Après deux années où l’emploi avait affiché une croissance soutenue, les perspectives pour 2026 montrent une contraction nette des projets de recrutement en France. C’est ce que révèle une enquête du magazine économique L’Usine Nouvelle, qui observe une baisse significative des intentions d’embauche dans les grandes entreprises industrielles et de services. Si le marché du travail global reste dynamique sur le papier avec près de 130 000 postes attendus, ce chiffre masque une réalité plus contrastée : la majorité des directions des ressources humaines privilégient désormais la consolidation plutôt que l’expansion des effectifs. Pourtant, certains groupes continuent à embaucher massivement, illustrant une dualité forte entre zones de stagnation et poches d’opportunités.
📊 Une prudence marquée des entreprises
Selon L’Usine Nouvelle, les embauches prévues pour 2026 s’établissent à environ 129 600 postes, soit une contraction notable par rapport aux 153 000 anticipés pour 2025 et aux plus de 180 000 recensés en 2024. Cette baisse des intentions d’embauche s’inscrit dans un climat économique plus incertain : croissance mondiale modérée, pression sur les marges, incertitudes géopolitiques et visibilité réduite sur la demande pèsent sur les arbitrages budgétaires des entreprises. Pour l’immense majorité des répondants de l’enquête — 85 % des grandes entreprises interrogées — aucune augmentation nette des effectifs n’est envisagée cette année.
L’industrie manufacturière : un secteur sous tension – Le recul des projets de recrutement touche particulièrement le secteur manufacturier, traditionnel moteur des embauches qualifiées. Les industriels évoquent des carnets de commandes moins dynamiques et des arbitrages de dépenses au profit d’investissements productifs plutôt que de main‑d’œuvre. Dans ce contexte, les embauches ne sont plus une priorité, sauf pour accompagner des projets très ciblés dans la transition énergétique ou la numérisation des usines.
À l’inverse, la composition des embauches s’oriente vers des profils spécialisés : ingénieurs, experts techniques, spécialistes de la cybersécurité ou du numérique sont particulièrement recherchés. Cette évolution reflète une sélection plus fine des besoins de compétences, même si elle complique l’accès des jeunes diplômés et des alternants à certains postes.
🥇 Les champions de l’emploi en 2026
Même dans un contexte global de prudence, certains grands groupes continuent de peser fortement sur le marché de l’emploi. Toujours selon L’Usine Nouvelle, plusieurs entreprises annoncent des volumes de recrutements élevés :
Transport et services publics : SNCF en tête : La SNCF se positionne comme le premier recruteur avec environ 17 000 postes programmés pour 2026. La majorité de ces embauches se fera en CDI, pour des profils tels que conducteurs de trains, techniciens de maintenance ou agents d’exploitation, soulignant une demande structurelle dans le secteur ferroviaire.
Luxe et consommation haut de gamme : Le groupe de luxe LVMH prévoit plus de 15 000 recrutements en France, une performance qui traduit la résilience du secteur du luxe face aux cycles économiques. Le maintien de ce rythme d’embauches démontre que certaines filières continuent d’investir en capital humain, notamment dans les métiers artisanaux ou commerciaux à forte valeur ajoutée.
Mobilités et technologies : Dans la mobilité, Transdev annonce environ 9 000 postes, tandis que Thales projette plus de 9 000 recrutements mondiaux, dont 3 000 à 3 500 en France, spécialement pour des profils techniques dans la cybersécurité, l’intelligence artificielle ou les systèmes embarqués.
Aéronautique, BTP et logistique : Safran poursuit des embauches ciblées sur les métiers techniques; Bouygues reste actif dans le BTP et les infrastructures. Et le logisticien Stef continue d’investir pour accompagner la croissance de la chaîne alimentaire.
Ces entreprises opèrent dans des secteurs stratégiques où l’innovation et la continuité d’activité imposent un renouvellement constant des compétences.
👁 L’œil de l’expert
L’enquête de L’Usine Nouvelle dessine une image contrastée du marché du travail en 2026 : d’un côté, une baisse nette des intentions d’embauche globales ; de l’autre, un groupe réduit mais puissant d’acteurs qui continuent à investir dans les talents.
Cette double réalité traduit une économie en transition, où la prudence domine les décisions de recrutement, mais où la guerre des compétences se poursuit dans les secteurs technologiques, industriels et de services essentiels.
Pour les jeunes diplômés et les alternants, le recul global des embauches est un signal d’alarme sur l’accès à l’emploi. À l’inverse, pour les profils spécialisés déjà expérimentés, les secteurs en tension offrent encore des opportunités significatives.
En 2026, le marché du travail français ne manque pas d’offres ; il manque surtout d’adéquation entre les besoins des entreprises et les compétences disponibles.

