À La Réunion, les derniers chiffres de l’INSEE traduisent une amélioration fragile du marché du travail. Au troisième trimestre 2025, l’emploi salarié progresse légèrement, offrant un signal positif dans un environnement économique encore contraint. Mais derrière cette hausse modeste se cachent de profondes disparités sectorielles et des déséquilibres persistants, notamment un chômage massif et l’enlisement du secteur de la construction.
📈 Création d’emplois dans les services, mais …
Selon les données publiées par l’INSEE, l’emploi salarié à La Réunion a progressé de 0,2 % au troisième trimestre 2025, soit environ 700 postes supplémentaires. Une évolution positive, mais d’ampleur limitée au regard des besoins du territoire, qui compte désormais un peu plus de 320.000 salariés. À titre de comparaison, l’Hexagone a connu sur la même période une quasi-stagnation de l’emploi, ce qui place statistiquement l’île dans une situation légèrement plus favorable.
Cette amélioration repose essentiellement sur le dynamisme des services marchands, en particulier les services aux entreprises, dont les effectifs augmentent de 0,8 % sur le trimestre. Le commerce et certaines activités liées au tourisme contribuent également à cette progression, confirmant le rôle central du tertiaire dans l’économie réunionnaise.
L’industrie, souvent perçue comme marginale localement, enregistre elle aussi une hausse de 0,7 % de l’emploi, prolongeant une tendance positive amorcée depuis plusieurs trimestres, même si son poids économique demeure limité.
Pour autant, cette embellie sectorielle ne suffit pas à enclencher une dynamique de croissance robuste. Comme le souligne l’INSEE, « la progression observée reste modeste et ne permet pas d’absorber le chômage structurel ».
⚠️ Les freins persistants à la reprise
À l’inverse, le secteur de la construction continue de s’enfoncer. L’emploi dans le BTP recule encore de 1 % sur le trimestre, et de 3,9 % sur un an, soit près de 700 emplois détruits. Cette chute prolongée reflète la crise du logement, la contraction des mises en chantier et le ralentissement des investissements publics et privés. Un choc économique majeur pour un secteur historiquement structurant de l’île.
D’autres signaux confirment la prudence des entreprises : l’intérim baisse de 1,2 %, tandis que l’agriculture recule de 2 %, traduisant un manque de visibilité et une demande encore trop faible.
Sur le plan macroéconomique, l’activité demeure atone. Le volume d’heures rémunérées stagne et la consommation des ménages peine à accélérer, malgré une inflation ramenée autour de 1,2 % sur un an. Cette modération des prix soutient le pouvoir d’achat, mais ne déclenche pas de véritable rebond de la demande.
Le point noir reste le chômage, qui touche toujours 16 % de la population active, soit environ 70.000 personnes, un niveau plus de deux fois supérieur à celui de la métropole. François Villeroy de Galhau rappelait récemment que « sans moteurs d’investissement durables, la croissance ne peut suffire à résorber le chômage de masse », une analyse qui trouve un écho particulier à La Réunion.
👁️ L’œil de l’expert
La hausse de l’emploi observée au troisième trimestre 2025 à La Réunion constitue davantage un signal de stabilisation qu’un véritable tournant économique. Tant que la reprise reposera sur un nombre restreint de secteurs et que la construction restera durablement en crise, la capacité de l’économie réunionnaise à créer massivement de l’emploi restera limitée. L’enjeu, désormais, est clairement financier et structurel : relancer l’investissement, sécuriser les filières productives et diversifier les moteurs de croissance. Sans cela, l’île continuera d’évoluer sur une ligne de crête, entre amélioration statistique et fragilité économique persistante.

