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Youtubeur : métier à haut risque en 2025

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Depuis 2024-2025, plusieurs décès tragiques ont touché des youtubeurs, streamers et influenceurs — souvent jeunes et suivis par des centaines de milliers, voire des millions d’abonnés. Ces événements, médiatisés, attirent l’attention sur un phénomène inquiétant : l’impact psychologique, social et économique d’une vie consacrée à la visibilité permanente. Peut-on parler d’un simple accroissement des accidents tragiques — ou d’un mal plus profond lié aux pressions du monde numérique ? Cet article explore les récents cas emblématiques, les mécanismes à l’œuvre, et les dérives potentielles d’un métier à haut risque.

⚠️ Le signe d’un malaise global

Ces derniers mois, l’écosystème des réseaux sociaux a été secoué par plusieurs décès tragiques parmi les youtubeurs et influenceurs les plus connus. Ces décès récents incarnent le brutal retour à la réalité pour ces créateurs de contenu, pas toujours très bien préparés au poids de la viralité et de l’exposition continue. Parmi tous ces décès nous retiendrons pour exemples, le youtubeur américain P2istheName, alias Philip Enewally, âgé de 26 ans — suivi par près de 4 millions d’abonnés — qui a été retrouvé sans vie devant son immeuble à Los Angeles, en mars 2025. Les secours ont déclaré que sa mort était la conséquence d’un arrêt cardiaque, la piste criminelle n’étant pas retenue. Plus récemment et plus proche de notre société, on se rappelle de l’émoi provoqué par la disparition du streamer français Jean Pormanove (Raphaël Graven), en août 2025, décédé alors qu’il était en direct sur la plateforme Kick, lors d’un live marathon de près de 300 heures.

Dans le même temps, d’autres influenceurs très suivis ont perdu la vie (le créateur sur TikTok Malik Taylor, 28 ans, par exemple) suscitant émotion et stupeur au sein des communautés en ligne.

Ces drames viennent confirmer ce que beaucoup pressentaient — une fragilité croissante parmi les créateurs : la célébrité en ligne n’exempte pas des risques.

☢️ Pressions, isolement, volatilité

Plusieurs facteurs, souvent imbriqués, contribuent à rendre le milieu du content creation extrêmement vulnérable :

Un rythme effréné et un stress permanent – Produire du contenu régulier pour fidéliser un public exigeant, générer des vues, entretenir une image sans faille, tout cela crée une pression intense. L’anxiété, le burnout, l’épuisement psychique sont des risques réels. Certains témoignages anonymes évoquent “un sentiment d’urgence constant”, peur du déclin, dépendance aux algorithmes.

Isolement, visibilité totale et harcèlement. Dans un univers où la vie privée est souvent sacrifiée au profit de l’audience, l’absence de limites participe également à fragiliser le mental. Le cyberharcèlement, les critiques incessantes, les attentes contradictoires (succès, authenticité, performance) pèsent lourd. La frontière entre vie privée et vie publique s’efface ; le créateur ne peut alors plus “déconnecter”. Dans le cas de Mikayla Raines, par exemple, son entourage mentionne l’impact du harcèlement en ligne dans ses troubles avant le drame.

Précarité économique et instabilité des revenus – Contrairement à un emploi salarié classique, les revenus d’un youtubeur ou d’un influenceur peuvent être très fluctuants — dépendants de la monétisation, des sponsors, des algorithmes. Cette incertitude financière, combinée à la nécessité de maintenir un certain niveau de production, peut générer un stress constant et une insécurité durable, amplifiant le sentiment d’être “dans un piège” existentiel.

Risques physiques ou accidents lors de contenus pushés à l’extrême – Pour se démarquer, certains créateurs multiplient les défis, cascades, streams longs ou extrêmes — parfois dangereux. L’exposition à des situations à risque (voyages, cascades, fuites liées à la performance) augmente les probabilités d’accidents ou de conséquences dramatiques.

Ces éléments, combinés, constituent un terreau favorable aux fragilités psychologiques, surtout chez les jeunes créateurs, souvent peu préparés à la pression.

⁉️ Pourquoi ce phénomène inquiète

Une visibilité médiatique qui amplifie l’émotion – Chaque décès d’un influenceur provoque un afflux de réactions, de partages, de commentaires — ce qui renforce l’impression d’une « hécatombe ». Mais ce phénomène est biaisé : les morts dans d’autres secteurs sont moins médiatisées, donc moins visibles. Le simple fait que les youtubeurs soient publics augmente l’impact sociétal de chaque drame.

Manque de données statistiques – À ce jour, il n’existe aucune base de données fiable recensant les décès chez les “créateurs de contenu”. Impossible donc de mesurer un taux de mortalité, un recul par rapport à la moyenne, ou une corrélation précise entre statut d’influenceur et risque. Par conséquent, toute affirmation d’“épidémie de suicides ou décès” doit être nuancée.

Un miroir des fragilités sociétales – Ce phénomène reflète aussi des enjeux plus larges : santé mentale, précarité du travail, pression médiatique, isolement, solitude, dépendance au revenu digital. Il révèle que la célébrité en ligne, souvent idéalisée, peut masquer des réalités très dures — un appel à la vigilance, à la responsabilité des plateformes, des communautés, des médias.

La multiplication de ces tragédies interpelle donc sur les limites du modèle économique et social des plateformes. Les algorithmes favorisent l’engagement à tout prix — likes, vues, clics — parfois au détriment de la santé mentale des créateurs. Le manque de régulation, d’encadrement, de garde-fous est aussi à déplorer. Il n’existe pas de “filet social” adapté pour ceux qui vivent de leur création de contenu — ni soutien psychologique, ni protection adéquate.

  • L’effet communautaire : le public, les médias, parfois complices sans le savoir, ont un rôle à jouer dans la normalisation de l’extrême — longues heures, défis, “content à sensation”.

Ces drames doivent pousser à repenser la façon dont nous consommons le contenu, mais aussi la façon dont les plateformes encadrent leurs créateurs.

👁️ L’œil de l’expert 

Les décès récents dans l’univers des youtubeurs et streamers sont plus qu’un effet de manche médiatique : ils mettent en lumière un modèle à haut risque, où la célébrité cohabite avec l’instabilité psychique, financière et sociale. Pour améliorer la situation, plusieurs chantiers mériteraient d’être envisagés comme instaurer des limites raisonnables de durée de travail, promouvoir des temps de repos obligatoires, comme dans tout autre travail. Ou encore mettre en place un accompagnement psychologique, une assurance santé adaptée pour les créateurs. Et surtout sensibiliser le public en rappelant qu’un créateur n’est pas un robot, mais un être humain, vulnérable, avec des limites.

Si ces mesures sont ignorées, le nombre de tragédies pourrait continuer à grimper. Mais avec conscience, régulation et humanité, il est encore possible d’inventer un modèle plus sûr, respectueux et durable pour tous.

Written by
Enzo Poulain

Conseiller financier chez FiniDeMePriver.com depuis près de 2 ans, Enzo Poulain met son expertise au service de ses clients en leur proposant des solutions sur mesure pour optimiser leur budget et simplifier la gestion de leurs finances. Doté d’un sens aigu du détail et d’un réel engagement pour le travail bien fait, Enzo partage également des astuces pratiques pour aider chacun à maintenir un budget équilibré et adapté à ses besoins.

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