C’était le chiffre redouté. Ce mardi 31 mars, l’INSEE a confirmé que l’inflation en France franchirait le seuil de 2 % au cours du printemps 2026, après avoir atteint 1,7 % en mars — contre 0,9 % en février et 0,3 % en janvier. En l’espace de deux mois, les prix ont repris leur course. Et cette fois, la cause est clairement identifiée : la guerre au Moyen-Orient.
⛽ Le carburant, seul responsable (pour l’instant)
Le mécanisme est direct. Depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, le détroit d’Ormuz — artère par laquelle transite une partie majeure du pétrole mondial — est quasi paralysé. Les cours du pétrole ont flambé, tutoyant les 100 dollars le baril contre 63 dollars en moyenne fin 2025. Les prix à la pompe ont suivi : le diesel approche les 2 euros le litre dans de nombreuses stations françaises. Bonne nouvelle relative : cette hausse ne s’est pas encore diffusée au reste de l’économie. L’alimentation, les services, les produits manufacturés restent relativement stables. L’inflation sous-jacente — celle qui exclut l’énergie et les produits alimentaires volatils — s’établit à +0,9 % sur un an en février 2026. Autrement dit, c’est bien l’énergie qui tire l’ensemble du compteur vers le haut. Pour l’instant.
📊 Pourquoi le chiffre de février était déjà un signal
Le rebond observé en février 2026 — de 0,3 % à 0,9 % — s’expliquait en partie par un effet de base : la forte baisse des prix de l’électricité enregistrée en février 2025 (−15 %) est sortie du calcul de l’inflation sur 12 mois glissants. Ce mécanisme purement statistique avait ajouté quelques dixièmes de point. En mars, c’est le choc pétrolier pur qui prend le relais. Les deux effets se cumulent.
🔮 Et ensuite ? L’INSEE et la Banque de France s’accordent sur le risque
L’INSEE prévoit un maintien des cours du pétrole autour de 100 dollars jusqu’en juin 2026 et un franchissement du seuil des 2 % d’inflation dans le courant du printemps. De son côté, la Banque de France table sur une inflation à 1,7 % en moyenne annuelle dans son scénario de base — le plus favorable — avec une résolution relativement rapide du conflit. Dans un scénario intermédiaire, l’inflation atteindrait 2,5 % ; dans le plus défavorable, 3,3 %. La marge entre ces scénarios est entièrement dépendante d’un facteur extérieur à toute politique économique française : l’évolution du conflit au Moyen-Orient.
🛡️ 2026, c’est grave — mais ce n’est pas 2022
Le contexte mérite d’être replacé. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, l’inflation en France avait dépassé les 6 %. Aujourd’hui, les conditions sont différentes. «L’environnement international a brutalement changé», a reconnu Dorian Roucher, chef du département de conjoncture de l’INSEE, mais le choc se limite pour l’heure aux prix des hydrocarbures. En 2022, s’ajoutaient la flambée du gaz, la pénurie de produits manufacturés et la hausse des céréales liée à la guerre entre deux grands producteurs agricoles mondiaux. Ce cocktail n’est pas réuni aujourd’hui. Dans aucun des scénarios envisagés, la Banque de France ne prévoit de récession pour la France. Ouf — mais la prudence reste de mise.
👁 L’œil de l’expert
Ce que les chiffres de mars confirment, c’est que l’économie française est redevenue otage d’un corridor maritime qu’elle ne contrôle pas. L’inflation ne vient pas d’un dérapage de la demande intérieure, ni d’un emballement des salaires : elle vient d’un choc externe, géopolitique, brutal.
Pour les ménages, le message est clair : c’est à la pompe que ça se voit d’abord, et c’est au caddie que ça se verra ensuite si le conflit dure. Le délai de transmission des coûts énergétiques vers les prix alimentaires et industriels est généralement de 6 à 10 semaines. Si le baril reste au-dessus de 100 dollars en avril et mai, les rayons des supermarchés commenceront à enregistrer les premières répercussions à l’été.
Pour les épargnants, ce regain d’inflation repose la question du rendement réel de leurs placements. Un livret A à 1,5 % avec une inflation à 2 % ou plus, c’est une perte réelle. Les arbitrages entre liquidité et rendement redeviennent pertinents — et urgents.
L’État, lui, joue une partition délicate : contenir la facture énergétique des ménages sans creuser davantage un déficit déjà sous pression. Sans amélioration du contexte géopolitique, les marges de manœuvre budgétaires seront vite épuisées.




