Accueil Économie 15 milliards d’euros par an : le coût caché des voitures de fonction
Économie

15 milliards d’euros par an : le coût caché des voitures de fonction

Un parc automobile
Partager

Voitures de fonction, coût pour les entreprises, fiscalité, inégalités salariales, dépenses publiques : derrière cet avantage professionnel largement répandu se cache un enjeu budgétaire majeur. Selon une étude approfondie menée par le Forum Vies Mobiles, les véhicules de fonction représentent une charge annuelle estimée à 15 milliards d’euros pour les entreprises françaises, tout en générant un manque à gagner fiscal significatif pour l’État. Intitulée « Pour qui roule la voiture de fonction ? », cette analyse interroge la soutenabilité économique, sociale et environnementale d’un dispositif qui concerne environ 1,5 million de véhicules, soit 3 à 4 % du parc automobile national. Un avantage concentré sur une minorité de salariés, mais aux conséquences macroéconomiques non négligeables.

💰 Un avantage fiscal très coûteux

D’un point de vue financier, la voiture de fonction constitue un levier de rémunération indirecte particulièrement onéreux. Les entreprises y consacreraient environ 15 milliards d’euros par an, entre acquisition, entretien, assurance et fiscalité associée. À cela s’ajoute un impact significatif pour les finances publiques : le manque à gagner fiscal est estimé à 1,8 milliard d’euros. Cette perte découle notamment des régimes avantageux liés aux avantages en nature et à certaines exonérations. Dans un contexte de tension budgétaire, cette dépense fiscale interroge la cohérence des arbitrages publics. L’étude souligne également une inefficience dans l’usage professionnel de ces véhicules. Selon le think tank, 70 % des kilomètres parcourus avec une voiture de fonction le seraient à titre personnel, tandis que le kilométrage strictement professionnel moyen s’élèverait à environ 5 200 kilomètres annuels. Ce ratio interroge la justification économique du dispositif : s’agit-il d’un outil de travail ou d’un complément de rémunération dissimulé ?

Autre point notable : les entreprises orientent massivement leurs achats vers des segments premium. Le Forum Vies Mobiles observe que près des trois quarts des berlines haut de gamme seraient immatriculées par des sociétés. Des modèles tels que la Ferrari Daytona ou la Bentley Bentayga figurent parmi les exemples cités : en 2024, une large majorité des unités vendues en France l’auraient été comme véhicules de fonction.

Ce positionnement vers des modèles lourds et coûteux alourdit mécaniquement la facture globale et renforce la dimension patrimoniale de l’avantage consenti.

📊 Une source d’inégalités salariales

Au-delà de la question budgétaire, le dispositif cristallise des enjeux d’équité. Les voitures de fonction bénéficieraient à seulement 5,8 % des actifs, avec une forte concentration sur les catégories les plus aisées. Selon l’étude, les 10 % des salariés les plus riches seraient plus de dix fois plus susceptibles d’en bénéficier que les 10 % les plus modestes. Par ailleurs, 75 % des bénéficiaires seraient des hommes, révélant une dimension genrée dans l’attribution de cet avantage. Le think tank qualifie ainsi la voiture de fonction « d’instrument de rémunération indirecte et de stratification sociale ». Cette analyse met en lumière un double effet : accroissement des écarts de revenu et distorsion dans l’allocation des ressources internes aux entreprises.

Sur le plan macroéconomique, cette pratique peut également orienter le marché automobile vers des segments supérieurs, influençant la structure de l’offre nationale. L’étude estime que près d’un quart des immatriculations neuves chaque année serait lié aux flottes d’entreprise, ce qui confère à ce segment un poids stratégique pour les constructeurs. Face à ces constats, le Forum Vies Mobiles juge que « le maintien des politiques actuelles n’apparaît ni soutenable financièrement, ni cohérent socialement, ni pertinent écologiquement » et préconise un recentrage du dispositif sur des véhicules dont le prix serait inférieur à 25 000 euros. Une proposition qui viserait à réduire la dépense globale tout en limitant les effets d’aubaine.

👁 L’œil de l’expert

La voiture de fonction illustre parfaitement la tension entre optimisation salariale et discipline budgétaire. Pour les entreprises, elle demeure un outil d’attractivité et de fidélisation. Pour les finances publiques, elle représente une dépense fiscale substantielle. Dans un contexte de recherche d’économies et de rationalisation des avantages en nature, une réforme ciblée semble probable. La question centrale ne porte pas seulement sur le coût, mais sur la finalité : s’agit-il d’un instrument de mobilité professionnelle ou d’un mécanisme de rémunération déguisé ?

Si un recentrage intervient, il pourrait modifier profondément le marché automobile d’entreprise et redéfinir les équilibres fiscaux. Le débat dépasse donc la simple question automobile : il touche à la structure même de la rémunération en France et à la soutenabilité des dépenses publiques.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

D'autres articles
Consommation et inflationÉconomie

France : inflation confirmée à 0,3% en janvier 2026

L’inflation en France confirme son net ralentissement en ce début d’année 2026....

Économie

Fiscalité : 13 335 ménages millionnaires sans impôt sur le revenu

Une note interne du ministère de l’Économie et des Finances, révélée par...

Économie

Ferrari 2025 : 15.000 € de prime pour chaque salarié

Le constructeur italien de voitures de luxe Ferrari confirme en 2025 la...

AssuranceÉconomie

Inondations 2026 : premier bilan à 7 milliards d’euros

Depuis le début de l’année 2026, la France traverse une séquence météorologique...