Le surendettement poursuit sa progression en France. Selon le dernier baromètre de l’inclusion financière publié le 13 octobre 2026 par la Banque de France, le nombre de dossiers déposés auprès des commissions départementales a augmenté de 11 % sur les neuf premiers mois de l’année, par rapport à la même période en 2025. En septembre, la hausse atteint 10,5 % sur un an. Ces chiffres confirment la persistance des tensions qui pèsent sur le budget des ménages, entre dépenses contraintes, remboursements de crédits et capacité d’épargne insuffisante. Pour les acteurs du crédit, des banques aux spécialistes du regroupement de prêts, cette évolution constitue un indicateur important de la fragilité financière d’une partie de la population. Elle invite aussi à distinguer les difficultés budgétaires qui peuvent encore être corrigées par un accompagnement précoce des situations de surendettement nécessitant une procédure spécifique.
Pourquoi le surendettement augmente en 2026
La progression des dossiers de surendettement traduit une dégradation préoccupante de la situation d’une partie des ménages français. Sur les neuf premiers mois de 2026, 121 571 dossiers ont été déposés, selon les chiffres publiés par la Banque de France. Cette hausse intervient après une année 2025 déjà marquée par une augmentation de 9,8 % des dépôts, à 148 013 dossiers. La tendance s’installe donc dans la durée, même si le nombre de dossiers reste inférieur de 32 % à celui enregistré en 2015. Il convient ainsi de distinguer le rebond récent d’une dégradation historique continue : les données signalent une remontée des difficultés, mais ne démontrent pas à elles seules un effondrement général de la solvabilité des ménages. Plusieurs facteurs peuvent fragiliser l’équilibre financier des foyers : la hausse des dépenses contraintes, des revenus insuffisants pour absorber les imprévus, l’accumulation de crédits à la consommation ou encore un accident de la vie comme une séparation, une perte d’emploi ou une baisse de ressources. Lorsque les mensualités pèsent déjà lourdement sur le budget, une dépense imprévue peut provoquer des incidents de paiement, puis rendre plus difficile le remboursement des dettes. Le crédit à la consommation mérite une attention particulière : en 2025, il représentait 44 % de l’endettement recensé dans les dossiers de surendettement, selon la Banque de France. L’endettement total associé à ces dossiers atteignait 5 milliards d’euros, en progression de 11,1 % sur un an. Les difficultés ne se limitent pas aux ménages les plus modestes. Les jeunes actifs, les personnes seules et les familles monoparentales peuvent être particulièrement exposés lorsque leurs revenus sont faibles ou irréguliers et que leurs charges sont difficilement compressibles. Les propriétaires ne sont pas davantage à l’abri : un crédit immobilier, plusieurs prêts à la consommation et des dépenses courantes élevées peuvent réduire considérablement le reste à vivre. Pour les établissements financiers, l’enjeu consiste à repérer les signes de fragilisation sans confondre un incident ponctuel avec une insolvabilité durable. L’augmentation des nouvelles inscriptions au Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP), de 5,2 % sur les neuf premiers mois de 2026, constitue un indicateur complémentaire à surveiller. Dans ce contexte, la prévention devient déterminante. Un ménage qui constate que ses mensualités absorbent une part excessive de ses revenus doit établir un bilan précis de ses charges, de ses crédits et de ses ressources avant que les impayés ne s’accumulent. Selon la situation, une négociation avec les créanciers, un accompagnement budgétaire ou une procédure auprès de la Banque de France peut être nécessaire. Un regroupement de crédits peut également être étudié en amont, lorsque le dossier reste finançable et que l’opération améliore réellement l’équilibre budgétaire. Mais cette solution ne convient pas à tous les profils : la réduction de la mensualité peut s’accompagner d’une durée de remboursement plus longue et d’un coût total supérieur. Lorsqu’un dossier de surendettement est déjà engagé, les possibilités de refinancement sont généralement beaucoup plus limitées. CreditNews a précisément analysé cette distinction dans son article consacré au rachat de crédit pour les propriétaires confrontés à une procédure Banque de France. Cette hausse des dossiers intervient également alors que le cadre réglementaire du crédit évolue. L’encadrement des facilités de paiement, des mini-crédits et de certains financements de faible montant doit renforcer l’évaluation de la solvabilité et la prévention des engagements excessifs. CreditNews a consacré plusieurs analyses aux risques liés à l’accumulation des crédits et aux nouvelles règles du financement des particuliers, notamment dans son dossier sur l’évolution du marché du crédit à la consommation. Pour les prêteurs comme pour les intermédiaires, l’enjeu est de concilier accès au financement, évaluation rigoureuse de la capacité de remboursement et détection précoce des difficultés.
L’œil de l’expert
La hausse de 11 % des dépôts de dossiers de surendettement sur les neuf premiers mois de 2026 constitue un signal d’alerte pour le marché du crédit et les acteurs de l’accompagnement financier. Elle ne signifie pas que tous les ménages sont en difficulté, mais elle confirme que davantage de foyers ont besoin d’un dispositif formel pour traiter leurs dettes. La priorité doit être donnée à l’intervention précoce : comprendre l’origine du déséquilibre, évaluer la capacité réelle de remboursement et orienter chaque ménage vers la solution adaptée. Le regroupement de crédits peut être pertinent dans certains dossiers avant que la situation ne se dégrade davantage, mais il ne doit jamais servir à repousser artificiellement une difficulté structurelle. Lorsque les revenus ne permettent plus de couvrir durablement les dépenses essentielles et les remboursements, l’accompagnement par la Banque de France peut devenir nécessaire. Pour le secteur financier, la progression du surendettement rappelle ainsi qu’une distribution responsable du crédit ne se mesure pas seulement au volume de prêts accordés, mais aussi à la capacité des emprunteurs à les rembourser dans la durée.

