À quelques jours de la publication des nouveaux taux d’usure applicables au 1er juillet 2026, l’ensemble des acteurs du financement retient son souffle. Courtiers, banques, intermédiaires en opérations de banque et emprunteurs surveillent un indicateur qui, bien qu’encore méconnu du grand public, joue un rôle déterminant dans la distribution du crédit en France. Depuis plusieurs années, le taux d’usure est devenu bien davantage qu’un simple plafond réglementaire destiné à protéger les consommateurs contre des conditions de financement excessives. Il est désormais un véritable instrument de régulation du marché du crédit. Lorsqu’il est trop bas, il exclut mécaniquement certains emprunteurs. Lorsqu’il progresse, il redonne de l’oxygène aux établissements prêteurs mais peut également modifier l’équilibre économique du marché. À l’approche du troisième trimestre 2026, plusieurs signaux convergent vers une nouvelle revalorisation des seuils. Une évolution qui pourrait avoir des conséquences importantes sur le crédit immobilier, le regroupement de crédits, le financement de la consommation et, plus largement, sur l’ensemble de la chaîne du financement.
Une hausse des taux d’usure désormais probable au 1er juillet 2026
La méthode de calcul du taux d’usure repose sur les taux moyens effectivement pratiqués par les établissements financiers au cours du trimestre précédent, majorés d’un tiers. Or, depuis plusieurs mois, les indicateurs de marché ont progressivement changé de direction. D’abord, les banques ont commencé à revaloriser certaines de leurs grilles tarifaires. Le mouvement reste modéré mais il est observable dans plusieurs réseaux nationaux. Contrairement au discours dominant qui continue d’annoncer une baisse généralisée du coût du crédit, les conditions de financement se sont stabilisées puis, dans certains cas, légèrement tendues.
Ensuite, les rendements obligataires restent élevés. Les Obligations Assimilables du Trésor (OAT), qui servent de référence au financement de long terme, continuent d’intégrer les risques liés aux déficits publics européens, aux tensions géopolitiques et au retour des pressions inflationnistes liées à l’énergie.
Enfin, la récente décision de la Banque centrale européenne de relever ses taux directeurs de 0,25 point constitue un signal supplémentaire. Même si le taux d’usure n’est pas directement indexé sur les taux de la BCE, cette orientation monétaire contribue à maintenir un environnement global de financement plus coûteux.
L’ensemble de ces facteurs devrait mécaniquement se retrouver dans les taux moyens observés au deuxième trimestre 2026 et donc dans les seuils d’usure publiés par la Banque de France. Le scénario le plus probable est celui d’une nouvelle progression des plafonds applicables aux crédits immobiliers, mais également à certaines catégories de crédits à la consommation et d’opérations de regroupement de crédits.
Comme nous l’évoquions récemment dans notre analyse Creditnews.fr consacrée aux nouvelles orientations monétaires de la BCE, le coût de l’argent demeure aujourd’hui structurellement plus élevé qu’il ne l’était avant le choc inflationniste de 2022. Le taux d’usure ne fait finalement que refléter cette nouvelle réalité financière.
Les gagnants et les perdants d’une hausse du taux d’usure
À première vue, une hausse du taux d’usure apparaît comme une bonne nouvelle pour le marché. Et dans une certaine mesure, c’est effectivement le cas. Pour les établissements prêteurs, un plafond plus élevé offre davantage de souplesse commerciale. Certaines demandes aujourd’hui bloquées par le respect du seuil réglementaire pourraient redevenir finançables. Cette situation concerne notamment plusieurs catégories d’emprunteurs :
- les primo-accédants présentant des profils plus fragiles ;
- les seniors dont le coût de l’assurance emprunteur pénalise fortement le TAEG ;
- les emprunteurs ayant recours à un regroupement de crédits ;
- les dossiers comportant une part importante de trésorerie ;
- les ménages présentant un niveau d’endettement plus élevé mais encore maîtrisé.
Pour ces publics, le relèvement du taux d’usure pourrait entraîner une augmentation du nombre de dossiers acceptés au cours du second semestre. Mais cette évolution comporte également une autre dimension souvent moins commentée. Depuis plusieurs années, les banques évoluent avec des marges contraintes. Entre la remontée des coûts de refinancement, les exigences prudentielles renforcées et l’augmentation du coût du risque, la rentabilité du crédit reste sous pression. Dans ce contexte, un taux d’usure plus élevé ne servira pas uniquement à financer davantage de dossiers. Il offrira également aux établissements la possibilité de reconstituer une partie de leurs marges.
Autrement dit, la hausse du taux d’usure pourrait produire un double effet. D’un côté, elle faciliterait l’accès au financement pour certains emprunteurs aujourd’hui exclus du marché. De l’autre, elle pourrait accompagner une remontée progressive des taux proposés par certaines banques, notamment sur les profils jugés plus risqués ou les opérations les plus complexes. Cette problématique est particulièrement importante sur le marché du regroupement de crédits. Depuis plusieurs mois, les établissements spécialisés font face à une hausse du coût des ressources et à une sélectivité accrue des investisseurs. Un relèvement des plafonds d’usure pourrait donc contribuer à fluidifier la production tout en permettant aux acteurs du secteur de retrouver des équilibres économiques plus confortables.
L’œil de l’expert
Le marché considère souvent le taux d’usure comme un simple outil de protection du consommateur. En réalité, il est devenu un véritable baromètre de la santé du crédit en France. La hausse attendue au 1er juillet 2026 pourrait constituer une bonne nouvelle pour la fluidité du marché en permettant le retour de dossiers aujourd’hui exclus du financement. Mais elle révèle également une autre réalité : le coût du crédit reste durablement élevé. Les tensions sur les marchés obligataires, la politique monétaire de la BCE, le coût du risque bancaire et les contraintes prudentielles continuent de peser sur les établissements prêteurs. Dans ces conditions, il serait probablement excessif de considérer la hausse du taux d’usure comme le signal d’un retour à l’abondance du crédit. Elle marque davantage l’entrée dans une nouvelle phase du marché : celle d’un crédit plus accessible qu’en 2023, mais plus sélectif et plus coûteux que durant la décennie précédente.

