Accueil Société Choc démographique en France : moins de naissances, plus de décès
Société

Choc démographique en France : moins de naissances, plus de décès

Le lien intergénérationnel
Partager

La France entre dans une zone de turbulences démographiques inédites depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois depuis 1944, l’année 2025 pourrait marquer un basculement historique : plus de décès que de naissances sur une année civile. Derrière ce signal statistique se cache une transformation profonde aux conséquences économiques, budgétaires et sociales majeures, notamment pour le financement des retraites, de la protection sociale et de la croissance à long terme.

👶 Natalité en berne : ce lourd coût économique

Les chiffres publiés par l’Insee sont sans appel. Entre janvier et novembre 2025, les naissances quotidiennes ont reculé de 2,4 % par rapport à la même période un an plus tôt. Sur les onze premiers mois de l’année, 590 000 bébés ont vu le jour, dont un peu plus de 51 000 en novembre, plaçant 2025 sur la trajectoire d’un plus bas historique depuis 1945, pour la quatrième année consécutive.

Ce décrochage s’inscrit dans une tendance de fond. À l’exception d’un rebond post-confinement en 2021, le nombre de naissances diminue chaque année depuis 2011. Le moteur de cette dynamique est clairement identifié : la chute de la fécondité, avec un indicateur conjoncturel tombé à 1,62 enfant par femme en 2024, contre 1,66 un an plus tôt.

Pour Catherine Scornet, maîtresse de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, cette évolution traduit une mutation sociétale profonde. « La promotion de l’individu, libre de mener la vie qu’il entend », explique-t-elle à l’AFP, ajoutant qu’« il est possible aujourd’hui d’assumer un choix de vie épanouissant avec peu d’enfants, voire sans ». À ces facteurs culturels s’ajoutent des contraintes économiques très concrètes : inflation persistante, difficulté d’accès au logement, précarité de l’emploi et inquiétudes climatiques.

D’un point de vue macroéconomique, la contraction de la natalité réduit mécaniquement le vivier de futurs actifs, fragilisant la dynamique de croissance potentielle et la soutenabilité des finances publiques à moyen et long terme.

⚖️ L’étau se resserre sur le modèle social français

En parallèle, la mortalité progresse, portée par l’arrivée des générations nombreuses du baby-boom aux âges de forte vulnérabilité. Entre janvier et octobre 2025, le nombre de décès a augmenté de 1,4 % sur un an, selon les données de l’Insee. Résultat : un solde naturel négatif devient une hypothèse crédible dès 2025, soit dix ans plus tôt que prévu par les projections de l’Institut, qui anticipaient cette bascule à l’horizon 2035.

Pour Magali Barbieri, directrice de recherche à l’Ined, « c’est inéluctable : le solde naturel sera négatif pour au moins dix à vingt années », confie-t-elle à l’AFP. Un scénario qui accentuera la pression sur le financement des retraites, de la dépendance et des dépenses de santé, tout en posant des défis organisationnels majeurs : redimensionnement des écoles, adaptation du corps enseignant, réallocation des ressources publiques.

Face à ce constat, les réponses politiques peinent à inverser la tendance. La création récente d’un congé de naissance indemnisé de deux mois par parent, venant compléter les congés maternité et paternité, est saluée mais jugée insuffisante. « Une telle mesure est positive mais ne bouleversera pas la tendance », estime Catherine Scornet, soulignant la nécessité de politiques globales en faveur de l’emploi des jeunes, du logement et des modes de garde.

Même diagnostic du côté de Bernard Tranchand, président de l’Unaf, pour qui « il faut lever les freins matériels » afin de réduire l’écart entre le nombre d’enfants désirés et celui effectivement mis au monde.

👁 L’œil de l’expert : un tournant démographique

Le basculement démographique français n’est pas qu’un sujet sociétal : il constitue un choc économique latent. Moins d’actifs demain signifie moins de cotisations, plus de dépenses sociales et une croissance potentielle affaiblie. À défaut d’un rebond de la natalité, les leviers d’ajustement seront inévitablement budgétaires, migratoires ou productivistes.

D'autres articles
Consommation et inflationSociété

Noël 2025 : la raclette détrône le foie gras et le saumon

La période des fêtes de fin d’année 2025 marque un changement profond...

Société

France : la confiance des ménages reprend des couleurs en décembre 2025

Alors que l’économie française navigue entre incertitudes et signaux positifs, la confiance...

FinancesSociété

Mort de Brigitte Bardot : à qui reviendra son héritage ?

La disparition de Brigitte Bardot le 28 décembre 2025, à l’âge de...

Société

Vague de froid : la France sous tension électrique

Le retour brutal du froid hivernal rappelle une réalité souvent sous-estimée :...