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Exportations de vins et spiritueux français en chute : -8 % en 2025

La défense du patrimoine viticole français
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Le commerce extérieur français encaisse un revers stratégique. En 2025, les exportations de vins et spiritueux ont reculé de 8 % en valeur, atteignant 14,3 milliards d’euros, selon les données communiquées par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France et relayées par Ouest-France via l’Agence France-Presse. Au-delà du simple repli conjoncturel, ce décrochage traduit une vulnérabilité croissante du secteur vitivinicole français face aux tensions commerciales, aux fluctuations monétaires et aux arbitrages politiques internationaux. Marché américain sous pression, ralentissement chinois, volatilité du taux de change euro/dollar : l’équation économique se complexifie.

Derrière ces chiffres, c’est l’un des piliers du commerce extérieur français qui vacille — un secteur qui demeure pourtant le troisième excédent commercial du pays.

🇺🇸🇨🇳 L’effet domino des droits de douane et du change

Le premier signal d’alerte vient des États-Unis, principal débouché international des vins, champagnes, cognacs et spiritueux français. En 2025, les exportations vers ce marché stratégique ont chuté de 21 %, tombant à 3 milliards d’euros.

En cause : l’instauration progressive de droits de douane (10 % au printemps, puis 15 % à la fin de l’été) combinée à un taux de change euro/dollar défavorable. L’impact est double : érosion des marges pour les exportateurs et hausse des prix finaux pour les distributeurs américains. Les volumes exportés vers les États-Unis ont reculé de 9 %, passant sous la barre des 30 millions de caisses. Un seuil symbolique, conséquence notamment de stratégies de constitution de stocks fin 2024, dans un contexte électoral américain incertain et de prudence accrue des importateurs.

La Chine, deuxième front de tension, enregistre également un net ralentissement. Les exportations françaises y ont diminué de 20 %, à 767 millions d’euros. Les mesures de rétorsion commerciale décidées par Pékin — notamment en réaction aux politiques européennes sur les véhicules électriques — ont pénalisé des segments premium comme le cognac et l’armagnac.

Gabriel Picard, président de la FEVS, résume la situation en ces termes : « Les tensions géopolitiques, les conflits commerciaux, la fluctuation des taux de change, mais aussi la perte de confiance des ménages ont pesé sur nos exportations ». Une analyse qui met en lumière un enchaînement macroéconomique défavorable : incertitude politique, affaiblissement de la demande, arbitrages budgétaires des consommateurs.

📉 Pression sur les marges

L’érosion ne concerne pas uniquement la valeur, mais également les volumes. Globalement, les exportations ont reculé de 3 % en volume en 2025.

Dans le détail, les vins enregistrent 121 millions de caisses exportées (-3 %). Le chiffre d’affaires du segment retombe à 10,5 milliards d’euros (-4 %), un niveau comparable à celui observé en 2021. Seule éclaircie : les vins effervescents progressent de 3 % et représentent désormais 20 % des volumes exportés — signe d’une résilience des produits festifs et premium.

Les spiritueux accusent un repli plus sévère : -17 % en valeur, à 3,7 milliards d’euros, et -5 % en volume, soit 44 millions de caisses. La dépendance aux marchés américain et chinois explique en grande partie cette contraction.

Au total, la filière regroupe environ 5 400 entreprises et génère 600 000 emplois directs et indirects en France. Le choc export ne relève donc pas d’un simple ajustement statistique : il s’agit d’un enjeu industriel, territorial et social.

Dans ce contexte, Gabriel Picard plaide pour une accélération de la mise en œuvre des accords commerciaux négociés par l’Union européenne. « La souveraineté n’est pas la fermeture », affirme-t-il, appelant à concrétiser notamment les accords avec les pays du Mercosur et à approfondir l’ouverture vers l’Inde, où la réduction des droits de douane constitue « un bon signal », même si « la route est longue ».

Il rappelle une réalité stratégique du commerce international : « Détruire un marché prend quelques secondes (…) mais le construire prend des années ». Une phrase qui résume la fragilité d’écosystèmes export bâtis sur la durée.

👁 L’œil de l’expert : un modèle à sécuriser

Le recul de 8 % des exportations de vins et spiritueux français en 2025 ne traduit pas un effondrement structurel, mais il révèle une dépendance excessive à quelques grands marchés et une sensibilité élevée aux décisions politiques exogènes.

À 14,3 milliards d’euros, le secteur reste puissant et stratégiquement vital pour la balance commerciale française. Toutefois, la diversification géographique, la montée en gamme maîtrisée et la sécurisation des accords commerciaux deviennent des impératifs.

Dans un environnement marqué par la fragmentation des échanges internationaux, la performance ne dépend plus uniquement de la qualité des produits, mais de la capacité à anticiper les risques géopolitiques et à piloter finement les expositions marchés. Le vin français demeure une signature mondiale. Mais sa rentabilité export, elle, se joue désormais sur le terrain diplomatique autant que dans les vignes.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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