Le marché immobilier neuf français traverse une période paradoxale. Alors que la promotion collective reste en difficulté, la maison individuelle signe un spectaculaire rebond. Selon des données publiées sur BFM TV, les ventes de maisons neuves ont progressé de 33,3 % en 2025, un sursaut directement lié à l’élargissement du prêt à taux zéro (PTZ). Dans un contexte de crise du logement, de tension sur l’accession à la propriété et de transformation des politiques publiques, cette dynamique redessine les équilibres économiques du secteur de la construction neuve. Analyse d’un retournement stratégique aux conséquences financières majeures.
📈 PTZ et maisons individuelles, leviers de relance
Le chiffre est sans équivoque : 67.800 maisons individuelles ont été commercialisées en 2025, soit près de 17.000 unités supplémentaires sur un an. Cette progression correspond presque mécaniquement à l’augmentation du nombre de prêts à taux zéro accordés. Christophe Boucaux, délégué général du pôle habitat de la Fédération française du bâtiment, souligne sur BFM TV que la hausse des ventes est « proche des 18.000 prêts à taux zéro supplémentaires accordés en 2025 » pour ce segment. L’extension du PTZ aux maisons individuelles et à l’ensemble du territoire a donc joué un rôle déterminant.
Au total, 41.128 PTZ ont été distribués à des primo-accédants en 2025, soit une progression de 76,6 % sur un an. Fait révélateur : 72 % de ces prêts ont financé l’achat d’une maison individuelle. Le dispositif public s’est ainsi transformé en véritable catalyseur de l’accession à la propriété. Pour les constructeurs et promoteurs, l’enjeu est stratégique :
amélioration du carnet de commandes,
soutien à l’emploi dans le bâtiment,
redémarrage partiel de l’investissement productif,
stabilisation des marges dans un contexte de coûts élevés.
Grégory Monod, président du pôle habitat de la Fédération française du bâtiment, évoque sur BFM TV « un vrai effet du prêt à taux zéro », tout en regrettant que son élargissement ne soit pas intervenu plus tôt. Derrière cette remarque transparaît une réalité économique : le marché était en contraction sévère depuis plusieurs exercices.
Malgré le rebond, l’activité demeure inférieure de 42 % à sa moyenne de long terme (2006-2025). Le redressement est donc réel, mais il s’inscrit encore dans une phase de reconstruction.
🏗️ Immobilier collectif en crise
Le contraste avec le logement collectif est marqué. Les ventes d’appartements neufs et de maisons groupées ont reculé de 6,9 % en 2025, pour la quatrième année consécutive. Les promoteurs subissent toujours les conséquences de la disparition du dispositif fiscal Pinel au 1er janvier 2025, qui soutenait massivement l’investissement locatif. Cette chute des ventes aux investisseurs particuliers fragilise l’économie de la promotion immobilière : ralentissement des programmes, tensions sur la trésorerie, réduction des mises en chantier. Le modèle économique basé sur la pré-commercialisation se retrouve sous pression.
Grégory Monod alerte sur BFM TV sur le risque d’une « bombe sociale » liée à la crise du logement, évoquant ses répercussions sur l’emploi, la mobilité professionnelle, la natalité ou encore le mal-logement. L’enjeu dépasse donc la simple statistique sectorielle : il touche la cohésion territoriale et la dynamique économique nationale.
Par ailleurs, le secteur doit composer avec la trajectoire réglementaire du Zéro artificialisation nette (ZAN), qui impose une réduction progressive de la consommation d’espaces d’ici 2030. Cette contrainte pèse particulièrement sur la maison individuelle, même si des propositions législatives pourraient assouplir le calendrier. Dans ce contexte, les professionnels plaident pour une intégration de la maison individuelle au sein du nouveau « statut du bailleur privé » (dit dispositif Jeanbrun), instauré par la loi de finances 2026. L’argument est économique : exclure ce segment reviendrait à limiter un levier de production de logements alors que, selon l’Insee, seuls 22 % des locataires résident dans une maison individuelle.
Pour 2026, Christophe Boucaux anticipe encore une progression des ventes de maisons neuves d’environ 10 %, avec un objectif proche de 75.000 unités. Une trajectoire qui confirmerait le rôle central du PTZ comme instrument de politique économique et immobilière.
👁 L’œil de l’expert
Le rebond des maisons individuelles en 2025 illustre la puissance d’un levier public ciblé sur l’accession à la propriété. L’élargissement du prêt à taux zéro a produit un effet multiplicateur immédiat sur l’activité, l’emploi et l’investissement dans la construction neuve. Toutefois, la dépendance croissante du secteur aux incitations publiques pose une question stratégique : sans soutien budgétaire pérenne, la dynamique restera fragile. L’équilibre futur du marché immobilier français dépendra d’un arbitrage subtil entre contraintes environnementales, attractivité fiscale et solvabilisation durable des ménages.

