Accueil Économie 6 200 milliards d’euros de patrimoine à transmettre d’ici 2040
ÉconomieFinances

6 200 milliards d’euros de patrimoine à transmettre d’ici 2040

Partager

La France s’apprête à connaître une vague de transmission patrimoniale d’une ampleur inédite. Selon une nouvelle étude du Conseil supérieur du notariat publiée le 22 septembre 2026, près de 6 200 milliards d’euros de patrimoine pourraient être transmis entre 2025 et 2040. Cette « grande transmission » est directement liée au vieillissement de la population et à l’arrivée des générations nombreuses du baby-boom à des âges avancés. Le chiffre doit toutefois être interprété avec prudence : il s’agit d’une estimation du patrimoine potentiellement transmis et non d’une somme qui sera intégralement soumise aux droits de succession. Le CSN rappelle d’ailleurs qu’aucun dispositif statistique ne permet aujourd’hui de mesurer exhaustivement l’ensemble des transmissions, qui comprennent les successions, les donations et certains capitaux transmis via l’assurance-vie. Cette évolution constitue néanmoins un enjeu majeur pour l’économie française. Derrière les milliards d’euros annoncés se trouvent des logements, des placements financiers, des entreprises, des liquidités et des actifs professionnels qui vont progressivement changer de propriétaires. Le sujet dépasse donc largement la fiscalité successorale : il concerne la gestion du patrimoine, l’immobilier, l’épargne, le financement des projets et la capacité des nouvelles générations à utiliser ou à conserver les capitaux reçus.

Jusqu’à 6 milliards d’euros pourraient changer de mains d’ici 2040 …

Le chiffre de 6 200 milliards d’euros constitue l’estimation médiane retenue par le Conseil supérieur du notariat. Dans son étude, le CSN présente également une hypothèse basse de 5 100 milliards et une hypothèse haute de 7 558 milliards d’euros. Ces écarts illustrent l’incertitude inhérente à une projection à quinze ans : l’évolution des prix immobiliers, du patrimoine financier, de l’espérance de vie, des décès, des donations et des dépenses liées à la dépendance peuvent modifier le montant effectivement transmis. Le phénomène démographique constitue le principal moteur de cette évolution. Les générations du baby-boom atteignent progressivement des âges auxquels le nombre de décès augmente. Le Conseil supérieur du notariat estime ainsi que cette période va concentrer une part importante des transmissions patrimoniales françaises. BPCE L’Observatoire arrive à une estimation proche, avec 6 246 milliards d’euros de flux successoral sur 2026-2040, soit une progression de 47 % par rapport aux quinze années précédentes. La différence de vocabulaire entre « patrimoine transmis » et « succession » est ici essentielle. Le patrimoine transmis ne correspond pas uniquement aux biens qui figurent dans une succession au moment du décès. Une partie peut avoir été donnée plusieurs années auparavant. Une autre peut être transmise par l’intermédiaire de dispositifs comme l’assurance-vie. Le CSN estime ainsi que 27,2 % des successions ont été précédées d’au moins une donation. Cette anticipation modifie profondément la lecture du marché. Une famille qui transmet progressivement une partie de son patrimoine ne se retrouve pas dans la même situation qu’une famille qui attend le décès pour organiser l’ensemble de la succession. Les actifs peuvent être transmis plus tôt, les bénéficiaires peuvent les utiliser pour financer un achat immobilier, investir, créer une entreprise ou renforcer leur épargne. Le montant des donations observé par les notaires est lui-même significatif. Selon l’enquête menée par le CSN auprès des offices, la première donation intervient en moyenne à 64 ans et représente environ 286 000 euros. Le patrimoine successoral moyen au décès est, lui, évalué à environ 307 500 euros dans l’étude. Ces montants ne sont pas directement comparables puisqu’une donation antérieure n’est pas intégrée dans l’actif successoral au décès.  La transmission patrimoniale française est également fortement liée à l’immobilier. Pour de nombreuses familles, la résidence principale constitue encore l’un des principaux actifs accumulés au cours d’une vie. À cela peuvent s’ajouter des résidences secondaires, des biens locatifs ou des terrains. Lorsque ces actifs passent à la génération suivante, leur valeur peut devenir un élément déterminant de la situation financière des héritiers. Cette dimension rejoint un autre phénomène observé sur le marché : la difficulté croissante de certains seniors propriétaires à conserver simultanément leur niveau de vie et un patrimoine immobilier important. CreditNews s’est récemment penché sur ces seniors propriétaires qui envisagent de monétiser leur logement sous la pression financière, un sujet directement lié à la question de la transmission. Pouvoir d’achat : ces seniors propriétaires qui envisagent de monétiser leur logement montre notamment que la valeur d’un logement peut devenir une réserve financière mobilisable lorsque les revenus courants ne suffisent plus à couvrir certaines dépenses. Le patrimoine transmis d’ici 2040 ne sera donc pas nécessairement celui qui existe aujourd’hui. Une partie pourra être consommée avant le décès, notamment pour financer la dépendance, les soins ou l’accompagnement des personnes âgées. Le CSN souligne précisément que le coût des soins de fin de vie et de la dépendance pourrait réduire le patrimoine finalement transmis aux générations suivantes. Cette nuance est déterminante. Parler de 6 200 milliards d’euros ne signifie pas que cette somme arrivera intégralement sur les comptes des héritiers. Il s’agit d’un ordre de grandeur permettant surtout de mesurer le changement d’échelle auquel la France pourrait être confrontée.

… Sans constituer de manne fiscale pour l’État

L’autre enseignement majeur de l’étude du Conseil supérieur du notariat concerne la fiscalité. La perspective d’une transmission de plusieurs milliers de milliards d’euros pourrait laisser penser que l’État bénéficiera automatiquement d’une hausse massive des droits de succession. Le CSN invite précisément à ne pas tirer cette conclusion. Selon les notaires, plus de 60 % des successions ne donnent actuellement lieu à aucun paiement de droits au décès, notamment grâce aux abattements et aux exonérations existants. Une partie des patrimoines est également transmise en amont par donation ou par l’intermédiaire de dispositifs qui ne suivent pas exactement le même traitement qu’une succession classique. À législation constante, le CSN estime ainsi que la « grande transmission » entraînerait une hausse de moins de 30 % du flux annuel de successions par rapport à la période 2018-2024. Les droits de donation et de succession représentent aujourd’hui environ 4,5 % des recettes fiscales de l’État, selon l’étude. Le notariat considère donc que l’augmentation des transmissions ne suffirait pas, à elle seule, à modifier significativement les finances publiques. Cette réalité explique pourquoi la question de la transmission ne peut pas être réduite à un débat sur les droits de succession. Pour les ménages, le véritable enjeu se situe beaucoup plus tôt : faut-il donner de son vivant ? Quelle part du patrimoine conserver ? Comment protéger le conjoint ? Comment répartir les actifs entre les enfants ? Comment financer la dépendance sans épuiser le patrimoine ? Et surtout, comment organiser la transmission d’un patrimoine composé de biens immobiliers, de placements financiers et éventuellement d’une entreprise ? Les données de BPCE permettent de mesurer l’importance de cette préparation. Son baromètre, réalisé en 2026 auprès de 2 000 Français représentatifs de la population adulte et de 544 personnes disposant d’au moins 100 000 euros de patrimoine financier, montre que seuls 27 % des Français interrogés ont déjà échangé avec un professionnel sur leur transmission et que 25 % ont déjà rédigé leur testament ou commencé à transmettre une partie de leur patrimoine. Près de la moitié, soit 47 %, expriment par ailleurs un besoin d’accompagnement sur la fiscalité de la transmission. La citation de cette enquête est particulièrement importante : elle ne mesure pas le patrimoine effectivement transmis mais le rapport des Français à la préparation de la transmission. Elle révèle un décalage entre l’ampleur économique du phénomène et son anticipation par les ménages. L’assurance-vie occupe d’ailleurs une place importante dans cette stratégie. Dans le baromètre BPCE, elle apparaît comme le véhicule de transmission le plus plébiscité, cité par 31 % des répondants, devant notamment la donation-partage ou le démembrement de propriété. Pour les générations qui vont recevoir ces capitaux, l’enjeu sera ensuite celui de leur utilisation. Un héritage immobilier peut permettre de devenir propriétaire sans mobiliser autant de crédit. Des liquidités peuvent servir d’apport pour un achat immobilier ou financer des travaux. Des placements peuvent être conservés afin de générer des revenus futurs. À l’inverse, une indivision mal organisée ou un patrimoine immobilier difficile à partager peut créer des contraintes financières importantes. La transmission peut donc devenir un facteur de transformation du marché immobilier et du financement des ménages. Un héritier qui reçoit un logement n’a pas la même capacité d’emprunt qu’un ménage qui doit constituer intégralement son apport. À l’inverse, lorsqu’un bien doit être partagé entre plusieurs héritiers, la situation peut nécessiter un financement, une soulte ou la vente du bien. La question de l’héritage rejoint ainsi celle du crédit. Dans certaines situations, la réception d’un patrimoine améliore considérablement la structure financière d’un ménage. Dans d’autres, elle peut créer des besoins de liquidités, notamment lorsqu’il faut financer des droits, des travaux, une soulte ou réorganiser un patrimoine immobilier. C’est également pourquoi la transmission patrimoniale constitue un sujet de plus en plus important pour les propriétaires âgés. CreditNews a déjà analysé le prêt viager hypothécaire en 2026, qui permet dans certaines situations de mobiliser la valeur d’un logement sans procéder immédiatement à sa vente. Prêt viager hypothécaire 2026 : pourquoi de plus en plus de Français y voient une solution avantageuse illustre cette autre facette du patrimoine immobilier : un actif destiné à être transmis peut aussi être utilisé de son vivant pour répondre à un besoin de financement.

L’œil de l’expert

Les 6 200 milliards d’euros annoncés par le Conseil supérieur du notariat constituent avant tout un indicateur de changement d’échelle. La France entre dans une période où une quantité considérable de patrimoine va progressivement passer d’une génération à l’autre. Mais le véritable sujet n’est pas uniquement le montant : c’est la manière dont ce patrimoine sera préparé, transmis, utilisé ou parfois consommé avant le décès. La transmission patrimoniale doit donc être regardée comme un marché à part entière. Immobilier, assurance-vie, épargne, entreprises familiales, donations et financement vont être concernés par cette redistribution progressive des actifs. Il faut également distinguer patrimoine transmis, patrimoine taxable et liquidités réellement disponibles. Un appartement valorisé plusieurs centaines de milliers d’euros constitue un patrimoine important, mais il ne produit pas nécessairement les mêmes effets financiers qu’un capital immédiatement disponible. Cette distinction devient particulièrement importante lorsque les héritiers doivent financer des travaux, une soulte, des droits ou un nouveau projet immobilier. Pour les générations qui reçoivent, l’enjeu sera donc moins de « toucher un héritage » que de savoir transformer un patrimoine reçu en capacité financière durable. Pour les générations qui transmettent, la question est symétrique : comment préserver son niveau de vie, financer les éventuels besoins liés au vieillissement et organiser la transmission sans attendre le dernier moment ? La « grande transmission » annoncée par les notaires ne sera donc pas seulement un événement successoral. Elle pourrait progressivement modifier la répartition du patrimoine immobilier et financier entre les générations et influencer les besoins de financement des ménages pendant les quinze prochaines années. C’est probablement là que se situe son principal enjeu économique : la France ne va pas seulement transmettre des milliards d’euros, elle va devoir organiser le passage d’un patrimoine accumulé pendant plusieurs décennies vers une génération qui devra à son tour le gérer, l’investir, le financer ou le transmettre.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

D'autres articles
Consommation et inflationÉconomie

Shein et Temu : les droits de douane sur les petits colis commencent à freiner leur croissance

Les plateformes Shein, Temu et AliExpress ont longtemps bénéficié d’un avantage prix...

ÉconomieSociété

Pape Léon XIV en France : qui va payer les 27 millions d’euros de sa visite ?

La visite du pape Léon XIV en France ne sera pas seulement...

Consommation et inflationÉconomie

Gazole à 2,39 euros le litre : le nouveau record qui menace le pouvoir d’achat

Le gazole franchit un nouveau seuil historique en France. Ce vendredi 18...