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Crédit immobilier : le seuil des 4 % se rapproche

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Après plusieurs mois de détente, le marché du crédit immobilier français aborde la rentrée 2026 avec un signal beaucoup moins favorable. Les taux repartent progressivement à la hausse, tandis que le rendement de l’OAT française à 10 ans s’est installé au-dessus de 4 %, renchérissant le coût de financement à long terme des banques. Le seuil symbolique des 4 % pour les taux de crédit immobilier n’est pas encore généralisé, mais il redevient une perspective crédible pour certains profils et certaines durées. Selon plusieurs courtiers, les taux moyens obtenus en septembre atteignent déjà 3,23 % sur 15 ans, 3,43 % sur 20 ans et 3,53 % sur 25 ans, avec une progression sensible par rapport à juillet. Cette remontée intervient alors que le marché immobilier commençait tout juste à retrouver de l’oxygène. Après le choc de 2022-2024, les ménages avaient progressivement retrouvé une partie de leur capacité d’emprunt grâce à la détente des taux. Désormais, le risque est différent : celui d’une reprise du crédit immobilier interrompue par le retour des tensions obligataires.

Pourquoi 4 % redevient une menace pour les emprunteurs

Le franchissement des 4 % ne constituerait pas, en soi, un nouveau choc comparable à celui connu en 2023. Mais sur un marché où la solvabilité des ménages reste fortement contrainte, quelques dizaines de points de base peuvent suffire à modifier l’équation financière d’un projet immobilier. Les dernières données disponibles illustrent déjà cette tension. Un premier courtier en prêt immobilier indique qu’en août, le taux moyen obtenu par ses clients atteignait 3,16 % sur 15 ans, 3,31 % sur 20 ans et 3,43 % sur 25 ans. En septembre, ces niveaux progressent respectivement à 3,23 %, 3,43 % et 3,53 %. Un autre intermédiaire affiche de son côté, au 1er septembre, un taux de marché de 3,35 % sur 15 ans, 3,45 % sur 20 ans et 3,60 % sur 25 ans, avec des taux pouvant atteindre 4,35 % sur 20 ans et 4,45 % sur 25 ans selon les profils. Le marché n’est donc pas encore à 4 % en moyenne, mais la frontière des 4 % existe déjà dans certaines grilles bancaires. C’est précisément cette dispersion qu’il faut surveiller. Le coût du crédit immobilier ne dépend pas uniquement d’un taux moyen national : apport personnel, revenus, stabilité professionnelle, niveau d’endettement, durée du prêt, qualité du bien et profil de risque déterminent les conditions proposées par chaque établissement. Autrement dit, un taux à 3,5 % pour un excellent dossier ne signifie pas que tous les emprunteurs peuvent bénéficier de ce niveau de financement. Derrière cette remontée se trouve surtout un facteur financier majeur : le coût de l’argent à long terme. L’OAT 10 ans, référence du marché obligataire français, a franchi les 4 % et exerce une pression directe sur les conditions de refinancement des banques. Crédit Conseil de France souligne que le franchissement de ce seuil, combiné à une inflation encore supérieure à l’objectif de la BCE, renforce la pression sur les taux immobiliers. Une banque ne fixe en effet pas le taux d’un prêt immobilier indépendamment de son propre coût de financement. Lorsque les rendements obligataires progressent durablement, les établissements doivent arbitrer entre trois objectifs : préserver leur marge, maîtriser leur risque et continuer à conquérir des clients. Or le marché bancaire reste concurrentiel. Les établissements veulent toujours financer les meilleurs dossiers, ce qui explique pourquoi la hausse des taux ne se traduit pas immédiatement par une envolée généralisée des barèmes. Mais cette capacité à absorber une partie de la hausse n’est pas illimitée. Si les OAT restent durablement au-dessus de 4 %, la pression finira nécessairement par se transmettre davantage aux taux proposés aux particuliers. C’est précisément le scénario que CreditNews avait déjà identifié dans son analyse consacrée à la stabilité des taux immobiliers en août et au risque de remontée à la rentrée : le marché pouvait encore bénéficier de la concurrence bancaire, mais cette fenêtre devenait dépendante de l’évolution des marchés obligataires. Pour les ménages, l’impact est mécanique. Prenons un emprunt de 250 000 euros sur 25 ans, hors assurance. À 3,5 %, la mensualité est d’environ 1 252 euros. À 4 %, elle atteint environ 1 320 euros. Cela représente près de 68 euros supplémentaires chaque mois, soit plus de 20 000 euros d’intérêts supplémentaires sur la durée du crédit, toutes choses égales par ailleurs. La différence peut sembler limitée à l’échelle d’une mensualité, mais elle devient déterminante lorsqu’elle est confrontée à la règle d’endettement maximale de 35 % des revenus. Pour un ménage disposant de 4 000 euros de revenus mensuels, quelques dizaines d’euros supplémentaires peuvent suffire à faire basculer un dossier ou à réduire le montant qu’il peut emprunter. Le phénomène est d’autant plus important que le marché immobilier français utilise déjà fortement la durée comme variable d’ajustement. Comme nous l’avions analysé dans « Crédit immobilier 2026 : augmentation des taux… et des durées », l’allongement des prêts permet de préserver temporairement la solvabilité des emprunteurs, mais augmente considérablement le coût total du financement. Le risque est donc désormais celui d’un marché pris entre deux contraintes : des prix immobiliers qui ne baissent pas suffisamment pour compenser la hausse du coût du crédit et des taux qui repartent progressivement à la hausse. Le taux d’usure constitue une autre variable à surveiller. Depuis le 1er juillet 2026, le plafond applicable aux prêts immobiliers à taux fixe de 20 ans et plus s’établit à 5,29 %, tandis qu’il atteint 4,57 % pour les prêts compris entre 10 et moins de 20 ans. Le niveau actuel laisse encore une marge importante par rapport aux taux nominaux pratiqués sur le marché. Mais le taux d’usure correspond au TAEG, et non au seul taux nominal : assurance emprunteur, frais de dossier, garantie et certains autres coûts entrent dans le calcul. Une remontée rapide des taux peut donc réduire la marge disponible pour les profils présentant un coût d’assurance élevé ou une situation financière moins favorable. Le marché du crédit immobilier se trouve ainsi à un moment charnière. La demande revient, les banques continuent de prêter et les meilleurs profils bénéficient encore de conditions attractives. Mais la dynamique dépend désormais beaucoup plus des marchés financiers. Une poursuite de la hausse de l’OAT pourrait entraîner une nouvelle augmentation des barèmes bancaires, tandis qu’une stabilisation des rendements obligataires permettrait aux établissements de préserver leur politique commerciale. Le prochain rendez-vous monétaire de la Banque centrale européenne sera également surveillé par les marchés, même si les taux immobiliers ne suivent pas mécaniquement les taux directeurs de la BCE. La véritable variable à surveiller reste le coût global du financement bancaire.

L’œil de l’expert

Le seuil des 4 % est avant tout un seuil psychologique, mais il pourrait rapidement devenir un seuil économique si la remontée des taux se confirme. Le marché immobilier français ne se trouve pas aujourd’hui dans la situation de 2023 : les banques sont toujours en conquête, les taux moyens restent nettement inférieurs à 4 % et les meilleurs dossiers peuvent encore négocier des conditions proches de 3 %. Mais le marché vient de perdre son principal moteur : la perspective d’une baisse continue des taux. C’est probablement le véritable changement de régime. Tant que les taux reculaient, les ménages pouvaient attendre pour améliorer leur financement. Désormais, attendre peut devenir un pari. Si l’OAT 10 ans reste durablement au-dessus de 4 % et si les banques répercutent progressivement ce renchérissement dans leurs barèmes, la capacité d’emprunt des ménages va de nouveau se contracter. Les primo-accédants et les ménages disposant d’un apport limité seront les premiers concernés. Le scénario le plus probable n’est donc pas une explosion brutale des taux, mais une remontée progressive qui fragilise à nouveau l’accès au crédit. Dans cette configuration, la rentrée 2026 pourrait bien constituer le moment où le marché immobilier français passe d’une phase de récupération à une phase de vigilance.

Et c’est précisément ce qui rend le franchissement éventuel des 4 % si important : ce n’est pas le chiffre lui-même qui inquiète, c’est ce qu’il révélerait sur le coût durable du financement de l’économie française.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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