La Banque centrale européenne (BCE) poursuit sa stratégie de statu quo monétaire. Réunie à Francfort ce début février, l’institution a confirmé le maintien de ses taux directeurs, estimant que l’inflation converge durablement vers sa cible de 2%. Malgré un euro robuste et un environnement géopolitique instable, la BCE affiche une confiance mesurée dans la résilience de l’économie de la zone euro. Une décision lourde d’enjeux économiques et financiers, tant pour les marchés que pour les politiques budgétaires nationales.
📉 Taux inchangés : la BCE mise sur la stabilité
Avec un taux de dépôt maintenu à 2,0 % et un taux de refinancement à 2,15 %, la BCE signe une cinquième pause consécutive dans son cycle d’assouplissement monétaire. Un choix assumé, fondé sur une inflation désormais bien ancrée autour de l’objectif officiel.
Dans son communiqué, l’institution souligne que « l’inflation devrait se stabiliser au niveau de son objectif de 2 % à moyen terme », tout en notant que l’activité économique européenne continue de tenir malgré un contexte international dégradé. Le recul de l’inflation à 1,7 % en janvier, son plus bas niveau depuis l’automne 2024, conforte cette lecture mais ravive aussi un spectre bien connu : celui d’une inflation trop faible, déjà redoutée avant la crise sanitaire.
Sur le plan réel, la croissance bénéficie encore de plusieurs amortisseurs : un marché de l’emploi solide, des bilans privés relativement sains, ainsi que la montée en puissance des dépenses publiques orientées vers la défense et les infrastructures, notamment en Allemagne. Comme le résume Mark Wall (Deutsche Bank), cité par Reuters : « Laisser les taux inchangés semble être la bonne décision, entre vulnérabilités externes et résilience interne ».
🇪🇺 Euro fort, inflation sous pression et incertitudes
Autre sujet sensible : la vigueur de la monnaie unique. L’euro a récemment dépassé le seuil de 1,20 dollar, un niveau inédit depuis 2021. Un euro fort réduit mécaniquement le coût des importations — notamment énergétiques — et exerce ainsi une pression désinflationniste supplémentaire.
Christine Lagarde a reconnu que le taux de change faisait bien partie des discussions, tout en relativisant son poids dans la trajectoire de politique monétaire : « Les fluctuations du taux de change sont intégrées dans notre scénario de référence », a-t-elle expliqué. Elle n’exclut toutefois pas qu’un euro durablement élevé puisse tirer l’inflation en dessous des projections actuelles.
À cela s’ajoutent des facteurs de risque exogènes : tensions commerciales persistantes, volatilité des marchés de matières premières, incertitudes géopolitiques — jusqu’aux frictions ponctuelles autour du Groenland — et changements à venir à la tête de la Réserve fédérale américaine. Autant d’éléments susceptibles de peser sur la demande et la visibilité économique européenne.
Malgré ce contexte, les marchés ont réagi sans nervosité : rendements obligataires stables et euro quasi inchangé autour de 1,18 dollar, signe que la décision de la BCE était largement anticipée.
👁 L’œil de l’expert
La BCE joue une partition d’équilibriste. En maintenant ses taux, elle privilégie la crédibilité anti-inflation et la stabilité financière, tout en acceptant le risque d’un affaiblissement progressif de la dynamique des prix. L’euro fort devient ici un paramètre clé : s’il soutient le pouvoir d’achat et limite les pressions importées, il pourrait aussi compliquer le retour durable de l’inflation à 2 %.
À moyen terme, la marge de manœuvre de Francfort dépendra moins des chiffres d’inflation que de la capacité de l’économie européenne à encaisser les chocs géopolitiques et commerciaux. Une chose est sûre : la pause monétaire actuelle ressemble davantage à une phase d’observation stratégique qu’à une fin de cycle.

