Le salaire des enseignants progresse nettement, mais derrière la moyenne se cachent de fortes disparités selon le corps, l’ancienneté et les fonctions exercées. Selon la dernière étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), publiée le 20 août 2026, un enseignant de l’Éducation nationale fonctionnaire ou assimilé percevait en moyenne 3 090 euros nets par mois en 2024. En euros courants, la rémunération nette moyenne a augmenté de 6,4 % en un an. Après prise en compte de l’inflation, la progression reste significative, à 4,3 % en euros constants.
Une hausse de 6,4 % portée par les primes et les revalorisations
Cette progression salariale constitue l’un des principaux éléments à retenir de l’étude du ministère. La hausse ne provient pas uniquement de l’évolution automatique des carrières. La DEPP explique qu’elle s’est principalement appuyée sur l’augmentation des primes et, dans une moindre mesure, sur les revalorisations indiciaires mises en œuvre au cours de la période. Le contexte de 2024 est important pour comprendre cette évolution. Plusieurs mesures avaient déjà été engagées à partir de 2023 pour renforcer l’attractivité du métier d’enseignant. La valeur du point d’indice de la fonction publique avait notamment été revalorisée de 1,5 % en juillet 2023, tandis que cinq points d’indice supplémentaires avaient été attribués à l’ensemble des agents publics au 1er janvier 2024. Ces mesures ont également eu un effet sur la rémunération des heures supplémentaires. La rémunération moyenne de 3 090 euros doit toutefois être interprétée avec prudence. Il ne s’agit ni du salaire d’un enseignant débutant ni d’une rémunération identique pour tous les professeurs. La statistique porte sur les enseignants fonctionnaires ou assimilés de l’Éducation nationale et agrège des situations professionnelles très différentes. Le corps d’appartenance, le grade, l’ancienneté et les fonctions exercées expliquent une grande partie des écarts. Les professeurs agrégés et de chaire supérieure affichent ainsi une rémunération moyenne environ 1,4 fois supérieure à celle des professeurs des écoles. Les chiffres détaillés permettent de mesurer cette dispersion. Les enseignants à temps complet ne disposent évidemment pas de la même rémunération moyenne que ceux travaillant à temps partiel. Les heures supplémentaires, les missions complémentaires et les indemnités liées à certaines fonctions peuvent également modifier sensiblement le revenu réellement perçu. Le ministère rappelle d’ailleurs que le salaire d’un enseignant est composé d’un traitement indiciaire auquel peuvent s’ajouter différentes indemnités et primes selon la situation professionnelle. Cette distinction est essentielle lorsqu’on parle de pouvoir d’achat. Une moyenne nationale de 3 090 euros nets ne signifie donc pas qu’un professeur entrant dans l’Éducation nationale perçoit immédiatement cette somme. Le ministère indique, à titre de référence, qu’un professeur certifié à temps plein disposait au 1er janvier 2024 d’une rémunération nette de base allant d’environ 1 771 euros pour un stagiaire à mi-temps devant élèves à 2 816 euros au dernier échelon de la classe normale, avant d’éventuels éléments complémentaires de rémunération. L’écart entre la rémunération moyenne et les premières années de carrière permet donc de comprendre pourquoi la question du salaire des enseignants reste particulièrement sensible. La moyenne progresse, mais la perception individuelle dépend fortement de la trajectoire professionnelle. L’étude apporte également un élément intéressant sur les évolutions individuelles : parmi les enseignants rémunérés en 2023 et toujours présents en 2024, plus de neuf sur dix, 79 % ont vu leur salaire net augmenter en euros constants, tandis que 8 % ont connu une stabilité et 13 % une baisse. La DEPP attribue notamment ces différences aux avancements de carrière et aux variations du temps de travail. Le sujet est loin d’être uniquement statistique. Il renvoie directement à la question de l’attractivité du métier d’enseignant, alors que l’Éducation nationale doit continuer à recruter et à fidéliser ses personnels. Les revalorisations salariales engagées depuis plusieurs années répondent donc également à un enjeu budgétaire et RH : rendre la profession plus compétitive face aux autres possibilités d’emploi offertes aux diplômés. Le ministère avait ainsi évalué à 7,9 milliards d’euros entre 2020 et 2025 les investissements consacrés à la valorisation et à la rémunération des personnels de l’Éducation nationale. Cette progression doit néanmoins être mise en perspective avec les contraintes pesant sur les finances publiques. La rémunération des enseignants constitue une dépense récurrente pour l’État. Une augmentation durable des traitements et des primes améliore le revenu des agents, mais accroît également la masse salariale publique. Dans un contexte où la réduction du déficit public et de la dette française est devenue un enjeu central des politiques économiques, chaque mesure de revalorisation doit donc être arbitrée avec les autres priorités budgétaires. Cette dimension financière est particulièrement importante alors que le gouvernement cherche parallèlement à maîtriser les dépenses publiques. Le salaire des enseignants se situe ainsi au croisement de trois problématiques : pouvoir d’achat, attractivité de la fonction publique et maîtrise des finances publiques. Pour les ménages concernés, la progression du revenu peut naturellement améliorer la capacité à financer un projet immobilier ou à absorber une hausse des dépenses courantes. Pour les banques, la rémunération régulière d’un fonctionnaire constitue par ailleurs un élément important dans l’analyse de la solvabilité d’un emprunteur, même si l’octroi d’un crédit repose sur l’ensemble de la situation financière du ménage. Cette évolution des revenus peut donc également avoir des effets indirects sur le marché du crédit immobilier et de la consommation. La hausse moyenne constatée en 2024 doit toutefois être distinguée de l’évolution future. Les chiffres publiés portent sur 2024 et ne permettent pas de conclure directement sur les rémunérations de 2025 ou 2026. Ils montrent en revanche l’effet des mesures de revalorisation déjà engagées. Dans un contexte où l’inflation a ralenti par rapport aux années précédentes, une progression de 4,3 % en euros constants représente un gain de pouvoir d’achat particulièrement notable pour la population statistique étudiée.
L’œil de l’expert
Le chiffre de 3 090 euros nets par mois est important, mais il ne faut surtout pas en faire un salaire type. La véritable information économique se trouve dans la dynamique : les rémunérations des enseignants ont nettement progressé en 2024, principalement sous l’effet des primes et des mesures de revalorisation. Pour l’État, le sujet est désormais celui de l’équilibre. Revaloriser les enseignants est nécessaire pour soutenir l’attractivité d’un métier stratégique et répondre aux difficultés de recrutement. Mais chaque hausse pérenne de rémunération augmente également la dépense publique. Le débat dépasse donc la seule question du salaire. Il concerne directement la politique de rémunération de la fonction publique, le pouvoir d’achat des ménages et la trajectoire des finances publiques françaises. Dans un contexte de dette élevée et de recherche d’économies budgétaires, la question ne sera probablement plus seulement de savoir s’il faut augmenter les enseignants, mais comment financer durablement ces revalorisations. Et c’est là que se situe le véritable enjeu économique de ces 3 090 euros.

