque chaque mois. Chez les 18-24 ans, la proportion est plus faible (31 %), mais le basculement intervient beaucoup plus tôt, dès le 14 du mois en moyenne.
Ces chiffres soulignent une réalité économique claire : l’entrée dans la vie active s’accompagne d’un déséquilibre temporaire mais récurrent entre revenus et charges fixes, notamment le logement, les assurances et les abonnements.
Les locataires constituent également une population particulièrement vulnérable. 34 % d’entre eux se disent régulièrement à découvert. En cause, des revenus généralement inférieurs à ceux des propriétaires, et une exposition accrue aux dépenses contraintes, au premier rang desquelles figure le loyer, difficilement ajustable à court terme.
Face à cette rigidité budgétaire, Lesfurets rappelle néanmoins que certaines charges restent optimisables, notamment les assurances (auto, habitation, mutuelle) ou les contrats d’énergie et de télécommunications. Le comparateur souligne que ces contrats sont résiliables à tout moment après un an, conformément à la loi Hamon de 2015, afin de favoriser la concurrence.
Selon Lesfurets.com, les économies potentielles sont loin d’être marginales : jusqu’à 396 euros par an sur l’assurance auto et 480 euros sur l’assurance habitation. Des montants susceptibles de faire la différence entre un budget à l’équilibre et un découvert chronique.
👁 L’œil de l’expert
Le recul du jour moyen du découvert ne doit pas masquer l’essentiel : le découvert bancaire reste un marqueur structurel de fragilité financière pour une part croissante des ménages français. Tant que les dépenses contraintes continueront de progresser plus vite que les revenus disponibles, la situation restera sous tension. L’enjeu, pour les particuliers comme pour les acteurs financiers, n’est plus seulement de gérer l’urgence, mais d’optimiser durablement les postes de charges et de restaurer des marges de manœuvre budgétaires. À défaut, le découvert continuera de jouer le rôle de variable d’ajustement silencieuse… mais coûteuse

