C’est un signal macroéconomique fort pour l’économie réunionnaise. En décembre 2025, l’inflation à La Réunion est tombée à 0,9 % sur un an, repassant sous le seuil symbolique de 1 % pour la première fois depuis près de quatre ans. Selon les données publiées par l’Insee, les prix à la consommation ont marqué une pause complète sur un mois, contrastant avec les tensions inflationnistes observées ces dernières années. Derrière cette stabilité apparente se cachent toutefois des dynamiques sectorielles très différenciées, aux implications économiques et financières majeures pour les ménages, les entreprises et les finances publiques locales.
⚖️ Des mouvements opposés
La stagnation mensuelle des prix en décembre masque en réalité des mouvements opposés entre les grands postes de dépenses. L’énergie, traditionnellement très volatile dans les territoires ultramarins, repart à la hausse sur le mois (+2,2 %), sous l’effet direct du renchérissement des carburants. Le litre de gazole progresse de 6 centimes, tandis que le supercarburant augmente de 3 centimes. En revanche, les prix réglementés de l’électricité et du gaz en bouteille demeurent inchangés, limitant l’impact global sur l’indice.
À l’opposé, l’alimentation, poste central dans le budget des ménages réunionnais, enregistre un repli mensuel de 0,6 %, porté par la chute marquée des produits frais (-3,7 %). Ce recul constitue un facteur clé de la modération inflationniste observée en fin d’année, dans un contexte où l’alimentation hors produits frais reste, elle, parfaitement stable.
Les services, qui concentrent près de la moitié de la consommation des ménages, affichent une quasi-stagnation. Cette apparente inertie dissimule toutefois de fortes tensions saisonnières, notamment dans le transport aérien (+14,6 %), typiques de la période des fêtes. Ces hausses sont compensées par des replis ciblés, en particulier dans les services de santé (-1,1 %), ce qui neutralise leur impact sur l’indice global.
Sur un an, le tableau devient encore plus révélateur des nouveaux équilibres inflationnistes. L’Insee souligne que « l’inflation atteint 0,9 %, un niveau proche de celui observé au niveau national », ce dernier s’établissant à 0,8 %. Dans le détail, les services (+2,0 %), l’alimentation (+2,2 %) et surtout le tabac (+7,9 %) continuent d’exercer des pressions haussières structurelles. À l’inverse, les produits manufacturés (-0,4 %) et surtout l’énergie (-5,9 %) jouent un rôle désinflationniste déterminant, la baisse annuelle étant principalement liée à la diminution des prix de l’électricité malgré la remontée récente des carburants.
D’un point de vue économique, cette configuration traduit un changement de régime : la désinflation ne repose plus uniquement sur un effet de base, mais sur une recomposition des prix relatifs, avec des conséquences directes sur la consommation, les marges des entreprises et le pouvoir d’achat réel.
👁 L’œil de l’expert : un seuil symbolique
Le passage de l’inflation sous 1 % à La Réunion constitue bien plus qu’un signal statistique. Il marque l’entrée du territoire dans une phase de désinflation avancée, alignée sur la trajectoire nationale, mais avec des spécificités locales fortes. Si la modération des prix soutient le pouvoir d’achat à court terme, elle interroge aussi la dynamique de la demande, la capacité des entreprises à préserver leurs marges et la soutenabilité des recettes publiques indexées sur l’activité nominale.
À moyen terme, la vigilance reste de mise : la dépendance énergétique, la volatilité des transports et la rigidité de certains prix administrés pourraient rapidement inverser la tendance. Pour les décideurs économiques comme pour les investisseurs, l’enjeu n’est donc pas seulement de se réjouir d’une inflation contenue, mais d’anticiper les nouveaux arbitrages économiques qu’impose un environnement de prix durablement plus stable.

