Rarement une année aura concentré autant de facteurs de rupture géopolitique, économique et financière. Selon le rapport annuel publié le 5 janvier par le cabinet américain Eurasia Group, 2026 s’annonce comme une séquence charnière, marquée par une instabilité politique accrue, des rivalités technologiques exacerbées et des tensions systémiques susceptibles de peser durablement sur la croissance mondiale. Les experts évoquent une période de « grande incertitude géopolitique », où les décisions politiques pourraient devenir le principal déterminant du risque économique global.
🇺🇸 États-Unis : instabilité politique et choc systémique mondial
Le premier foyer de risque identifié n’est autre que Washington. Eurasia Group décrit une recomposition profonde du pouvoir américain depuis le retour de Donald Trump début 2025. Les experts estiment que la poursuite de la politisation des institutions, l’affaiblissement des contre-pouvoirs et l’usage stratégique de l’appareil d’État pourraient accentuer l’incertitude en 2026.
Au-delà de la sphère domestique, cette instabilité interne aurait vocation à se diffuser à l’échelle mondiale, les États-Unis devenant, selon les termes du rapport, « la principale source de risque géopolitique ». Pour les marchés financiers, cela se traduit par une volatilité accrue sur le dollar, les taux souverains américains et les flux d’investissements internationaux.
🇨🇳 Chine : Technologique et déflation
Pékin occupe une place centrale dans l’architecture des risques de 2026. D’un côté, la Chine devrait consolider son avantage stratégique sur les technologies clés du XXIᵉ siècle — batteries, véhicules électriques, robotique, intelligence artificielle — grâce à la maîtrise de ce que les experts appellent la « pile électrique », socle énergétique de l’économie numérique.
De l’autre, le pays pourrait s’enfoncer dans une spirale déflationniste durable. Eurasia Group anticipe que Xi Jinping privilégiera le contrôle politique et la domination technologique au détriment d’une relance de la demande intérieure. Résultat : risques accrus de pression sur les salaires, montée du chômage des jeunes et exportation de la déflation vers les partenaires commerciaux, un scénario potentiellement déstabilisant pour l’économie mondiale.
🇪🇺 Europe fragmentée : vulnérabilité et risque
Le rapport dresse un constat sévère de la situation européenne. France, Allemagne et Royaume-Uni seraient confrontés à des exécutifs fragilisés, attaqués simultanément par les populismes internes et par une administration américaine ouvertement hostile. Eurasia Group va jusqu’à estimer qu’« au moins un dirigeant majeur pourrait tomber » en 2026.
Cette fragilité politique ferait peser un risque majeur sur la capacité de l’Europe à gérer une crise économique, à maintenir le soutien à l’Ukraine et à préserver la stabilité financière du continent. Pour les investisseurs, l’absence de leadership clair accroît le risque de fragmentation des politiques budgétaires et industrielles.
🇷🇺 Russie–OTAN : la montée du conflit
Si le conflit ukrainien devrait se prolonger, Eurasia Group alerte surtout sur un nouveau front européen, plus diffus mais potentiellement explosif : une confrontation hybride entre la Russie et l’OTAN. Sabotages d’infrastructures, ingérences électorales, violations de l’espace aérien pourraient se multiplier.
Fait nouveau et préoccupant, le cabinet estime que l’OTAN pourrait réagir directement en 2026, ouvrant la voie à une escalade incontrôlée. Un tel scénario aurait des conséquences immédiates sur les marchés de l’énergie, les chaînes logistiques européennes et les primes de risque souverain.
🧠 Capitalisme, IA et accords commerciaux sous tension
Aux États-Unis, Eurasia Group anticipe l’émergence d’un capitalisme d’État assumé, où les entreprises alignées avec le pouvoir bénéficieraient d’avantages réglementaires et financiers, tandis que les autres subiraient pressions et sanctions. Cette logique de « capitalisme de connivence » inquiète déjà les partenaires commerciaux.
Parallèlement, l’intelligence artificielle, malgré son potentiel économique, est identifiée comme un risque systémique : modèles de monétisation agressifs, exploitation massive des données et effets sociaux négatifs pourraient provoquer des réactions politiques brutales, pesant sur les valorisations boursières du secteur.
Enfin, en Amérique du Nord, l’accord commercial États-Unis–Mexique–Canada (ACEUM) pourrait entrer dans une phase d’incertitude prolongée, qualifiée de « zombie » par les experts, laissant entreprises et gouvernements sans visibilité stratégique.
💧 L’arme de l’eau : le risque silencieux
Dernier risque, mais non des moindres : l’eau. Eurasia Group la décrit comme la ressource partagée la plus susceptible de devenir un instrument de pression géopolitique. Croissance démographique, urbanisation rapide et absence de gouvernance mondiale pourraient transformer les tensions hydriques en crises économiques régionales, voire internationales.
👁️ L’œil de l’expert
Le rapport d’Eurasia Group met en lumière une réalité fondamentale : en 2026, la géopolitique devient le premier risque macroéconomique mondial. Instabilité politique américaine, rivalité sino-américaine, fragilité européenne et conflits hybrides forment un cocktail explosif pour la croissance, les marchés financiers et la stabilité sociale. Pour les entreprises comme pour les investisseurs, l’enjeu n’est plus seulement de lire les indicateurs économiques, mais de maîtriser l’analyse géopolitique comme un outil stratégique à part entière.





