Le spectre d’un scénario que les économistes redoutent depuis plusieurs années refait surface : la stagflation. Ce phénomène économique — caractérisé par une inflation élevée combinée à une croissance faible voire stagnante — semblait appartenir aux années 1970. Pourtant, l’escalade militaire autour de l’Iran ravive brutalement cette crainte. Depuis les premières frappes et les tensions autour du détroit d’Ormuz, l’un des corridors énergétiques les plus stratégiques de la planète, les marchés financiers ont immédiatement réagi : flambée des prix de l’énergie, recul des bourses et remontée des tensions sur les taux. Selon plusieurs analyses relayées par la presse économique internationale, le prix du gaz européen a bondi d’environ 50 % et le pétrole de plus de 10 % en quelques jours, signe d’un choc énergétique déjà en cours. Dans ce contexte, la question devient centrale pour les décideurs économiques : la guerre en Iran peut-elle provoquer une nouvelle stagflation mondiale ?
🔥 Un nouveau choc énergétique mondial ?
Le premier canal de transmission économique du conflit est l’énergie. Le Moyen-Orient demeure le cœur du système pétrolier mondial, et le détroit d’Ormuz constitue l’une des routes maritimes les plus stratégiques de la planète : près de 20 % du pétrole consommé dans le monde y transite. Dès les premières tensions militaires, les marchés ont anticipé une perturbation de l’approvisionnement. Le baril de Brent s’est rapidement rapproché des 80 à 85 dollars, un niveau nettement supérieur à celui du début de l’année. Cette hausse a plusieurs effets économiques immédiats :
1. Une inflation importée : l’énergie est un intrant transversal dans l’économie : transport, industrie, agriculture, chauffage. Lorsque les prix du pétrole ou du gaz augmentent, les coûts de production s’envolent, ce qui se répercute rapidement sur les prix à la consommation. Les analystes de Goldman Sachs estiment ainsi qu’un baril autour de 100 dollars pourrait faire remonter sensiblement l’inflation mondiale, notamment en Europe où les économies restent très dépendantes des importations d’énergie.
2. Une pression sur la croissance : parallèlement, une énergie plus chère agit comme une taxe implicite sur l’économie : les ménages consacrent plus de revenus aux dépenses contraintes, les entreprises voient leurs marges mécaniquement comprimées et l’investissement ralentit inévitablement. Dans un scénario défavorable, la hausse des prix de l’énergie pourrait amputer la croissance européenne de 0,1 à 0,2 point de PIB, selon les estimations d’économistes cités par Euronews.
Autrement dit, l’inflation augmente tandis que la croissance ralentit, ce qui constitue précisément la mécanique d’une stagflation.
📊 Le dilemme des banques centrales et des marchés
Le second enjeu concerne la politique monétaire. Depuis la crise inflationniste de 2022-2023, les banques centrales ont tenté de ramener l’inflation vers leurs objectifs — autour de 2 % en zone euro et aux États-Unis. Or la guerre en Iran risque de créer un choc inflationniste externe, extrêmement difficile à gérer.
Le piège des taux d’intérêt : les banques centrales se retrouvent face à un arbitrage complexe entre augmenter les taux pour combattre l’inflation énergétique ou les maintenir bas pour éviter d’étouffer une économie déjà fragile. Les marchés anticipent déjà cette tension : certains investisseurs évoquent la possibilité d’un nouveau relèvement des taux de la Banque centrale européenne fin 2026 si l’inflation repart durablement à la hausse.
Les marchés financiers sous tension : les premières réactions ont été immédiates avec un recul rapide et brutal des principales bourses mondiales, suivi d’une hausse des primes de risque et d’un accroissement de la volatilité sur les marchés obligataires. Cette réaction reflète une inquiétude simple : si l’énergie reste chère longtemps, les profits des entreprises et la croissance mondiale pourraient être durablement affectés.
👁 L’œil de l’expert : le risque d’un conflit qui dure
Le scénario de stagflation n’est pas inévitable, mais il dépend d’un facteur clé : la durée et l’ampleur du conflit. Trois scénarios économiques se dessinent aujourd’hui : Le premier est un conflit court (scénario le plus favorable); le choc énergétique reste temporaire. Les prix de l’énergie se normalisent rapidement et l’impact économique demeure limité. Le second scénario est que le conflit se prolonge avec des tensions sur l’énergie. Les prix du pétrole restent alors élevés (80-100 dollars). L’inflation repart, la croissance ralentit : la stagflation devient une possibilité réelle, notamment en Europe. Le dernier scénario englobe une escalade majeure au Moyen-Orient. Le blocage du détroit d’Ormuz dure dans le temps et la destruction d’infrastructures énergétiques s’intensifie. Dans ce cas, le monde pourrait connaître un véritable troisième choc pétrolier, comparable aux crises de 1973 ou 1979.
Pour l’instant, les économistes restent prudents : l’économie mondiale est plus diversifiée énergétiquement qu’il y a cinquante ans. Mais une chose est certaine : le conflit iranien rappelle à quel point la géopolitique peut encore déstabiliser l’économie mondiale en quelques jours seulement.

