La trajectoire prise par les États-Unis en matière de régulation bancaire suscite de vives préoccupations au sein des autorités monétaires européennes. En ligne de mire : la volonté affichée de Donald Trump de desserrer les contraintes prudentielles pesant sur les banques américaines. Une orientation jugée dangereuse par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, qui redoute un retour des déséquilibres ayant conduit à la crise financière de 2008.
Dans un contexte de marchés déjà fragilisés par les tensions géopolitiques, la normalisation monétaire et l’endettement massif, le débat dépasse largement les frontières américaines et pose une question centrale : jusqu’où peut-on alléger les règles sans compromettre la stabilité financière mondiale ?
🏦 Le triptyque du risque systémique
Au cœur des inquiétudes figure la remise en cause des exigences de fonds propres imposées aux établissements bancaires. Donald Trump entend réduire les contraintes issues des accords internationaux de Bâle III, conçus après la crise de 2008 pour renforcer la solidité du système bancaire et limiter les effets domino en cas de choc.
ce 14 janvier, dans une déclaration sur BFMTV/RMC, François Villeroy de Galhau estime que le danger est clair :
Ce que préparent les Américains risque de semer les germes d’une prochaine crise financière.
Une analyse qui s’appuie sur un principe fondamental de la régulation financière : lorsque les banques disposent de moins de capital pour absorber les pertes, le risque est transféré vers l’économie réelle et, in fine, vers les contribuables.
L’Union européenne, à l’inverse, maintient son cap prudentiel. L’essentiel de Bâle III est entré en vigueur depuis le 1er janvier 2025, traduisant une approche assumée de prévention du risque systémique. « Avoir des normes de sécurité financière est indispensable, et l’Europe les conservera », martèle le gouverneur de la Banque de France, marquant une ligne de fracture nette entre les deux rives de l’Atlantique.
Autre sujet de préoccupation majeur : les pressions politiques exercées sur la Réserve fédérale américaine (Fed). Les attaques répétées contre son président, Jerome Powell, et les menaces judiciaires visant l’institution fragilisent un pilier central de la crédibilité monétaire. A l’antenne de BFMTV/RMC, François Villeroy de Galhau n’a pas hésité à afficher son soutien : « Jerome Powell est un modèle d’intégrité et d’engagement public », rappelant que l’autonomie des banques centrales constitue un rempart essentiel contre l’inflation et l’instabilité financière.
👁 L’œil de l’expert : une dangereuse fracture
L’alerte lancée par la Banque de France dépasse le simple cadre réglementaire : elle révèle une divergence stratégique profonde entre l’Europe et les États-Unis sur la gestion du risque financier. Là où Washington privilégie la fluidité des marchés et la compétitivité bancaire à court terme, Bruxelles mise sur la résilience et la prévention des crises systémiques.
L’histoire économique récente l’a pourtant démontré : la dérégulation excessive crée souvent des gains immédiats, mais engendre des coûts massifs à moyen terme. Dans un monde financier interconnecté, une fragilisation du système bancaire américain ne resterait pas cantonnée aux États-Unis. Elle pourrait, au contraire, déclencher une onde de choc mondiale, affectant crédit, investissement et croissance.
À l’heure où la confiance constitue la principale monnaie des marchés, la stabilité réglementaire et l’indépendance des banques centrales apparaissent plus que jamais comme des actifs stratégiques. Ignorer ces garde-fous, c’est accepter de rejouer un scénario dont le coût économique et social est déjà connu.

