C’est un signal inédit : pour la première fois depuis 2015 lors d’un mois de juillet, les Français ont davantage retiré que déposé sur leur Livret A. D’après la Caisse des dépôts (CDC), la décollecte nette a atteint 70 millions d’euros en juillet, un phénomène qui coïncide avec la baisse du taux d’intérêt de 2,4 % à 1,7 %, entrée en vigueur le 1er août. Si ce produit d’épargne reste massivement détenu, il perd de son attrait au profit de placements jugés plus rémunérateurs, comme l’assurance-vie ou certains livrets ciblés.
🪙 Le Livret A sous pression
Le Livret A, produit d’épargne préféré des ménages, vit une période de reflux. La réduction de son rendement a agi comme un déclic pour de nombreux épargnants, qui ont choisi de transférer leur argent ailleurs.
En face, l’assurance-vie en euros connaît un regain spectaculaire. Selon l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), son taux moyen atteint 2,6 % en 2025, un niveau attractif malgré une fiscalité moins favorable que celle du Livret A. Résultat : depuis janvier, elle capte l’essentiel des flux financiers, confirmant son statut de concurrent sérieux.
Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) s’en tire également mieux. Avec +340 millions d’euros de dépôts nets en juillet, il démontre que les épargnants ne désertent pas totalement les livrets réglementés, mais cherchent des alternatives offrant davantage de souplesse.
Malgré cette baisse d’appétence l’encours cumulé des Livrets A et LDDS atteint encore 609,4 milliards d’euros, un record historique. Mais ce chiffre impressionnant reste loin derrière les encours de l’assurance-vie, qui pèsent plus de 2.000 milliards d’euros.
🔍 Le paradoxe du LEP
Si le Livret d’épargne populaire (LEP) affiche une progression de 450 millions d’euros en juillet – son meilleur score depuis décembre 2024 – la tendance annuelle est moins favorable. Depuis le début de 2025, l’encours a reculé de près de 2 milliards d’euros, en raison de nombreuses fermetures liées au dépassement du plafond de ressources.
Ce produit, réservé aux ménages modestes et affichant un rendement supérieur, reste paradoxalement sous-utilisé. Comme le souligne la Banque de France, seuls 12,2 millions de détenteurs sont attendus fin 2025, contre 11,9 millions fin 2024. C’est bien en-deçà des 19 millions de ménages identifiés comme clients potentiels et encore plus éloigné des 31 millions de personnes éligibles.
Le problème est en grande partie structurel : les établissements bancaires communiquent très peu sur le LEP, préférant mettre en avant des produits plus rentables pour eux. Pourtant, ce livret demeure l’un des meilleurs refuges pour les foyers modestes, combinant sécurité et rendement.
👁️ L’œil de l’expert : cartes rebattues
Le repli du Livret A révèle une mutation des comportements d’épargne. Dans un environnement où l’inflation recule et où les taux réglementés baissent, les Français arbitrent davantage en faveur de placements offrant un meilleur couple rendement/risque, même au prix d’une fiscalité moins avantageuse.
À court terme, le Livret A restera incontournable pour sa liquidité et sa sécurité. Mais à moyen terme, la montée en puissance de l’assurance-vie et le potentiel inexploité du LEP montrent que la carte de l’épargne réglementée pourrait être largement rebattue.
En clair, l’argent des Français ne disparaît pas : il se réalloue. Et c’est une donnée clé pour comprendre l’évolution de la stratégie financière des ménages dans les prochaines années