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Combien gagnent vraiment les maires en France ?

Un maire et son écharpe tricolore
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Derrière l’écharpe tricolore, une réalité budgétaire souvent méconnue. En France, la rémunération des maires n’obéit ni à la loi du marché ni à une négociation individuelle, mais à un barème national strictement encadré par le droit public. Du petit village rural à la grande métropole, les montants varient fortement, révélant des enjeux économiques, budgétaires et politiques au cœur de la gouvernance locale. Décryptage d’un système où l’engagement public se mesure aussi en euros.

⚖️ Indemnité plutôt que salaire

Contrairement aux idées reçues, un maire ne perçoit pas un salaire au sens classique. Le droit parle d’indemnité de fonction, strictement définie par le CGCT (Code général des collectivités territoriales). Comme le rappelle le texte de loi cité par Le Progrès, « les fonctions de maire, d’adjoint et de conseiller municipal sont gratuites », l’indemnité venant compenser le temps et les responsabilités assumées.

Depuis 2016, un principe a profondément modifié l’équilibre financier local : l’indemnité maximale est attribuée de droit, sauf renoncement explicite de l’élu. Cette disposition vise à sécuriser l’engagement municipal, notamment dans les petites communes, où la charge de travail est souvent disproportionnée par rapport aux moyens humains et financiers disponibles.

Sur le plan économique, cette indemnité est indexée sur l’indice brut terminal de la fonction publique, garantissant une revalorisation mécanique lors des hausses indiciaires. Toutefois, le conseil municipal conserve une marge de manœuvre : il peut voter un montant inférieur au plafond légal si la situation budgétaire l’exige. Une flexibilité essentielle pour des collectivités aux finances parfois contraintes.

🏙️ Taille de la commune, majorations et plafonds

En 2025, l’échelle des indemnités reflète la diversité économique du territoire français. Dans une commune de moins de 500 habitants, le maire peut percevoir un peu plus de 1 000 euros bruts mensuels. À l’autre extrémité, dans une ville de plus de 100 000 habitants, le plafond atteint près de 6 000 euros bruts, hors majorations.

Ces écarts peuvent encore s’accentuer. Le cadre légal autorise des bonifications allant jusqu’à +50 % pour certaines communes : chef-lieu, station touristique ou bénéficiaire de la Dotation de solidarité urbaine (DSU). Le Progrès souligne ainsi que, dans les grandes villes, les majorations peuvent porter l’indemnité à plus de 7 500 euros bruts mensuels, illustrant le poids économique et administratif de ces territoires.

À l’inverse, pour soutenir les petites communes, l’État a renforcé la Dotation particulière élu local (DPEL), élargie en 2024 aux communes de moins de 1 000 habitants. Un mécanisme de solidarité financière destiné à éviter la pénurie de vocations locales, dans un contexte de responsabilités croissantes.

Autre garde-fou financier : le plafond de cumul des mandats, fixé depuis 2024 à 8 897,93 euros bruts par mois. Au-delà, le système d’« écrêtement » redistribue l’excédent à la collectivité concernée, empêchant toute dérive et garantissant une maîtrise globale de la dépense publique locale.

👁 L’œil de l’expert : un équilibre fragile

Le niveau d’indemnisation des maires cristallise un enjeu central de l’économie publique locale : comment attirer et retenir des élus compétents sans alourdir excessivement les budgets communaux ? La réponse française repose sur un compromis : un cadre national strict, ajusté par des mécanismes de solidarité et de plafonnement.

À moyen terme, la question financière restera indissociable de celle de l’attractivité des mandats locaux. Face à la complexité croissante des normes et à la pression budgétaire, l’indemnité du maire n’est plus un symbole, mais un outil de stabilité institutionnelle. Un signal clair envoyé à celles et ceux qui portent, au quotidien, l’économie et la cohésion des territoires.

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