Après plusieurs années de fortes augmentations, la facture d’assurance ne devrait toujours pas se stabiliser. En 2027, les primes d’assurance habitation et automobile pourraient encore progresser nettement plus vite que l’inflation. Selon les projections publiées le 21 septembre par les cabinets spécialisés Facts & Figures et Addactis, les contrats multirisques habitation pourraient augmenter de 5 % à 6 % selon Facts & Figures et d’environ 7 % selon Addactis. Pour l’assurance automobile, les estimations se situent entre 3 % et 4 % chez Facts & Figures et jusqu’à 4,5 % chez Addactis. Ces prévisions interviennent alors que l’inflation française atteint 2,4 % sur un an en août 2026. La dynamique des assurances apparaît donc nettement supérieure à celle de l’évolution générale des prix. Pour les ménages, cette nouvelle hausse s’ajoute à une accumulation de dépenses contraintes : logement, énergie, carburant, alimentation, fiscalité et désormais assurance. Le sujet devient ainsi moins celui d’une simple évolution tarifaire que celui du coût global de possession d’un logement ou d’un véhicule.
MRH et assurance auto : les primes augmenteront encore en 2027
Le marché de l’assurance dommages est confronté à une transformation profonde de son équation économique. Pour l’assurance habitation, le premier facteur concerne l’augmentation de la fréquence et du coût des sinistres liés aux événements climatiques. Inondations, sécheresses, tempêtes, grêle et incendies génèrent des dommages dont la réparation devient progressivement plus coûteuse. France Assureurs indique qu’en 2025, les cotisations de l’assurance multirisques habitation ont atteint 15 milliards d’euros, en hausse de 8,4 % sur un an. La prime moyenne hors taxes a progressé de 7,8 %, à 323 euros. La hausse des cotisations ne repose donc pas uniquement sur l’inflation classique. Les assureurs doivent intégrer une évolution du risque couvert. Florence Lustman, présidente de France Assureurs, expliquait ainsi à l’AFP que l’augmentation des coûts de l’assurance résultait notamment de sinistres « plus fréquents » et « plus sévères », auxquels s’ajoutent l’augmentation du prix des matériaux, des réparations et des prestations. Un autre élément structurel concerne le financement du régime des catastrophes naturelles. Depuis le 1er janvier 2025, la surprime Cat Nat appliquée aux contrats d’assurance dommages aux biens d’habitation et professionnels est passée de 12 % à 20 %. Pour les garanties vol et incendie des contrats automobiles, elle est passée de 6 % à 9 %. Selon le gouvernement, cette revalorisation doit apporter environ 1,2 milliard d’euros de capacité financière supplémentaire par an au régime. L’assurance automobile connaît, de son côté, une autre pression : le coût des réparations. Les véhicules modernes embarquent davantage d’électronique, de capteurs et de technologies d’aide à la conduite. La progression des véhicules hybrides et électriques modifie également la structure des coûts de réparation. Selon les données citées par Le Monde, la réparation d’un véhicule électrique ou hybride coûte entre 14 % et 16 % de plus que celle d’un véhicule thermique. Le vieillissement du parc automobile constitue également un paramètre important. Un véhicule ancien peut nécessiter davantage d’interventions, tandis que la disponibilité et le prix de certaines pièces influencent directement le montant des indemnisations. Pour les assureurs, la prime doit donc absorber une sinistralité et des coûts unitaires qui évoluent simultanément.
Les chiffres annoncés pour 2027 doivent néanmoins être lus comme des prévisions de marché, et non comme une hausse uniforme appliquée à tous les contrats. Le montant réellement payé dépendra du profil de l’assuré, de la localisation du logement, du véhicule, des garanties choisies, de l’historique des sinistres, des franchises et de la politique tarifaire de chaque compagnie. Addactis estime ainsi que la hausse globale de la prime habitation pourrait atteindre environ 7 %, soit 20 à 25 euros hors taxes supplémentaires par contrat sur une année. Pour l’automobile, l’ordre de grandeur évoqué est d’environ 20 euros hors taxes. Cette individualisation des tarifs devient particulièrement importante dans l’immobilier. Un logement situé dans une zone davantage exposée aux risques climatiques peut désormais supporter une prime d’assurance plus élevée qu’un bien comparable situé dans une zone moins exposée. CreditNews avait déjà analysé cette évolution dans son article Assurance habitation : le réchauffement climatique fait flamber les cotisations. La géographie du risque devient ainsi progressivement une composante du coût de détention d’un bien immobilier.
Une nouvelle charge pour le budget des ménages et le coût du logement
L’enjeu économique se situe désormais dans l’addition de toutes ces dépenses. Une hausse de 5 %, 6 % ou 7 % peut sembler limitée lorsqu’elle est observée isolément. Elle prend une tout autre dimension lorsqu’elle s’ajoute à plusieurs années de revalorisations successives. Pour un propriétaire, l’assurance habitation constitue une charge récurrente qui vient s’ajouter à la mensualité de crédit immobilier, à la taxe foncière, aux charges de copropriété, aux dépenses d’entretien et aux factures d’énergie. Pour un automobiliste, l’assurance s’ajoute au carburant, à l’entretien, au contrôle technique, au stationnement et au financement éventuel du véhicule. Le phénomène est donc particulièrement intéressant pour le marché du crédit. Dans l’analyse d’un budget, le revenu disponible ne peut pas être regardé indépendamment de l’ensemble des charges récurrentes. Lorsque plusieurs dépenses augmentent simultanément, le reste à vivre se contracte et les arbitrages financiers deviennent plus fréquents. Pour un propriétaire qui rembourse déjà plusieurs crédits, la progression des assurances peut participer à une dégradation de l’équilibre mensuel. Elle ne constitue évidemment pas, à elle seule, un motif de recours au regroupement de crédits. Mais elle fait partie de ces charges fixes qui doivent être intégrées dans une analyse globale de la situation financière d’un ménage. La problématique est également patrimoniale. Le coût d’un bien immobilier ne se limite plus à son prix d’acquisition et à son financement. La localisation, l’exposition aux risques climatiques, le coût de l’assurance, les travaux de prévention et les dépenses d’entretien deviennent progressivement des éléments à intégrer dans le coût total de détention. Cette évolution avait déjà été anticipée par CreditNews dans un précédent article consacré à la hausse des assurances habitation Assurance habitation : des hausses records attendues en 2025 analysait déjà le poids croissant des catastrophes naturelles et de la surprime Cat Nat sur les cotisations. Le marché de l’assurance est donc en train de changer de logique. Pendant longtemps, le prix d’un contrat dépendait principalement du profil de l’assuré et de son historique. Désormais, le risque climatique, le coût des matériaux, la technologie des véhicules et la localisation géographique prennent une place croissante dans la tarification.
Pour les ménages, cette transformation signifie également qu’une comparaison entre contrats ne peut plus se limiter au seul montant de la prime. Une offre moins chère peut présenter des franchises différentes, des plafonds d’indemnisation plus faibles ou des exclusions plus nombreuses. La véritable comparaison doit porter sur le rapport entre prix, garanties, franchises et niveau de couverture.
La hausse annoncée pour 2027 pourrait ainsi accélérer la mise en concurrence du secteur. Les assurés disposent de mécanismes leur permettant de changer de contrat et peuvent comparer les offres afin de rechercher une couverture adaptée à leur situation. CreditNews avait déjà consacré un article à cette problématique avec Évitez ces erreurs pour payer moins cher votre assurance, en soulignant notamment l’importance de réévaluer régulièrement les garanties, les franchises et le niveau de couverture.
L’œil de l’expert
La hausse annoncée des assurances en 2027 doit être regardée comme un phénomène structurel plutôt que comme une simple revalorisation annuelle. Les chiffres de Facts & Figures et d’Addactis montrent surtout que le secteur continue d’intégrer une nouvelle réalité : le coût du risque augmente. Pour l’habitation, le risque climatique devient une variable économique à part entière. Pour l’automobile, le coût des pièces, de la main-d’œuvre et de la technologie embarquée pèse sur la facture. Dans les deux cas, l’assureur doit préserver l’équilibre économique entre les primes encaissées et les indemnisations versées. Pour les ménages, la conséquence est plus large qu’une simple ligne supplémentaire sur l’avis d’échéance. L’assurance devient progressivement une composante significative du coût de détention d’un logement ou d’un véhicule. Dans un environnement où les dépenses contraintes restent élevées, chaque nouvelle hausse réduit un peu davantage la marge disponible pour l’épargne, les travaux, la consommation ou le remboursement des crédits.
Le véritable sujet pour 2027 sera donc moins le pourcentage affiché que la capacité des ménages à absorber l’accumulation de ces hausses. Dans le crédit comme dans l’immobilier, raisonner uniquement en mensualité ou en prix d’achat devient insuffisant : il faut désormais regarder le coût global de possession.

