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Iran : vers un baril à 100 ou 120 dollars ?

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La géopolitique rattrape brutalement les marchés. Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran engagées le 28 février, les investisseurs redoutent un emballement des cours du pétrole. Le baril, qui évoluait autour de 72 dollars avant le déclenchement des hostilités, pourrait franchir des seuils symboliques inédits depuis le début de la guerre en Ukraine. Certains scénarios évoquent un retour vers 100 dollars, voire une poussée jusqu’à 120 dollars en cas d’embrasement régional durable. Au cœur des tensions : l’approvisionnement mondial, le rôle stratégique de l’Iran et la menace d’un blocage du détroit d’Ormuz. Une équation hautement explosive pour les marchés financiers, les importateurs d’énergie et les grandes puissances.

🌍 Détroit d’Ormuz : cette artère sous pression

Le point névralgique du marché pétrolier mondial se situe dans le Golfe Persique. Le détroit d’Ormuz constitue le principal corridor maritime reliant les producteurs du Moyen-Orient aux marchés asiatiques, européens et américains. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), près de 20 millions de barils y ont transité quotidiennement en 2024 — soit environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé que le passage était « de facto fermé », déclenchant une onde de choc sur les marchés. Des données du site spécialisé Marine Traffic indiquent déjà que plusieurs pétroliers ont modifié leur trajectoire. Les grandes compagnies maritimes prennent des mesures préventives : le groupe CMA-CGM a demandé à ses navires de se mettre à l’abri. L’enjeu est colossal : seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’oléoducs permettant de contourner Ormuz, pour une capacité limitée à 2,6 millions de barils par jour — un volume très inférieur aux flux habituels.

Pour les marchés, la fermeture durable du détroit représenterait un choc d’offre massif. Le risque de prime géopolitique sur le baril est donc immédiat. Comme l’analyse Jason Bordoff, président du centre sur les politiques énergétiques mondiales à l’université de Columbia, « le risque d’escalade est plus important que lors des récents conflits régionaux ».

🛢 100 à 120 dollars le baril ?

Avant le déclenchement des frappes, le baril évoluait autour de 72 dollars. Kirill Dmitriev, conseiller économique du Kremlin, a estimé que les prix pourraient atteindre « 100 dollars prochainement ». Un seuil qui n’a plus été observé depuis le choc énergétique lié à l’invasion de l’Ukraine. Plus alarmiste encore, Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, relayé par BFM Business, évoque un possible dépassement des 120 dollars en cas de guerre prolongée. Un scénario crédible si les infrastructures iraniennes étaient durablement touchées ou si les exportations étaient perturbées. L’Iran produit environ 3,1 millions de barils par jour et dispose des troisièmes réserves mondiales de brut. Son coût d’extraction est particulièrement compétitif — autour de 10 dollars le baril selon Arne Lohmann Rasmussen (Global Risk Management), contre 40 à 60 dollars pour un baril nord-américain. Autrement dit : chaque baril iranien retiré du marché exerce une pression significative sur les prix mondiaux.

Face à cette tension, l’OPEP+ doit se réunir. Avant la crise, une hausse modeste de 137.000 barils par jour était anticipée. Mais ce volume apparaît marginal face aux risques actuels. Selon Jorge Leon (Rystad Energy), seuls l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, et dans une moindre mesure le Koweït et l’Irak disposent de capacités significatives d’augmentation rapide. Du côté américain, la question des réserves stratégiques reste ouverte. Les États-Unis détiennent environ 415 millions de barils dans leur Strategic Petroleum Reserve. D’après le Financial Times, Washington n’envisage pas, à ce stade, d’y puiser. En 2022, lors du choc ukrainien, cette option avait pourtant permis de contenir la flambée des cours.

Michael Alfaro, directeur des investissements chez Gallo Partners, estime que « le baril ne dépassera probablement pas les 100 dollars car l’OPEP devrait annoncer des augmentations d’approvisionnement d’urgence ». Un pari qui suppose une coordination rapide et efficace — ce qui, historiquement, n’est jamais garanti.

👁 L’œil de l’expert : un baril géopolitique

Le marché pétrolier entre dans une phase de forte volatilité dominée par la prime géopolitique. Trois variables seront déterminantes : la durée effective du conflit, la capacité réelle de l’OPEP+ à injecter des volumes supplémentaires, et l’attitude des États-Unis concernant leurs réserves stratégiques. À court terme, un franchissement du seuil des 100 dollars apparaît plausible si le détroit d’Ormuz reste perturbé. À moyen terme, tout dépendra de la capacité des grandes puissances à sécuriser les flux maritimes. Mais au-delà de l’urgence, cette crise révèle une vulnérabilité persistante du système énergétique mondial : la concentration géographique de l’offre et la dépendance aux routes maritimes stratégiques. Tant que ces fragilités structurelles ne seront pas corrigées, chaque tension au Moyen-Orient continuera d’alimenter des cycles spéculatifs violents sur le baril — avec des conséquences directes sur l’inflation mondiale, la croissance et les politiques monétaires. Le pétrole redevient plus que jamais un actif géopolitique.

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