Depuis plus d’un an, le dollar américain s’affaiblit durablement par rapport à l’euro, une évolution monétaire qui attise à la fois inquiétudes et opportunités pour les acteurs économiques européens. Après avoir flirté avec la parité en janvier 2025, le billet vert se négocie aujourd’hui autour de 1,20 dollar pour un euro, soit une baisse de plus de 14 % en une année. Cette dynamique, accompagnée de débats sur la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed), a des conséquences contrastées sur importations, exportations, secteurs industriels et portefeuilles financiers. D’un point de vue macro-économique et financier, il est essentiel d’analyser ces effets pour les entreprises, les investisseurs et les décideurs publics.
🌍 Baisse du dollar : avantages pour l’UE
L’affaiblissement du dollar bénéficie à plusieurs pans de l’économie de la zone euro, à commencer par les importations libellées en dollars. Comme le relève l’économiste Philippe Crevel, président du Cercle de l’épargne, « le dollar a perdu 13 % en 2025 et encore 2 % depuis le début de l’année », une baisse qui réduit mécaniquement le coût des achats internationaux effectués en monnaie américaine. Cette dynamique est particulièrement favorable pour les pays européens importateurs nets d’énergie.
La France, par exemple, dépend largement des importations de pétrole et de gaz. Ces transactions étant facturées en dollars, la dépréciation du billet vert contribue à diminuer la facture énergétique en euros, allégeant ainsi les coûts pour les ménages et les entreprises. En retour, cela atténue les pressions inflationnistes et améliore la compétitivité des produits manufacturés européens grâce à des coûts de production plus bas. La baisse du dollar profite également aux importations de biens électroniques et informatiques américains, qui deviennent plus abordables dès lors qu’ils sont convertis en euros. Philippe Crevel souligne que ces effets ne sont pas marginaux : ils diminuent le coût unitaire de nombreux composants et produits finis intégrés dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
Même lorsque les importations sont facturées indirectement, comme dans le cas de nombreux biens chinois, un dollar plus faible peut réduire la valeur des transactions pour les acheteurs européens, car ces échanges sont souvent libellés ou influencés par le dollar. Toutefois, comme l’explique Philippe Crevel encore, cela ne cesse pas d’avoir un effet compétitif : « elles sont incontournables dans certains domaines ».
Sur le plan macro-financier, une monnaie commune plus forte tend à améliorer le pouvoir d’achat des importateurs européens, mais peut aussi réduire l’attractivité des exportations hors zone euro. Dans ce contexte, l’effet net dépend de la structure sectorielle des économies : les pays fortement exportateurs de services ou de biens de niche peuvent mieux amortir la pression du change que les économies orientées vers les produits agricoles ou industriels sensibles au prix.
📊 Ces défis pour les investisseurs
L’évolution du dollar influence aussi la sphère financière et les portefeuilles d’actifs. Pour les détenteurs d’actions et d’ETF libellés en dollars, la dépréciation monétaire crée des arbitrages particuliers.
Comme le souligne Antoine Fraysse-Soulier, analyste marché chez eToro, « cela n’a pas d’impact tant que l’on ne vend pas d’actions du compte titre » ou que l’on ne retire pas des fonds libellés en dollars. Cette distinction est essentielle pour les investisseurs européens : un PEA, essentiellement composé de titres européens, reste moins exposé aux fluctuations USD/EUR qu’un compte titres global.
Malgré la dépréciation du billet vert, certains supports libellés en dollars ont bien performé. Antoine Fraysse-Soulier rappelle que « le Nasdaq a pris environ 22 % en 2025 », ce qui se traduit par une performance nette de l’ordre de +7 % pour un investisseur européen exposé via des ETF une fois ajusté du change. Cette combinaison illustre l’intérêt de garder une exposition diversifiée aux marchés internationaux, même en période d’euro fort.
L’évolution future du dollar dépendra en large partie de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Antoine Fraysse-Soulier évoque la possibilité que la Fed baisse ses taux pour soutenir l’économie, un scénario qui pourrait inverser partiellement la tendance actuelle du dollar. En attendant, il invite à la prudence sur les ventes d’actifs en dollar lors d’une phase de monnaie faible : « il faut peut-être attendre le printemps », nuance-t-il.
👁 L’œil de l’expert : un dollar faible, et ?
La chute continue du dollar face à l’euro n’est pas un simple phénomène monétaire : elle a des effets économiques structurels profonds. Pour l’économie de la zone euro, elle allège les coûts d’importation, soutient le pouvoir d’achat, et améliore la compétitivité du tissu industriel sur certains segments. Mais ces avantages s’accompagnent de défis pour les exportateurs, notamment dans l’agroalimentaire ou les biens sensibles aux prix internationaux.
Sur les marchés financiers, la faiblesse du dollar complexifie la gestion des portefeuilles internationaux tout en offrant des opportunités de rendement ajusté selon les devises. Les investisseurs avisés sauront tirer parti de ces configurations en diversifiant leurs actifs et en comprenant les effets des taux de change sur les performances réelles.
Dans un environnement global marqué par des décisions monétaires clés — notamment celles de la Fed — la surveillance des taux de change USD/EUR reste un indicateur économique et financier essentiel pour anticiper les risques et opportunités sur les marchés.

