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Pouvoir d’achat : pourquoi les Français ont le sentiment de s’appauvrir malgré des chiffres en hausse

Le pouvoir d'achat des Français en 2026
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Alors que le pouvoir d’achat s’impose comme la première préoccupation des Français à l’aube de 2026, un paradoxe persiste : les indicateurs macroéconomiques s’améliorent, mais le sentiment d’appauvrissement demeure. Derrière cette fracture entre statistiques et vécu quotidien se cache une mécanique économique plus complexe qu’il n’y paraît.

📊 Des chiffres en hausse qui peinent à convaincre

Sur le plan strictement statistique, le pouvoir d’achat des ménages français n’est pas en recul. Selon les dernières données de l’Insee, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut a progressé de 2,5 % en 2024, puis de 0,5 % en 2025, après le choc inflationniste de 2022-2023 lié à la flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation. L’institut public indique par ailleurs qu’un acquis de 0,4 % est déjà enregistré pour 2026.

Sur longue période, la dynamique est encore plus marquée : entre 1960 et 2024, le pouvoir d’achat des ménages a été multiplié par 5,4, rappelle l’Insee. Des chiffres régulièrement mis en avant par les pouvoirs publics pour relativiser l’inquiétude ambiante.

Pourtant, ces données agrégées ne suffisent pas à rassurer. Fin décembre, un sondage Odoxa pour Le Figaro plaçait l’augmentation du pouvoir d’achat en tête des attentes des Français pour 2026, loin devant les enjeux sécuritaires ou migratoires. Un décalage qui interroge sur la portée réelle de ces statistiques dans la vie quotidienne.

⚖️ Quand la moyenne nationale masque des fractures profondes

L’une des clés de compréhension réside dans l’écart entre pouvoir d’achat global et situations individuelles. Tous les ménages ne bénéficient pas de la reprise de manière uniforme. Les séparations et divorces, en multipliant le nombre de foyers, réduisent mécaniquement les capacités financières par personne.

Par ailleurs, les tensions intergénérationnelles se sont accentuées. Les pensions de retraite ont été revalorisées plus rapidement que les salaires ces dernières années, nourrissant un sentiment de déclassement chez de nombreux actifs. Un ressentiment que certains économistes relient à une perception d’effort inégalement réparti.

À cela s’ajoute la concentration extrême des revenus du patrimoine. Dans une note publiée en juillet 2024 et reprise par Le Figaro, François Geerolf (OFCE) souligne que « la très forte concentration des revenus patrimoniaux au sommet de la distribution éloigne l’évolution du revenu disponible brut de l’expérience du Français moyen ». Résultat : mesuré par unité de consommation, le pouvoir d’achat a progressé de 2,1 % en 2024, avant de stagner en 2025, et pourrait à peine évoluer en 2026.

🏠 Dépenses contraintes : la pression silencieuse sur les budgets

Autre facteur déterminant : la montée en puissance des dépenses incompressibles. Selon l’Insee, leur part dans le revenu des ménages est passée d’environ 13 % au début des années 1960 à près de 30 % aujourd’hui.

Logement, assurances, carburant, services financiers, cantine scolaire… À ces charges traditionnelles s’ajoutent désormais les abonnements numériques et services en ligne, devenus quasi incontournables. Une fois ces postes réglés, le reste à vivre se contracte, même lorsque le revenu progresse légèrement.

La crise du logement amplifie encore ce malaise. « Les ménages perdent surtout de la capacité à investir, ce qui est souvent confondu avec une perte de pouvoir d’achat », analyse Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Un sentiment d’appauvrissement patrimonial qui pèse lourdement sur la perception globale.

⚠️ Un pessimisme plus fort que la réalité des chiffres

Enfin, la psychologie des ménages joue un rôle central. « On remarque les prix qui augmentent, mais rarement ceux qui baissent », résume Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne au Figaro. Les hausses visibles dans les supermarchés marquent davantage les esprits que les baisses plus diffuses, notamment sur les biens durables.

Même la revalorisation du Smic, supérieure à l’inflation en 2025, peine à inverser la tendance. Les faibles augmentations salariales et l’incertitude économique nourrissent une prudence extrême. Le taux d’épargne reste ainsi supérieur à 18 %, traduisant une préférence marquée pour la thésaurisation.

Comme le résume Philippe Crevel : « les Français ne sont pas devenus moins riches, ils sont devenus plus inquiets ».

👁 L’œil de l’expert

Derrière le débat sur le pouvoir d’achat se joue une question plus structurelle : celle du niveau des rémunérations et de la croissance potentielle de l’économie française. Tant que les salaires progresseront plus lentement que les dépenses contraintes et que l’horizon économique restera incertain, le fossé entre chiffres officiels et ressenti persistera.

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu dépasse désormais les mesures ponctuelles : il s’agit de restaurer la confiance, condition essentielle pour relancer durablement la consommation et l’investissement. Un défi majeur à l’approche des échéances politiques de 2027 — et un marqueur clé de la santé économique du pays.

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