Le paradoxe est saisissant. Alors que le marché immobilier ancien montre enfin des signes tangibles de redressement en 2025, l’un de ses acteurs numériques majeurs engage une restructuration sociale d’ampleur. Le groupe SeLoger–Meilleurs Agents, pilier des plateformes d’annonces immobilières en France, annonce la suppression de 275 postes, soit près d’un tiers de ses effectifs nationaux. Une décision lourde de conséquences, révélatrice des nouvelles priorités économiques, financières et stratégiques du secteur de la proptech française.
📊 Une restructuration stratégique
Malgré une hausse de 12 % des transactions immobilières et une progression notable du volume d’annonces (+8 % en un an), SeLoger opte pour une cure d’amaigrissement sans précédent. Le groupe, qui emploie actuellement 964 salariés en France, prévoit l’ouverture au printemps d’un plan de départs volontaires visant 275 suppressions de postes, majoritairement dans les métiers de l’ingénierie et du développement numérique.
Selon Les Échos, cette décision s’inscrit dans la continuité d’un premier ajustement opéré en 2024, marqué par 90 suppressions d’emplois. La reprise du marché n’a donc pas suffi à inverser une trajectoire dictée par des impératifs financiers plus profonds. Racheté en 2024 par le fonds américain KKR et le fonds de pension canadien CPPIB, aux côtés du groupe allemand Axel Springer, SeLoger arrive au terme de son cycle d’investissements technologiques lourds.
Son directeur général, Baptiste Capron, résume clairement le virage stratégique dans Les Échos : « Le projet est arrivé à son terme et les besoins ne sont plus les mêmes ». Traduction économique : la phase de croissance intensive par la tech laisse place à une logique d’optimisation des coûts, de rentabilité opérationnelle et de recentrage organisationnel.
Désormais, l’objectif affiché est celui d’une structure plus locale, tournée vers les usages concrets des particuliers et des professionnels de l’immobilier. Les équipes technologiques conservées seront exclusivement rattachées au périmètre français, signe d’un recentrage géographique et fonctionnel. Une orientation cohérente dans un contexte où SeLoger revendique déjà 1,2 million d’annonces actives et près de 10 millions d’utilisateurs mensuels, un niveau de maturité élevé laissant peu de place à une expansion numérique marginalement rentable.
En toile de fond, la pression concurrentielle s’intensifie. Le Bon Coin renforce ses investissements marketing en Île-de-France, tandis que Bien’Ici, contrôlé par le groupe Arche (Century 21, Laforêt, Guy Hoquet…), consolide sa position comme alternative crédible aux géants historiques. Dans cet environnement, la bataille se joue moins sur l’innovation que sur la discipline financière, la qualité de service et la proximité client.
👁 L’œil de l’expert
La décision de SeLoger illustre un tournant structurel du secteur immobilier numérique : après l’euphorie de la croissance technologique, l’heure est à la rationalisation des modèles économiques. La reprise des transactions ne garantit plus la sécurité de l’emploi dans les plateformes digitales, désormais jugées sur leur capacité à générer des marges durables plutôt que du volume. Pour les investisseurs comme pour les salariés, 2025 marque une année charnière : celle où la rentabilité l’emporte définitivement sur l’expansion, même dans un marché qui redémarre.

