Après deux années marquées par le retour des tensions inflationnistes, la remontée des taux d’intérêt et l’essoufflement de la croissance mondiale, les entreprises entrent dans une nouvelle zone de turbulence. Selon les dernières prévisions publiées par Coface, les défaillances d’entreprises devraient progresser de 6 % à l’échelle mondiale en 2026, contre une estimation précédente plus modérée. Une révision qui reflète l’accélération de la dégradation économique observée depuis le début de l’année. Les chiffres sont particulièrement préoccupants : sur les premiers mois de 2026, les faillites d’entreprises ont déjà bondi de 12 % dans le monde. L’Amérique du Nord tire cette hausse avec une progression de 22 %, mais l’Europe n’est pas épargnée. En France, Coface anticipe une augmentation de 8 % des défaillances sur l’ensemble de l’année, au même niveau que les États-Unis.
Coûts élevés, demande fragile et taux d’intérêt : la triple peine des entreprises
Pour Coface, cette accélération des défaillances traduit une dégradation rapide de l’environnement économique. Les entreprises font face simultanément à plusieurs chocs : une demande qui ralentit, des marges sous pression et des coûts de financement durablement élevés. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont ravivé la volatilité des prix de l’énergie et renchéri les coûts d’approvisionnement, créant un climat d’incertitude qui freine les investissements. Dans ce contexte, certains secteurs apparaissent particulièrement vulnérables. La construction, l’industrie, la chimie, le textile, les transports et l’agroalimentaire concentrent aujourd’hui les principaux risques. En France, les entreprises du transport et de l’agroalimentaire subissent de plein fouet la hausse des coûts opérationnels, tandis que la construction reste pénalisée par le ralentissement du marché immobilier et le maintien de conditions de financement restrictives. Comme nous l’analysions récemment sur Creditnews dans notre décryptage consacré à la remontée des taux d’usure au 1er juillet 2026, le coût du crédit reste un facteur déterminant pour l’ensemble de l’économie. Malgré les premiers signes d’assouplissement monétaire, les taux d’intérêt demeurent à des niveaux historiquement élevés comparés à la décennie précédente. Cette situation fragilise particulièrement les entreprises les plus endettées ou celles dont les marges sont insuffisantes pour absorber une hausse de leurs charges financières. Selon Coface, même une légère dégradation des conditions de financement pourrait accélérer les défauts de paiement au cours des prochains trimestres. Autre différence majeure avec les crises précédentes : le soutien public s’annonce plus limité. Alors que les dispositifs de soutien mis en place entre 2022 et 2023 représentaient entre 2 % et 4 % du PIB dans plusieurs pays européens, les mesures actuelles restent beaucoup plus ciblées. Le programme le plus ambitieux, déployé en Espagne, ne représente que 0,3 % du PIB. Cette réduction des filets de sécurité laisse les entreprises les plus fragiles davantage exposées au ralentissement économique. Au-delà des faillites elles-mêmes, l’enjeu est systémique. Une augmentation durable des défaillances pèse sur l’emploi, fragilise les chaînes de sous-traitance, réduit les investissements et alimente le risque de contraction du crédit. Pour les banques et les organismes de financement, la hausse du coût du risque pourrait également conduire à un durcissement des critères d’octroi, aussi bien pour les entreprises que pour les ménages.
L’œil de l’expert
La hausse des défaillances d’entreprises ne constitue pas un simple indicateur conjoncturel : elle reflète l’entrée dans une nouvelle phase du cycle économique. Après plusieurs années de soutien massif des États et de financement abondant, les entreprises doivent désormais composer avec un environnement plus exigeant, caractérisé par un coût du capital plus élevé, une demande moins dynamique et des marges sous pression. Le véritable risque pour 2026 réside dans l’effet domino qu’une multiplication des défaillances pourrait provoquer sur l’investissement, l’emploi et l’accès au crédit. Plus qu’une crise sectorielle, c’est la résilience du tissu économique qui sera mise à l’épreuve dans les prochains mois.

