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Habillement : les ventes s’effondrent de 17,6% en septembre

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Le marché français de l’habillement vient de connaître son pire mois depuis cinq ans. En septembre 2026, le chiffre d’affaires réalisé en magasin par les enseignes de prêt-à-porter a chuté de 17,6 % sur un an, selon le panel Retail Int. pour l’Alliance du Commerce. Pour un secteur qui compte traditionnellement sur la rentrée scolaire pour relancer son activité et renforcer sa trésorerie, ce décrochage constitue un signal particulièrement préoccupant. La fréquentation des magasins recule elle aussi de 13,3 %, tandis que les ventes en ligne plongent de 15,9 %. Le problème dépasse donc largement la seule fréquentation des centres commerciaux : les ménages semblent avoir réduit leur budget consacré à l’habillement, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure sous pression et où chaque dépense discrétionnaire fait désormais l’objet d’un arbitrage.

Marché de l’habillement : une consommation française sous pression

Le chiffre de septembre est d’autant plus spectaculaire que le mois constitue traditionnellement une période stratégique pour les enseignes de mode. La rentrée scolaire doit normalement favoriser les achats de vêtements pour enfants et accompagner le renouvellement des garde-robes avant l’automne. Or le segment enfant affiche cette fois une chute de 27,4 %, alors que la rentrée représente à elle seule environ 14 % des ventes annuelles des enseignes spécialisées dans l’habillement pour enfants, selon l’Alliance du Commerce. Le phénomène touche également le prêt-à-porter féminin : les ventes de grosses pièces reculent de 45 %, tandis que les shorts progressent encore de 24 %. Cette évolution traduit d’abord l’impact exceptionnel de la météo : septembre 2026 a été le deuxième mois de septembre le plus chaud depuis 1900, retardant mécaniquement les achats de vêtements automne-hiver. Mais réduire la situation du commerce de l’habillement à un simple problème climatique serait insuffisant. L’Alliance du Commerce souligne également le poids d’un pouvoir d’achat contraint, dans un contexte marqué par une hausse importante des prix de l’énergie. Les déplacements vers les zones commerciales périphériques sont notamment pénalisés par le coût de la mobilité. Les zones d’activité commerciale et retail parks enregistrent ainsi une baisse de 23,4 %, contre -11,1 % pour les commerces de centre-ville. Paris résiste davantage avec un recul limité à 6,4 %, notamment grâce à l’activité touristique. Le plus inquiétant pour les professionnels réside toutefois dans la généralisation du recul. Le commerce physique n’est pas le seul canal touché : les ventes en ligne diminuent elles aussi de 15,9 % en septembre. Depuis le début de l’année, le chiffre d’affaires en magasin recule de 4,7 % et la fréquentation des points de vente de 3,8 %, tandis que le e-commerce affiche une baisse cumulée de 1,8 %. Autrement dit, le consommateur ne semble pas simplement transférer ses achats du magasin vers Internet : il réduit globalement ses dépenses vestimentaires. Cette situation est particulièrement importante pour comprendre l’état réel de la consommation française. Lorsque les ménages arbitrent leurs dépenses, l’habillement fait partie des postes sur lesquels il est relativement facile de différer un achat. Un manteau peut être remplacé plus tard, une nouvelle tenue peut être reportée, une garde-robe peut être renouvelée moins fréquemment. Pour les enseignes, cette évolution pèse directement sur le chiffre d’affaires, mais également sur les marges, les stocks et les besoins de trésorerie. Les entreprises doivent en effet gérer des collections saisonnières dont la valeur commerciale peut diminuer rapidement lorsque les températures ou les comportements d’achat ne correspondent pas aux prévisions. Le problème devient alors financier : moins de ventes signifie davantage de stocks à écouler, davantage de promotions et une pression accrue sur les marges. Pour certaines enseignes déjà fragilisées, plusieurs mois de faible activité peuvent rapidement détériorer les équilibres financiers. Le secteur sortait pourtant déjà d’un été difficile. Sur juillet et août, le chiffre d’affaires en magasin avait reculé de 1,9 % par rapport à 2025. Juillet avait relativement résisté avec une progression de 0,2 %, mais août avait décroché sous l’effet notamment des fortes chaleurs. Le contraste avec les années précédentes est révélateur. En septembre 2025, le marché avait déjà reculé de 5,8 %, dans un contexte de consommation fragile, mais le cumul des neuf premiers mois de l’année restait légèrement positif à +0,2 %. En septembre 2024, à l’inverse, le secteur avait bénéficié d’une rentrée exceptionnelle, avec une progression de 24,5 % du chiffre d’affaires en magasin, portée notamment par les vêtements pour enfants. La comparaison montre donc que la consommation vestimentaire reste très sensible aux conditions économiques, mais également aux arbitrages des ménages. Ce phénomène s’inscrit dans une transformation plus profonde du marché. Les consommateurs disposent aujourd’hui d’un choix considérablement plus large entre enseignes traditionnelles, plateformes de seconde main, ultra-fast fashion et e-commerce international. Vinted est ainsi devenu en 2025 le premier distributeur de vêtements en France, selon les données de Joko reprises par CreditNews, illustrant le déplacement progressif d’une partie de la dépense vestimentaire vers des modèles reposant sur des prix plus faibles et une logique de seconde main. Cette évolution rejoint directement l’analyse publiée par CreditNews sur les difficultés du Printemps, confronté à la baisse du pouvoir d’achat, à Vinted et à Shein ainsi qu’à la transformation du commerce physique. Cet article montrait déjà que le marché du vêtement est désormais pris entre deux pôles : le très bas prix et la seconde main d’un côté, le premium et le luxe de l’autre. Le recul brutal de septembre apporte un nouvel indicateur de cette recomposition du marché. Pour les banques et les acteurs du financement, le sujet mérite également d’être surveillé. Le commerce de l’habillement représente des milliers d’emplois, des réseaux de magasins importants et des besoins significatifs en fonds de roulement. Une contraction durable de la consommation peut donc finir par affecter les demandes de financement des entreprises, leurs capacités de remboursement et leurs besoins de trésorerie. Du côté des ménages, la logique est différente mais tout aussi importante : lorsque le budget consacré aux achats discrétionnaires diminue, cela peut traduire une volonté de préserver l’épargne et le reste à vivre face à des charges considérées comme prioritaires. L’enjeu dépasse ainsi le seul secteur de la mode. Le marché de l’habillement devient un baromètre de la confiance des consommateurs et de leur capacité à arbitrer leurs dépenses. Si les derniers mois de 2026 ne permettent pas aux enseignes de rattraper une partie du retard accumulé, certaines pourraient aborder 2027 avec des stocks élevés, des marges comprimées et des besoins de restructuration plus importants. Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce, considère d’ailleurs les trois derniers mois de l’année comme déterminants pour le secteur.

L’œil de l’expert

La chute de 17,6 % des ventes d’habillement en septembre doit être regardée au-delà du seul chiffre d’affaires des magasins. La météo explique une partie du décrochage, mais elle ne suffit pas à expliquer pourquoi le e-commerce recule lui aussi de 15,9 %. Le signal le plus intéressant est donc celui d’un consommateur qui arbitre davantage ses dépenses. Dans une période où les ménages doivent composer avec le logement, l’énergie, les assurances, l’alimentation, les transports et les mensualités de crédit, l’achat de vêtements devient naturellement plus facilement reportable. C’est précisément ce type d’indicateur qui permet de mesurer la réalité du pouvoir d’achat au-delà des statistiques macroéconomiques. Le marché de l’habillement révèle aujourd’hui une consommation plus prudente, plus opportuniste et davantage orientée vers le prix. Pour les enseignes, l’enjeu est désormais financier : préserver les marges, maîtriser les stocks et maintenir suffisamment de trésorerie pour absorber une activité devenue beaucoup plus volatile. Pour les ménages, le message est différent mais tout aussi clair : lorsque les dépenses contraintes occupent une part croissante du budget, les achats plaisir et les projets non prioritaires deviennent les premières variables d’ajustement. Septembre 2026 constitue donc un sérieux avertissement pour le commerce français. Si cette faiblesse de la consommation devait se prolonger pendant les fêtes de fin d’année, le problème ne serait plus seulement conjoncturel. Il pourrait accélérer la recomposition du marché du prêt-à-porter et fragiliser davantage les enseignes qui n’ont pas encore trouvé leur nouveau modèle économique.

À lire également sur CreditNews : Le Printemps supprime 229 postes et ferme Rennes : Vinted, Shein et la baisse du pouvoir d’achat sonnent le glas du grand magasin à la française

À lire également sur Creditnews.fr : Vinted : premier distributeur de l’habillement en France

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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