Alors que les marchés s’interrogent sur la trajectoire future des taux en zone euro, le gouverneur de la Banque de France livre un message sans ambiguïté. Entre politique monétaire, inflation, pressions internationales et dérive budgétaire française, François Villeroy de Galhau trace une ligne de stabilité… sous conditions.
🏦 Une hausse des taux jugée irréaliste
Les spéculations sur un possible relèvement des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) dès 2026 ont trouvé un démenti clair. Le 12 janvier à Paris, loprs de ses voeux à la presse, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a qualifié ce scénario de « théorie fantaisiste », écartant toute perspective de durcissement monétaire à court terme hors choc majeur improbable.
Cette prise de position intervient alors que certains investisseurs commencent à intégrer, dans leurs anticipations, l’idée d’un retournement de cycle monétaire, encouragés par des signaux plus nuancés envoyés par certains responsables de la BCE, dont Isabel Schnabel. Mais pour Villeroy de Galhau, les fondamentaux économiques ne justifient en rien une telle lecture.
Trois facteurs majeurs militent contre une hausse des taux. D’abord, l’inflation sous-jacente montre des signes de modération persistante, réduisant le besoin de resserrement monétaire. Ensuite, l’afflux d’importations chinoises à bas prix exerce une pression désinflationniste supplémentaire sur les économies européennes. Enfin, le gouverneur évoque un risque de baisse du dollar, dans un contexte de remise en cause de l’indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), ce qui renforcerait mécaniquement l’euro et pèserait sur les prix importés.
Dans ce cadre, la BCE entend conserver une posture souple. « Face à ces risques, nous resterons pragmatiques et agiles », a assuré François Villeroy de Galhau, soulignant la volonté de Francfort d’éviter toute décision susceptible de casser une reprise encore fragile.
Le banquier central a également affiché son soutien sans réserve à Jerome Powell, président de la Fed, récemment menacé de poursuites pénales par l’administration de Donald Trump. « Je tiens à redire fort et clair ma totale solidarité et mon admiration pour Jay Powell », a-t-il déclaré, dénonçant implicitement une politisation dangereuse des politiques monétaires.
Au-delà des taux, Villeroy de Galhau a profité de son intervention pour tirer la sonnette d’alarme sur la situation budgétaire française. Alors que la France ne dispose toujours pas d’un budget pour 2026, il a jugé impératif de ramener le déficit public à 5 % du PIB maximum. « La France se mettrait clairement dans la zone rouge » si ce seuil était dépassé, a-t-il averti, rappelant que des marchés aujourd’hui calmes peuvent se retourner brutalement.
👁 L’œil de l’expert : stabilité et fragilité
Le message de François Villeroy de Galhau est double et stratégiquement cohérent. D’un côté, la BCE n’a aucune raison économique de relever ses taux en 2026, tant les forces désinflationnistes dominent encore. De l’autre, cette stabilité monétaire ne saurait compenser indéfiniment les déséquilibres budgétaires nationaux, en particulier en France. Autrement dit, si les taux restent bas, la complaisance des marchés, elle, n’est jamais acquise.

