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Pénurie de carburant en France : 16 % des stations à sec, le gazole le plus touché — ce que vous devez savoir avant de partir en vacances

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À la veille d’un week-end de Pâques qui s’annonce chargé sur les routes, la question que tout le monde se pose est simple : va-t-on pouvoir faire le plein ? La réponse est nuancée — et mérite d’être lue attentivement. Le jeudi 2 avril, selon les données du ministère de l’Économie compilées par franceinfo, plus de 1 600 stations-service sont en rupture sur au moins un carburant, soit plus de 16 % des 9 800 stations que compte la France. En vingt-quatre heures, le nombre a bondi de 20 %. Fin février, avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, on en comptait une soixantaine sur tout le territoire.

⛽ Quel carburant manque le plus ?

Le gazole est le plus touché. Environ un millier de stations ne peuvent plus en distribuer, soit 10 % du réseau national. Le Sans Plomb 98 fait défaut dans environ 635 stations, et le Sans Plomb 95 est en rupture dans 367 stations. La cause principale est double : la flambée des prix liée au conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz d’un côté, et de l’autre, un effet pervers du plafonnement des prix de TotalEnergies. Avec un litre d’essence plafonné à 1,99 €/l et le diesel limité à 2,09 €/l, TotalEnergies affiche des tarifs plus attractifs que la concurrence, provoquant un afflux massif d’automobilistes et, mécaniquement, l’épuisement rapide des stocks. Plus de 80 % des stations TotalEnergies affectées le sont pour le gazole.

📈 Les prix continuent de grimper

Depuis le 27 février et le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, le gazole a bondi de 52 centimes, soit plus de 30 % en un mois — pulvérisant le précédent record de mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine. Ce mercredi 1er avril, le gazole approchait les 2,25 euros le litre et le SP95-E10 dépassait les 2 euros dans de nombreuses stations. À ces prix de marché s’ajoute une composante fiscale que le gouvernement n’a pas touchée : depuis le 1er janvier 2026, la contribution aux certificats d’économie d’énergie a encore augmenté de 5 à 6 centimes par litre. L’État encaisse, les automobilistes paient. Comme nous l’expliquions dans notre analyse du gazole à 2 euros et ses conséquences sur le pouvoir d’achat, ce seuil symbolique désormais largement dépassé pèse lourdement sur les budgets des ménages les plus dépendants de leur véhicule.

⚠️ Les deux prochaines semaines seront décisives

Le gouvernement assure qu’il n’y a pas de pénurie généralisée. Mais sur le terrain, les professionnels sont plus prudents. Dominique Schelcher, président de Coopérative U, a mis en garde jeudi matin : «Je situe à six semaines depuis le début de la guerre le point de tournant. Au-delà, ça va être de plus en plus difficile à la fois sur le prix et sur la disponibilité. Les deux prochaines semaines seront décisives.» Il précise que la France, comme d’autres pays, puise actuellement dans ses réserves stratégiques. La ministre Maud Bregeon a rappelé que la France dispose de 100 millions de barils de stocks stratégiques de pétrole, dont 14,5 millions destinés à être libérés progressivement dans le cadre du plan coordonné de l’AIE. Ces réserves sont un amortisseur — pas une solution. À l’international, le signal est encore plus fort. Le directeur de l’AIE, Fatih Birol, a averti que les pertes pétrolières en avril seraient deux fois supérieures à celles de mars, avec un risque de rationnement dans certains pays. La situation à la pompe en France est le reflet direct de cette crise mondiale.

🗺️ Comment trouver une station approvisionnée près de chez vous ?

Trois outils pratiques à utiliser avant de prendre la route ce week-end :

  • prix-carburants.gouv.fr — la source officielle du ministère, mise à jour plusieurs fois par jour
  • essencepascher.fr — carte interactive avec géolocalisation et filtrage par type de carburant
  • penurie-carburant.fr — données gouvernementales compilées en temps réel avec signalements communautaires

📌 Ce qu’il faut retenir

1. La situation se dégrade rapidement — de 60 stations en rupture fin février à plus de 1 600 début avril. La progression est de 20 % en 24 heures. Le gazole est le carburant le plus touché, principalement dans les stations TotalEnergies saturées par leur politique de prix plafonnés.

2. Les prix sont à des niveaux records — gazole proche de 2,25 €/l, SP95-E10 au-dessus de 2 €/l. Une hausse de plus de 30 % en un mois, directement liée au blocage du détroit d’Ormuz et à la guerre au Moyen-Orient. À surveiller dans les jours qui viennent : la réévaluation par TotalEnergies de son plafond début avril.

3. Faites le plein avant de partir — les réserves stratégiques françaises permettent d’éviter une pénurie généralisée à court terme, mais la fenêtre de six semaines citée par Dominique Schelcher expire mi-avril. Si vous partez en vacances de Pâques, ne remettez pas votre plein à demain.

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