Les marchés n’ont pas attendu la prise de fonction officielle pour réagir. L’annonce par Donald Trump de la future nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed) a provoqué une réallocation immédiate des capitaux, au détriment des métaux précieux. Or et argent, traditionnellement considérés comme des valeurs refuges, ont essuyé de lourdes corrections. Derrière ce mouvement, un signal clair : les investisseurs parient sur une Fed plus indépendante et potentiellement plus restrictive, avec des conséquences directes sur les marchés financiers, obligataires et de change.
💰 Le prix d’un retour à la discipline monétaire
La réaction a été immédiate et violente. À l’annonce de Kevin Warsh comme favori pour succéder à la tête de la Fed, l’once d’or a décroché de plus de 8 % en séance, avant de limiter sa baisse autour de -6,4 % à 5 036 dollars, tandis que l’argent plongeait jusqu’à -17 %, se maintenant encore autour de -14 % à 99,64 dollars l’once.
Ce mouvement n’est pas anodin : il traduit un désengagement massif des actifs de couverture, au profit du dollar et des obligations américaines.
Selon Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB, « le marché se concentre sur le passé de Kevin Warsh, connu pour une approche plus restrictive en matière de politique monétaire ». Une orientation perçue comme incompatible avec un environnement inflationniste durablement élevé, mais favorable à la crédibilité de la banque centrale. Résultat : le dollar se renforce (autour de 1,19 dollar pour un euro) et les rendements obligataires repartent à la hausse, avec un taux à dix ans américain remonté vers 4,25 %.
Cette recomposition des anticipations pèse mécaniquement sur l’ensemble de la chaîne des matières premières. À la Bourse de Londres, fortement exposée aux valeurs minières et pétrolières, les grands acteurs reculent nettement : Rio Tinto, Anglo American, Glencore ou Antofagasta évoluent en territoire négatif, tandis que le producteur aurifère Fresnillo cède plus de 6 %. La baisse des métaux devient ainsi un choc sectoriel, au-delà d’un simple ajustement de prix.
Pour Derek Halpenny (MUFG), le message envoyé par Donald Trump est clair : « le choix de Kevin Warsh écarte des profils perçus comme trop proches du président et rassure les marchés sur l’indépendance de la Fed ». Une lecture partagée par Patrick Munnelly (Tickmill Group), qui prévient toutefois qu’« un durcissement des conditions financières pourrait freiner la croissance, peser sur les actions et faire monter durablement les rendements obligataires ». Autrement dit, si les marchés obligataires et le dollar y trouvent un soutien, le coût du capital pourrait s’alourdir pour l’économie réelle.
👁 L’œil de l’expert : un signal fort pour les marchés mondiaux
La chute de l’or et de l’argent n’est pas un accident de marché, mais le reflet d’un changement de régime anticipé. En misant sur Kevin Warsh, Donald Trump envoie un message de continuité institutionnelle plutôt que de rupture politique, ce qui réduit l’attrait des valeurs refuges.
À court terme, le mouvement favorise le dollar fort, les obligations américaines et les actifs sensibles aux taux. À moyen terme, il pose une question clé : jusqu’où les marchés peuvent-ils intégrer une Fed plus stricte sans pénaliser la croissance et les actions ? Pour les investisseurs, la séquence actuelle marque un tournant : le risque ne se couvre plus avec de l’or, mais se gère par l’allocation et la duration.

