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Congés payés : seuls 25 % des salariés français utilisent tous leurs jours de repos

Les salariés et leurs congés payés
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La France figure parmi les pays offrant le plus grand nombre de jours de congés payés en Europe. Pourtant, disposer de davantage de jours de repos ne signifie pas nécessairement les utiliser intégralement. Une étude récente met en évidence un paradoxe surprenant : seul un salarié français sur quatre prend l’ensemble de ses jours de congés, laissant en moyenne plusieurs journées inutilisées chaque année. Cette tendance, loin d’être anecdotique, traduit une évolution profonde du rapport au travail, aux vacances et à la gestion des ressources humaines. Pour les entreprises comme pour les salariés, les congés non pris ne sont plus seulement une question de bien-être, mais également un enjeu économique, financier et organisationnel susceptible d’influencer la productivité, les coûts sociaux et l’attractivité des employeurs. Selon une étude de la plateforme RH Deel, réalisée à partir de plus de 160 000 demandes de congés de plus de 17 500 salariés répartis dans 23 pays, seuls 25 % des salariés français utilisent l’intégralité de leurs jours de congés, laissant en moyenne six jours non utilisés chaque année.

Pourquoi les salariés renoncent à leurs congés

Contrairement aux idées reçues, le phénomène ne s’explique pas uniquement par une surcharge de travail. Les entreprises observent aujourd’hui une multiplication des stratégies de gestion des congés. Une partie des salariés choisit volontairement de conserver plusieurs jours afin de les placer sur un compte épargne-temps (CET) lorsque leur convention collective le permet, de les utiliser lors d’un changement d’employeur ou de se constituer une réserve pour faire face à un imprévu familial ou personnel. D’autres hésitent à s’absenter par crainte d’accumuler du retard, de pénaliser leurs collègues ou de manquer des opportunités professionnelles dans un environnement économique toujours plus concurrentiel. Les cadres et les profils à responsabilités sont particulièrement concernés par cette tendance, la culture de la disponibilité restant fortement ancrée dans de nombreuses organisations. À cela s’ajoutent les nouvelles formes d’organisation du travail. Le télétravail, la flexibilité des horaires ou encore la semaine de quatre jours dans certaines entreprises conduisent certains salariés à ressentir un besoin moins important de longues périodes de repos, privilégiant davantage des absences ponctuelles réparties sur l’année. Cette évolution modifie progressivement la manière dont les congés sont consommés et interroge les politiques de qualité de vie au travail mises en place par les employeurs. Comme nous l’expliquions récemment dans notre dossier publié sur CreditNews consacré à l’évolution des nouvelles organisations du travail et à leurs conséquences sur la productivité, l’équilibre entre performance économique et bien-être des salariés devient un enjeu stratégique pour les entreprises confrontées à des difficultés de recrutement et de fidélisation. Il convient toutefois de rappeler que cette étude repose sur les données des entreprises clientes de Deel et ne couvre pas l’ensemble des salariés français ; elle constitue donc un indicateur de tendance plutôt qu’une photographie exhaustive du marché du travail.

Congés non pris : un enjeu pour les entreprises et les finances des salariés

Au-delà des considérations sociales, les congés non consommés représentent un véritable enjeu financier. Lorsqu’ils sont reportables ou monétisables dans le cadre d’un compte épargne-temps ou d’accords d’entreprise, ils génèrent des engagements comptables que les employeurs doivent provisionner. Pour les entreprises comptant plusieurs centaines de collaborateurs, ces passifs sociaux peuvent atteindre plusieurs millions d’euros et peser sur les comptes annuels. À l’inverse, certaines sociétés encouragent désormais leurs salariés à prendre effectivement leurs congés afin de limiter ces engagements financiers, mais également pour réduire les risques de burn-out, d’absentéisme de longue durée et de baisse de productivité. Les études consacrées à la qualité de vie au travail montrent en effet qu’un repos insuffisant peut accroître les erreurs, la fatigue chronique et les risques psychosociaux. Pour les salariés, conserver des jours de congés peut constituer une stratégie patrimoniale lorsqu’ils sont valorisables financièrement, mais elle peut également conduire à repousser des périodes de récupération pourtant essentielles. D’un point de vue économique, cette évolution reflète un changement profond du rapport au temps de travail : les jours de congés sont de plus en plus considérés comme une ressource qu’il convient d’arbitrer, au même titre que l’épargne ou la rémunération. Retrouvez également sur CreditNews notre analyse consacrée aux nouvelles attentes des salariés en matière de pouvoir d’achat, de qualité de vie et d’organisation du travail, qui décrypte les transformations du marché de l’emploi face aux nouveaux équilibres économiques. Les règles relatives à la prise, au report et à la perte des congés restent toutefois encadrées par le Code du travail et peuvent varier selon les conventions collectives ou les accords d’entreprise.

L’œil de l’expert

Le fait qu’une majorité de salariés ne consomme plus l’intégralité de ses congés traduit une évolution du travail bien plus profonde qu’il n’y paraît. Les jours de repos ne sont plus seulement perçus comme un droit, mais comme une variable de gestion du temps, de la carrière et parfois même du patrimoine personnel lorsqu’ils peuvent être reportés ou monétisés. Cette tendance reflète également la pression croissante exercée sur certaines catégories de salariés, notamment les cadres, dans un contexte où les entreprises recherchent davantage de flexibilité et de disponibilité. Si cette évolution peut offrir davantage de liberté dans la gestion du temps, elle rappelle aussi qu’une performance durable passe nécessairement par des périodes de récupération effectives. Pour les employeurs, favoriser la prise des congés devient désormais un enjeu autant humain que financier, tandis que pour les salariés, préserver son équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle reste l’un des meilleurs investissements sur le long terme.

A lire également sur Creditnews : Travailler plus pour gagner plus ? La cinquième semaine de congés bientôt monétisable

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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