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Pouvoir d’achat : 89 % des Français inquiets, pourquoi la consommation des ménages menace de ralentir ?

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Le pessimisme des Français sur leur pouvoir d’achat atteint un nouveau sommet. Selon la 15e vague du baromètre « Du pouvoir d’achat au vouloir d’achat », réalisée par OpinionWay pour Bonial, 89 % des Français déclarent un état d’esprit négatif concernant leur pouvoir d’achat, soit trois points de plus qu’en mai 2026. Un niveau inédit depuis le lancement de cette étude. Derrière ce chiffre se dessine une réalité économique plus préoccupante : les ménages ne se contentent plus de rechercher les meilleurs prix, ils reportent leurs achats, renoncent à certains projets et puisent dans leur épargne pour absorber leurs dépenses. En septembre, mois traditionnellement marqué par la rentrée scolaire, les impôts et la reprise des activités, cette tension budgétaire est particulièrement visible. Or, si ces arbitrages se prolongent au quatrième trimestre, ils pourraient peser directement sur la consommation des ménages, l’activité des entreprises et, plus largement, sur la croissance française.

les Français reportent leurs achats et puisent dans leur épargne

Le principal enseignement du baromètre Bonial est la profondeur des arbitrages opérés par les ménages. 54 % des Français considèrent septembre comme un mois plus coûteux que les autres, tandis que 70 % déclarent avoir été plus vigilants dans la gestion de leur budget. Cette concentration des dépenses s’explique notamment par les impôts et taxes, cités par 42 % des personnes interrogées, mais aussi par les courses du quotidien, les transports, les assurances et les dépenses liées à la rentrée scolaire. Cette situation est particulièrement importante pour comprendre l’état réel de la consommation française. Une hausse du revenu disponible ne signifie pas nécessairement que les ménages vont davantage consommer. Lorsque les dépenses contraintes progressent ou que les Français anticipent de nouvelles charges, ils peuvent choisir de préserver leur trésorerie et de réduire les dépenses discrétionnaires. Le baromètre révèle ainsi que 63 % des Français limitent leurs dépenses au strict minimum au cours du mois de septembre. Plus préoccupant encore, 60 % déclarent avoir reporté certains achats ou projets et 54 % indiquent y avoir définitivement renoncé. Le phénomène concerne directement les secteurs dépendant des achats non essentiels : équipement de la maison, habillement, loisirs, culture, travaux ou encore certains services. Pour les entreprises, la conséquence est immédiate : un consommateur qui reporte son achat ne disparaît pas forcément du marché, mais si le report devient un renoncement, le chiffre d’affaires potentiel est définitivement perdu. Cette différence est essentielle pour mesurer le risque économique. Le deuxième signal fort concerne l’épargne. 42 % des personnes interrogées déclarent avoir puisé dans leur épargne pour faire face aux dépenses de septembre. L’épargne joue alors le rôle d’amortisseur budgétaire. Elle permet de maintenir certaines dépenses lorsque les revenus courants ne suffisent plus à absorber l’ensemble des charges. Mais cette stratégie ne peut pas être prolongée indéfiniment. À mesure que les réserves diminuent, les ménages disposent de moins de marge pour financer un imprévu, un projet immobilier, des travaux ou un achat important. Cette évolution doit également être rapprochée de la situation du crédit. Dans un environnement où les ménages restent attentifs à leur niveau d’endettement, la capacité à préserver une trésorerie disponible devient un élément déterminant. Un foyer qui doit déjà supporter un crédit immobilier, un crédit automobile ou plusieurs charges fixes peut rapidement être amené à reporter un nouveau projet lorsque son budget mensuel devient trop contraint. Le phénomène est d’autant plus significatif que 16 % des Français interrogés indiquent avoir envisagé de recourir à un emprunt pour faire face aux dépenses de septembre. Cette donnée ne signifie évidemment pas que tous ces ménages vont effectivement souscrire un crédit, mais elle montre que la frontière entre consommation, trésorerie et financement devient plus étroite. Le pouvoir d’achat se mesure donc désormais autant à la capacité à payer ses dépenses courantes qu’à la possibilité de conserver une marge financière pour les projets futurs. Cette évolution prolonge un constat déjà observé par Creditnews dans son analyse consacrée au sentiment d’appauvrissement des Français malgré l’amélioration de certains indicateurs statistiques : le ressenti économique des ménages ne dépend pas uniquement de l’évolution des revenus, mais aussi de leur perception des prix et de leur capacité à financer les dépenses qui leur paraissent indispensables.

La chute du « vouloir d’achat » devient LE risque

Le deuxième enseignement du baromètre concerne le passage d’une logique d’économie à une véritable transformation des comportements de consommation. Seuls 57 % des Français déclarent encore pouvoir se faire plaisir au moins occasionnellement, soit le niveau le plus faible enregistré depuis le lancement du baromètre. Dans le même temps, 63 % déclarent limiter leurs dépenses au strict minimum. Le concept de « vouloir d’achat » devient ainsi particulièrement intéressant pour analyser la conjoncture. Le pouvoir d’achat mesure la capacité financière théorique des ménages ; le vouloir d’achat traduit davantage leur disposition à utiliser cette capacité pour consommer. Or, lorsque la confiance se dégrade, les deux peuvent diverger. Un ménage peut disposer d’un revenu relativement stable mais décider de ne pas acheter une voiture, de reporter des travaux ou de réduire ses dépenses de loisirs parce qu’il souhaite conserver une épargne de précaution. Cette prudence peut avoir des conséquences importantes pour l’économie française. La consommation des ménages constitue en effet un moteur essentiel de l’activité économique. Lorsque les Français réduisent leurs achats, les entreprises enregistrent moins de chiffre d’affaires, ce qui peut peser sur les marges, les investissements et, dans certains secteurs, sur l’emploi. Les commerces spécialisés sont particulièrement exposés à cette évolution, car les achats non essentiels sont généralement les premiers à être arbitrés. Le phénomène est également révélateur des disparités entre catégories de population. Les jeunes de 18 à 24 ans sont notamment 73 % à revoir leurs abonnements ou dépenses régulières, contre 51 % chez les 65 ans et plus. Les familles sont elles aussi particulièrement exposées. 67 % des parents d’enfants mineurs considèrent que la rentrée scolaire leur coûte davantage qu’auparavant, un chiffre qui atteint 75 % chez les parents de deux enfants mineurs. Ces arbitrages montrent que la pression budgétaire ne se limite plus à quelques dépenses exceptionnelles. Elle modifie progressivement la structure même du budget familial. L’alimentation, le logement, l’énergie, les transports et les assurances restent prioritaires, tandis que les dépenses de confort ou de plaisir passent après. Cette situation pourrait devenir particulièrement importante au quatrième trimestre, traditionnellement stratégique pour le commerce avec les fêtes de fin d’année, les achats de Noël et les opérations promotionnelles. Si les ménages abordent cette période avec une épargne réduite et une forte prudence budgétaire, les enseignes devront probablement multiplier les promotions et les offres de financement pour soutenir la demande. Le marché du crédit à la consommation pourrait également être concerné. Lorsque le budget courant devient trop serré, certains ménages peuvent chercher à financer ponctuellement une dépense importante. Mais cette solution ne peut être durable que si la mensualité reste compatible avec les revenus et les charges du foyer. Pour les banques et les organismes de crédit, la qualité de l’analyse budgétaire devient donc encore plus importante dans un environnement où les ménages peuvent être amenés à arbitrer entre consommation, épargne et remboursement de leurs engagements financiers. Le risque économique dépasse ainsi largement le simple indicateur de confiance. Ce que montre le baromètre OpinionWay pour Bonial, c’est une modification du comportement des consommateurs. Lorsque 60 % reportent des achats et que 54 % y renoncent définitivement, le sujet devient celui de la demande intérieure. Le quatrième trimestre permettra donc de déterminer si le pessimisme actuel constitue essentiellement une réaction au « mur de septembre » ou s’il traduit une dégradation plus durable de la consommation française. Si les ménages reconstituent progressivement leur épargne et retrouvent davantage de confiance, les reports d’achats pourraient simplement être décalés dans le temps. En revanche, si les renoncements se multiplient et que les dépenses contraintes continuent de progresser, les entreprises devront composer avec une demande plus faible et plus sensible aux prix. Le sujet du pouvoir d’achat devient alors un sujet macroéconomique : derrière chaque arbitrage familial se trouve une dépense en moins pour une entreprise, un investissement éventuellement reporté et une activité économique qui peut ralentir.

L’œil de l’expert

Le chiffre des 89 % de Français affichant un état d’esprit négatif concernant leur pouvoir d’achat doit être pris au sérieux, mais il faut surtout regarder ce qu’il produit concrètement dans les comportements. Le véritable signal d’alerte se trouve dans les 60 % qui reportent certains achats, les 54 % qui y renoncent et les 42 % qui puisent dans leur épargne. Cela montre que les ménages disposent encore de solutions pour absorber la pression budgétaire, mais que leurs marges de manœuvre se réduisent. Pour les prochains mois, l’enjeu sera donc de savoir si cette prudence reste temporaire ou si elle devient un nouveau comportement structurel. Pour l’économie française, la différence est considérable. Une consommation simplement décalée peut revenir lorsque la confiance s’améliore. Une consommation abandonnée fragilise en revanche durablement les entreprises qui en dépendent. Le quatrième trimestre 2026 sera donc particulièrement instructif pour mesurer la solidité de la demande intérieure et la capacité des ménages à retrouver du « vouloir d’achat ».

Source : Sondage OpinionWay pour Bonial, 15e vague du baromètre « Du pouvoir d’achat au vouloir d’achat », réalisé auprès de 1 001 Français représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogés les 9 et 10 septembre 2026.

À lire également sur Creditnews.fr : Pouvoir d’achat : pourquoi les Français ont le sentiment de s’appauvrir malgré des chiffres en hausse

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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