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Logement neuf : une relance de l’immobilier encore insuffisante

Le marché de l'immobilier à la peine
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Après trois années de crise profonde, le marché du logement neuf montrait enfin quelques signes de redressement. Baisse des taux d’intérêt, assouplissement des conditions de financement, élargissement du Prêt à Taux Zéro (PTZ) et volonté affichée du gouvernement de relancer la construction : tous les ingrédients semblaient réunis pour amorcer un rebond. Pourtant, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) appelle à la prudence. Selon son nouveau président Frédéric Carré, la relance du logement neuf demeure aujourd’hui « loin du compte » et les objectifs gouvernementaux de production de logements apparaissent déjà fragilisés. Une alerte qui illustre les difficultés structurelles d’un secteur stratégique pour l’économie française, l’emploi et l’accès au logement.

Un niveau d’activité encore historiquement faible

Les statistiques publiées par la FFB montrent effectivement une amélioration des mises en chantier et des autorisations de construire depuis plusieurs mois. À fin avril 2026, les mises en chantier progressent de plus de 40 % en glissement annuel et les permis de construire repartent également à la hausse. Cette dynamique s’explique notamment par la détente progressive (mais depuis freinée) des taux de crédit immobilier et par le retour du PTZ dans davantage de territoires. Mais derrière ces pourcentages spectaculaires se cache une réalité beaucoup moins favorable. La comparaison s’effectue avec les années 2023 et 2024, qui avaient marqué un effondrement historique de la construction résidentielle. En valeur absolue, la FFB estime qu’environ 321 000 logements seulement pourraient être mis en chantier en 2026. Ce niveau demeure inférieur de près de 35 000 logements à la moyenne observée sur les quarante dernières années.

Plus inquiétant encore, plusieurs indicateurs avancés montrent déjà un ralentissement. Les permis de construire ont fortement reculé au printemps et la production de crédits destinés au neuf s’est contractée ces derniers mois. Les réservations auprès des promoteurs restent insuffisantes pour alimenter durablement les carnets de commandes. Le marché souffre ainsi d’un paradoxe économique : les conditions de financement s’améliorent, mais la demande demeure pénalisée par des prix élevés, des coûts de construction toujours importants et une confiance encore fragile des ménages.

Cette situation rappelle d’ailleurs les analyses déjà publiées sur Creditnews concernant les conséquences de la remontée des taux immobiliers sur la capacité d’emprunt des ménages. Même si le crédit redevient progressivement accessible, l’écart entre les revenus des Français et les prix du neuf continue de freiner l’accès à la propriété pour de nombreux primo-accédants.

Les risques d’une relance immobilière incomplète

Au-delà du seul marché résidentiel, la faiblesse persistante du logement neuf constitue désormais un enjeu macroéconomique majeur. La construction neuve ne représente plus que 20 % de l’activité totale du bâtiment et seulement 39 % du chiffre d’affaires du secteur, un niveau historiquement bas selon la FFB. Les conséquences sur l’emploi deviennent particulièrement visibles. Depuis le début de la crise immobilière fin 2022, plus de 55 000 emplois auraient disparu dans le bâtiment. Au premier trimestre 2026 seulement, près de 11 000 postes ont encore été supprimés. Cette contraction pèse sur l’ensemble de l’écosystème : constructeurs, artisans, promoteurs, bureaux d’études, fabricants de matériaux et établissements financiers spécialisés dans le financement immobilier. Le défi est également budgétaire. Le gouvernement ambitionne la construction de deux millions de logements d’ici 2030 afin de répondre à la pénurie qui frappe de nombreuses zones tendues. Or, au rythme actuel, cet objectif paraît de plus en plus difficile à atteindre. La FFB réclame ainsi des mesures complémentaires, notamment un soutien renforcé à l’investissement locatif privé, une stabilisation des dispositifs fiscaux et une visibilité accrue dans les prochaines lois de finances. Les professionnels considèrent également que la relance du logement neuf ne pourra être durable sans une fluidification du foncier, une accélération des procédures administratives et une sécurisation des aides publiques à la rénovation et à l’accession. Dans un contexte où le déficit de logements continue de s’accumuler, chaque retard de construction accroît mécaniquement les tensions sur les prix de l’immobilier et sur le marché locatif.

Pour approfondir cette thématique, les lecteurs pourront également consulter sur Creditnews l’article consacré aux tensions persistantes sur le marché immobilier français et à l’évolution du financement des ménages face à la hausse des coûts du logement : https://www.creditnews.fr.

L’œil de l’expert

La photographie actuelle du logement neuf résume parfaitement l’état de l’économie immobilière française : le pire semble derrière nous, mais la véritable reprise n’est pas encore là. Les statistiques positives observées depuis le début de l’année 2026 résultent principalement d’un effet de rebond après une crise historique plutôt que d’un retour durable à la normale. Tant que la production de logements restera inférieure aux besoins structurels du pays, la pression sur les prix immobiliers et sur les loyers continuera de s’exercer. Pour les établissements financiers, les courtiers et les intermédiaires en crédit, cette situation constitue néanmoins un signal encourageant. Le retour progressif des emprunteurs, combiné à la détente des taux et aux dispositifs publics d’accompagnement, devrait soutenir l’activité du financement immobilier au cours des prochains trimestres. Mais le véritable indicateur à surveiller ne sera pas seulement le volume de crédits accordés. Il sera la capacité du marché à recréer suffisamment d’offre pour répondre à la demande. Car sans logements construits, il n’y a ni accession à la propriété, ni investissement locatif, ni véritable relance immobilière. Aujourd’hui, malgré les premiers signes d’amélioration, le logement neuf reste encore très éloigné de cet équilibre.

Written by
Fabien Monvoisin

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français

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