La crise du prêt-à-porter français continue de produire ses effets en chaîne. Dernier exemple en date : Balibaris, enseigne emblématique de la mode masculine haut de gamme, vient d’être placée en redressement judiciaire par le tribunal des activités économiques de Paris. Une décision lourde de sens sur le plan économique, tant la marque affichait encore récemment des indicateurs commerciaux en apparence solides.
Derrière cette procédure se dessinent des fragilités financières structurelles, révélatrices des tensions qui traversent l’ensemble du secteur textile en France, entre endettement bancaire, hausse des coûts et pression concurrentielle internationale.
💶 Croissance commerciale, dette excessive
Fondée en 2010, Balibaris s’est progressivement imposée sur le segment du menswear premium, avec une stratégie mêlant réseau physique dense et positionnement qualitatif, notamment via une production partiellement européenne. En 2025, l’enseigne exploitait 57 points de vente en France, dont plusieurs emplacements stratégiques dans les Galeries Lafayette et le Printemps, ainsi que six boutiques à l’international (Londres, Bruxelles, Luxembourg).
Sur le papier, les fondamentaux semblaient robustes :
Près de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires
Croissance annuelle moyenne d’environ 5 %
Environ 200 salariés
Mais ces performances commerciales n’ont pas suffi à compenser une structure financière lourdement contrainte. Selon les informations relayées par FashionUnited, la marque faisait face à environ 8 millions d’euros de dette bancaire, auxquels s’ajoutait un reliquat de Prêt Garanti par l’État (PGE) devenu difficile à amortir dans un contexte de marges sous pression. La cessation des paiements a été fixée au 24 décembre 2025, scellant le basculement vers une procédure collective.
Comme le souligne FashionUnited, « la dette est devenue insoutenable malgré les restructurations engagées ». Un constat qui illustre une réalité sectorielle : la croissance du chiffre d’affaires ne protège plus mécaniquement contre le risque financier, notamment dans un environnement dominé par la concurrence agressive des plateformes asiatiques à bas coûts.
L’épisode est d’autant plus marquant qu’il intervient moins de six mois après l’annonce de l’entrée d’un family office français au capital de Balibaris. Présentée à l’été 2025 comme l’ouverture d’un « nouveau chapitre », cette opération s’est traduite par une augmentation de capital significative, le capital social passant de 365 000 euros à 1,28 million d’euros. En parallèle, la gouvernance a été réorganisée, avec le retrait du fondateur Paul Szczerba de la présidence, désormais assurée par BL Capital, structure qu’il dirige lui-même.
Malgré ces ajustements, la situation de trésorerie s’est rapidement dégradée. La procédure de redressement ouvre désormais une période d’observation jusqu’à l’été 2026, durant laquelle l’entreprise pourra poursuivre son activité tout en tentant de renégocier son passif et rationaliser ses coûts.
👁️ L’œil de l’expert
Le cas Balibaris illustre une tendance de fond : le prêt-à-porter premium n’est plus à l’abri des chocs financiers, même avec une marque installée et un réseau commercial étendu. L’accumulation de dettes contractées durant les années de taux bas, combinée au ralentissement de la consommation textile et à la concurrence internationale, crée un effet ciseau redoutable.
Le redressement judiciaire offre un répit, mais il ne constitue pas une garantie de survie. La clé résidera dans la capacité de Balibaris à adapter son modèle économique, alléger durablement sa structure de coûts et restaurer une rentabilité opérationnelle compatible avec son niveau d’endettement. Plus largement, ce dossier confirme que la crise du textile français est désormais autant financière que commerciale.

