Face à l’intensification de la concurrence asiatique et à la mutation accélérée du e-commerce textile, Zalando enclenche une restructuration majeure de son appareil industriel. Le leader allemand de la mode en ligne a officialisé la fermeture programmée de l’un de ses plus grands sites logistiques en Allemagne, entraînant une suppression massive d’emplois. Derrière cette décision lourde de conséquences sociales se cache une équation économique devenue intenable dans un marché dominé par la vitesse, les coûts compressés et l’ultra-flexibilité incarnés par Shein.
⚠️ Un choc social révélateur d’un basculement
La décision est brutale : le centre logistique d’Erfurt, à l’est de l’Allemagne, cessera définitivement ses activités d’ici fin septembre 2026, affectant 2 700 salariés, soit près d’un sixième des effectifs globaux du groupe. Zalando confirme ce virage stratégique dans un communiqué officiel, évoquant une décision « difficile mais nécessaire », selon les termes mêmes du groupe.
Cette fermeture ne constitue pas un acte isolé. Trois autres plateformes logistiques opérées par des prestataires externes à l’étranger seront également mises à l’arrêt, signe d’une réorganisation profonde du réseau paneuropéen. L’objectif est clair : réduire les coûts fixes, raccourcir les délais de traitement et aligner la chaîne logistique sur les nouveaux standards du e-commerce mondial, largement dictés par les acteurs chinois.
La montée en puissance de Shein, avec son modèle ultra-agile, ses cycles de production éclair et ses prix agressifs, a profondément rebattu les cartes. Zalando, historiquement positionné sur une offre plus qualitative et une logistique lourde, subit de plein fouet cette pression concurrentielle. Comme le reconnaît implicitement le groupe, le modèle logistique traditionnel n’est plus soutenable à long terme dans un environnement de guerre des marges.
📦 Automatisation, flexibilité et rentabilité : la nouvelle doctrine Zalando
Derrière les suppressions d’emplois se dessine une stratégie industrielle assumée, centrée sur la performance financière et l’optimisation des flux. Zalando annonce vouloir intensifier ses investissements dans l’automatisation, les technologies logistiques avancées et la rationalisation des stocks, afin de gagner en rapidité et en efficacité.
« Nous visons une gestion des stocks plus flexible et un traitement universel des commandes, permettant des opérations plus fluides, une complexité réduite et une efficacité accrue », explique Zalando dans son communiqué, mettant en avant une transformation structurelle de son modèle opérationnel.
Cette mutation s’inscrit dans un cadre financier ambitieux. Le groupe table sur une croissance annuelle comprise entre 5 % et 10 % du volume brut de marchandises (VBM) et du chiffre d’affaires, malgré un contexte sectoriel tendu. Pour y parvenir, la priorité est donnée à la scalabilité, à la réduction des coûts logistiques unitaires et à une meilleure allocation du capital.
Ce n’est pas la première vague d’ajustements sociaux : dès 2023, Zalando avait déjà engagé un plan de suppressions de postes, ciblant principalement les fonctions managériales. Cette fois, le cœur productif est touché, illustrant un changement d’ère dans l’arbitrage entre capital humain et compétitivité économique.
Avec 50 millions de clients actifs et près de 200 marques françaises partenaires, Zalando demeure un poids lourd du e-commerce européen. Mais cette annonce confirme une tendance lourde : la domination ne se joue plus sur la taille du catalogue, mais sur la vitesse d’exécution et la maîtrise des coûts.
👁 L’œil de l’expert : un e-commerce entré en économie de survie
La fermeture du site d’Erfurt dépasse largement le cadre de Zalando. Elle illustre la transformation radicale du modèle économique du e-commerce textile, désormais soumis à une concurrence mondiale asymétrique. Face à des acteurs comme Shein, capables de produire, vendre et livrer à une vitesse inégalée, les plateformes européennes n’ont d’autre choix que de se réinventer, parfois au prix fort socialement.
À moyen terme, cette stratégie pourrait renforcer la rentabilité et la compétitivité du groupe. Mais elle pose une question centrale : jusqu’où les acteurs historiques pourront-ils rationaliser sans fragiliser leur capital humain et leur image de marque ? Dans un secteur où la croissance future dépend autant de la technologie que de la confiance des consommateurs, l’équilibre reste délicat.

